Cette fois encore on appréhende tout de suite le rejet de cette classe politique, faite d’énarques, de carriéristes, formant une « caste fermée » et à l’unique service du système capitaliste. C’est tout juste si, les citoyens un peu au courant de la « chose politique », ne reconstituent pas le nom des promotions de l’ENA à partir des copinages, des cooptations entre les membres des gouvernements successifs de ces dernières années. Pas étonnant qu’ils reproduisent la même oligarchie. La promotion « Voltaire » est à ce titre exemplaire de ce méli-mélo entre les affaires, la droite et la social-démocratie. Certains ont cru qu’avec le président Macron, « ni de droite et ni de gauche », cela serait fini. On allait voir les « vrais-gens » diriger le pays. Mais non, cela continue, on reste entre-soi. La promotion « Marc Bloch » nous donne Édouard Philippe, Emmanuelle Wargon (qui est passée de Danone au ministère de l’Environnement). Celle d’après produit un Bruno Lemaire (qui a mangé à toutes les soupes), la suivante fournit Laurent Nuñez (secrétaire d’État), etc. Ce qu’il y a peut-être de nouveau dans ce gouvernement, c’est l’imbrication sans complexe entre l’univers des grandes entreprises et le service de l’État. On était dans l’équipe de direction de Rothschild & Cie (Macron), de Danone (Penicaud et Wargon), d’Air-France et de la SNCF (Parly), etc. À noter que ceux qui ne viennent pas de cet univers là, ont fait carrière dans les partis de la droite ou du PS.

Ce Président-là est à ce poste pour que le monde des affaires aille de mieux en mieux et profite, peu importe les « déchets » laissés au bord du chemin. Ses députés n’ont manifestement été élus que pour dire OUI quand on le leur demande et NON si le chef l’exige. L’étiquette de « Président des riches », parfaitement justifiée est maintenant tenace et partagée par nombre de nos concitoyens. Les Français avaient courbé l’échine, ne se déplaçaient plus pour aller voter et patatras : les taxes sur l’essence augmentent et un vent de révolte gronde.

  • Ils demandent une baisse, au final on leur accorde (sur le compte du climat), mais c’est trop tard ils ont déjà changé de sujet.
  • Ils veulent des augmentations de salaire, le Président cède encore une fois (mais le fait sur leur dos et ils vont se les payer en se serrant la ceinture par ailleurs).
  • Mais là encore, entre-temps ils ont monté d’un cran, et souhaitent que l’on mette fin aux privilèges des riches : « Rendez l’ISF ! ». La réponse est brutale : circulez il n’y a rien à voir !
  • Enfin, ils exigent plus de démocratie et c’est là qu’arrive la question du référendum d’initiative citoyenne qui, pour certains (comme Vincent Glad, auteur du blog l’An 2000 sur Libération le 21 décembre 2018) serait le must des outils démocratiques : « Car elle permet d’englober toutes les autres et de faire du peuple le législateur en dernier ressort ». Je ne suis vraiment pas convaincu…

À mon humble avis, la mise en œuvre d’un saut démocratique dans notre pays nécessite un ensemble de dispositifs plus complexes. Il est évident que, pour ce faire, il faudra passer par l’élaboration d’une nouvelle constitution rédigée par une assemblée constituante populaire. Pour autant, un certain nombre de préalables sont indispensables. Je vais essayer de vous les présenter.

En premier, l’institution d’une éducation civique et politique obligatoire dès le plus jeune âge. Je vous entends craindre que l’on confonde cela avec de l’endoctrinement. Mais je fais confiance à l’école publique et à ses enseignants pour la développer, autour d’un important programme élaboré par l’État en concertation avec les organisations citoyennes. En guise d’illustration, dans chaque classe on fera participer les enfants à des jeux de rôle et des exercices en grandeur nature (élection de représentants, rédaction partagée de règlements intérieurs, mise en œuvre de compte rendu de mandat, conception de référendums, etc.).

Parallèlement, le discours ambiant devra changer quant à un certain nombre de ces concepts essentiels :

  • La gestion politique n’est pas à laisser entre les mains de spécialistes. C’est aux généralistes de gouverner. Il faut toujours avoir une vision globale. À noter, a contrario, les propos de Luc Ferry dans le Figaro du 26 décembre qui explique que « Le dénigrement actuel des experts et la critique de l’élitisme sont la pire calamité du temps présent. ».
  • L’impôt est une chose essentielle. Il permet plus d’égalité et doit être valorisé, une chasse sans merci à la fraude et à l’évasion fiscale doit être instituée, etc.
  • Tous les scrutins devront être de liste et à la proportionnelle.
  • Les « élus » ne sont pas « tous pourris ». Un statut protecteur doit être rédigé, et prévoir une rémunération décente, mais raisonnable pour la durée de leurs mandats. Ils doivent obligatoirement rendre compte et pouvoir être révoqués.
  • Le cumul des mandats sera extrêmement réglementé. Une stricte parité de genre sera mise en œuvre.
  • Le temps du projet politique est un temps long. La programmation pluriannuelle est un outil essentiel à réhabiliter.
  • Le lobbying devra être interdit et les lobbyistes pourchassés...
  • Etc.

Il sera certainement indispensable d’intégrer le RIC dans la constitution à construire. Pour autant il faudra l’encadrer, pour éviter les dérives dont il peut être à l’origine. Comme l’explique Julien Talpin (Chargé de recherche en science politique au CNRS) dans le Journal Libération du 25 décembre 2018 : « le référendum (d’initiative citoyenne ou non) ne se résume pas à glisser un bulletin dans l’urne. Au contraire, ce qui compte surtout, c’est la campagne qui l’a précédé. Selon l’intensité de celle-ci, l’équilibre des arguments pour ou contre telle ou telle proposition relayés par les médias, une campagne référendaire peut contribuer à éclairer l’opinion publique ou à l’inverse nourrir la désinformation. » Et de prendre l’exemple du traité constitutionnel européen (TCE) qu’il juge à ce titre exemplaire qui « fut également un intense moment démocratique. Pendant plusieurs mois, des millions de citoyens ont échangé et débattu autour de tel ou tel amendement constitutionnel, sur des blogs, des sites internet et dans des réunions publiques... Si le niveau de connaissance n’est jamais parfait, la maîtrise du texte du TCE, pourtant long et complexe, ainsi que du fonctionnement des institutions européennes a fortement augmenté suite aux quelques mois de campagne référendaire. » Et de conclure : « Au-delà d’un seul RIC fétichisé, c’est l’articulation de mécanismes de démocratie directe à des espaces de délibération collective qui devrait être à l’agenda d’une éventuelle réforme constitutionnelle. ».

En cette fin d’année, j’ai bien envie de rêver ! Et si le mouvement dit des « gilets jaunes » débouchait sur une révision constitutionnelle ? Cela dit je n’y crois pas beaucoup !

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