Si j’en crois le site web du mouvement : « Colibris, faire sa part... », Colibris tire son nom d’une légende amérindienne, racontée par Pierre Rabhi, son fondateur : « Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : “Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu !” Et le colibri lui répondit : “Je le sais, mais je fais ma part.” » Cette histoire est merveilleuse, fort sympathique et entraîne l’adhésion. Il suffirait donc, pour chacun d’entre nous, de faire notre part et tout irait mieux. Facile ! Et, bien entendu, cela doit s’appliquer non seulement aux actions de la vie courante qui ont un effet sur l’environnement, mais à tous nos actes.

Il faut le dire, nombre de mes proches sont dans cette logique « colibri » est c’est TRÈS bien. En fait ils se comportent en « honnêtes personnes » dans le sens le plus noble. Ils sont responsables, respectueux, raisonnables, mais inventifs, attentifs à la nature et avec les autres. Ils sont, par bien des côtés, exemplaires. On se dit que si tout le monde faisait comme eux, la terre serait plus belle et la société plus bienveillante. Ils sont persuadés que leur attitude va donner à leur entourage une image positive et que ceux-ci vont les copier, les imiter. Ainsi, de proche en proche, la planète va aller mieux et que nos problèmes seront résolus. Mes amis ont certainement de bonnes raisons pour faire cela et j’en partage une partie.

  1. Cette attitude est fondamentalement juste. Si on a des convictions, les mettre en œuvre pour soi-même, c’est bien. En plus, ces petites démarches exemplaires (chacun fait sa part), mais reproductibles — au regard de l’incurie de l’État — ont un sens et constituent en eux-mêmes des actes politiques qui s’inscrivent dans une logique et une cohérence qui me convient bien.
  2. Cette attitude, par son exemplarité, son côté « faites comme moi », confirme que nous sommes des êtres sociaux qui interagissent les uns sur les autres. A contrario, ils montrent que nous ne sommes pas dans une jungle, dans laquelle l’idéologie néolibérale voudrait nous enfermer. Non, l’ennemi n’est pas mon voisin, le musulman ou l’immigré, la vie n’est pas un combat, les « premiers de cordée », mais aussi « ceux qui coûtent un pognon de dingue », ont des responsabilités sociales et environnementales importantes.

Le problème c’est que notre lutte contre le dérèglement (réchauffement) climatique ne peut se limiter à ces actions. Il doit impérativement s’accompagner d’un combat politique au niveau national et mondial, l’exemplarité de ces actes de colibris quotidiens n’étant pas à la hauteur de la tâche. Nos bonnes attitudes, aussi parfaites soient-elles, ne permettront pas de sortir de la situation dans laquelle nous sommes.

Pour illustrer mon propos, je ne prendrais qu’un seul exemple en matière d’énergie. Parmi mes amis certains se sont fait un point d’honneur (et ils ont certainement raison) de se chauffer au bois ce qui est rationnel dans un territoire où les forêts sont importantes. C’est bien, mais doit-on s’en contenter ?

Si j’en crois les données publiées par le ministère Environnement de l’Énergie et de la Mer en 2016, l’utilisation de la biomasse c’était 40 % de la production primaire d’énergies renouvelables en France en 2015. Si cette filière restait le leader incontestable du secteur — loin devant l’hydraulique (20,5 %) ou l’éolien (8 %) — elle ne représentait un chiffre d’affaires que de 3,5 milliards d’euros.

Parallèlement OXFAM dans un récent rapport intitulé : « La colossale empreinte carbone des banques : une affaire d’État » nous apprend qu’en 2018, les émissions de gaz à effet de serre issues des activités de financement des quatre principales banques françaises — BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et BPCE — dans le secteur des énergies fossiles ont atteint plus de 2 milliards de tonnes équivalent CO2, soit 4,5 fois celles de la France ». Rappelons que ces quatre plus grosses banques en France possèdent des actifs pour un total de 6 470 milliards d’euros, soit près de 3 fois le PIB de la France.

Cet exemple, bien qu’imparfait, montre en tous cas le gouffre qui existe entre les masses financières mises en œuvres par les uns et les autres. Utiliser la biomasse c’est bien, mais ayons conscience qu’en face l’enjeu s’évalue en milliers de milliards d’euros. On peut se chauffer au bois, c’est bien, mais on doit aussi lutter contre les pratiques irresponsables et criminelles de ces organismes, les dénoncer, les combattre. En plus on peut « faire son colibri » et fermer son compte au Crédit Agricole, il y a tellement de banques plus vertueuses !

Dans une affaire comme celles-là, il faut toujours avoir « deux fers aux feux ». Localement et dans sa vie privée, « bien se comporter », être exemplaire et faire en sorte que les autres copient vos façons de faire. Mais, en même temps mener des actions « politiques » dans le bon sens du terme contre cette idéologie néolibérale qui nous étouffe. Être seulement un « colibri », c’est bien, mais cela ne suffit plus…

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