Note : J’avais commencé ce billet début octobre et je l’avais délaissé. Évidemment, le sujet ne perd pas de son actualité, surtout avec l’affaire des « gilets jaunes ». Le problème est qu’il vient télescoper l’odieuse attaque raciste dont ma députée a été victime sur internet ! Soyons clair, si le présent texte a la prétention de mettre en cause la politique de droite de Huguette Tiégna, je ne peux que condamner, avec la plus grande fermeté, les propos xénophobes qui ont été tenus à son égard.

Revenons-en à cette « impérieuse nécessité » de réduire et limiter notre dette, discours, me semble-t-il, largement partagé par les gens que je côtoie. Il y a quelques jours encore une de mes proches se fâchait contre moi alors que je vilipendais cette soi-disant obligation. « Comment pouvais-je demander à nos descendants de rembourser les conséquences de notre calamiteuse gestion des finances publiques ? » Il est vrai que ce discours culpabilisant a été constamment tenu par les divers gouvernements qui se sont succédé, de Sarkozy à Macron en passant par Hollande. Le message est donc parfaitement intégré par tout un chacun, relayé qu’il est par les médias et les hommes politiques de l’oligarchie au pouvoir. Et, tout naturellement, ma députée « du camp des riches » fait sien le vieil épouvantail de la dette. Mais ouf, nous explique-t-elle, Macron va remettre de l’ordre dans tout cela !

Si j’en crois Wikipédia : « La dette publique de la France, rigoureusement dette brute de l’ensemble des administrations publiques françaises, regroupe l’ensemble des engagements financiers, sous forme d’emprunts, pris par l’État (y compris les ODAC), les collectivités territoriales et les organismes publics français (administrations de sécurité sociale…). La dette publique, ‘au sens de Maastricht’ estimée par l’Insee, s’élevait à 2 218,1 milliards d’euros à la fin du quatrième trimestre 2017, soit 97 % du PIB, contre 55,8 % à la fin de 1 995 et 66,8 % à la veille de la crise de 2008. » Une première surprise avant de continuer. Au côté d’une définition comptable de la dette (publique en l’occurrence), il y aurait une définition européenne « au sens de Maastricht » !

Mais pourquoi la France a-t-elle une dette ? Parce que nous demandons tous les ans aux banques privées de nous prêter de l’argent (environ 83 milliards en 2018), car le budget de l’État (fonctionnement en particulier) est en déséquilibre. Notons au passage que :
  • Premièrement, l’État ne s’applique pas les règles qu’il impose aux collectivités. En effet, ces dernières ne peuvent souscrire des emprunts que pour financer des investissements.
  • Deuxièmement, rappelons que c’est Georges Pompidou (tiens, lui aussi, un ancien de la banque Rothschild  !) qui a fait en sorte que l’État ne puisse plus emprunter à la Banque de France (à l’époque au taux zéro), mais uniquement au secteur privé !

Premièrement peut-on comparer la « dette publique » à la « dette des ménages », concept plus proche de nous et que nous comprenons parfaitement ? Non, entre les deux, il y a une différence fondamentale. Vous, mes amis, vous pouvez mourir, perdre votre emploi et ne plus pouvoir rendre les sommes dues. Cela peut vous inquiéter et mettre en difficulté vos proches, car votre banque a pris toutes précautions (y compris avec une hypothèque) pour ne pas perdre un centime. Alors qu’un État, lui, ne craint pas de disparaître. Thomas Porcher, dans son livre « Traité d’économie hérétique » se plaît à raconter comment le « trésor britannique a ainsi terminé de rembourser en 2015 des obligations émises en 1720 » ! Deuxièmement, le patrimoine de la France (12 000 milliards) est bien supérieur au montant de notre dette ; dès lors, où est le problème ? Troisièmement, rappelons que cette fameuse « règle », à l’origine de nos angoisses, est basée sur la comparaison entre une dette (qui s’échelonne sur plusieurs années) avec le PIB qui est une valeur annuelle ! Enfin, on nous rabâche que notre pays doit être piloté comme une entreprise et donc mieux géré. Et bien justement les entreprises françaises ont une dette bien plus élevée que celle de l’État (130 % du PIB) et personne ne s’en émeut.

Toute cette pression autour de cette « ÉNORME » dette est là pour nous convaincre que nous dépensons trop ! C’est d’une telle évidence ! Nous avons un train de vie bien supérieur à nos capacités. Vous coûtez trop cher, on vous le dit ! La seule solution c’est de suivre une « cure d’austérité ». On va donc couper dans les services publics, fermer des hôpitaux, des bureaux de poste, des perceptions, des maternités, des classes, etc. Du coup, tout s’éloigne des usagers et ils deviennent rapidement des gilets jaunes, car dans cette logique il faut faire de longues distances pour trouver le service qui convient. Et comme il n’y a plus de transports publics, que les voies ferrées et les gares ont été fermées, il faut prendre sa voiture. À noter que l’on va aussi se servir de ce discours pour justifier la privatisation de pans entiers de nos infrastructures : autoroutes, aéroports, grands barrages hydrauliques, etc.  

Par contre, comme c’est bizarre, personne n’évoque une autre hypothèse. Et si notre déficit budgétaire pouvait être comblé en augmentant les recettes de l’État. Non, pas en élevant le taux de TVA ou en taxant les carburants, mais en faisant payer des impôts à ceux qui en ont les moyens ou en arrêtant de leur faire des cadeaux. Pour cela, il suffit de mettre fin aux niches et aux exonérations fiscales et combattre sans merci les évasions.
Regardons, pour nous en convaincre, les sommes en jeu (pour mémoire notre déficit serait de 83 milliards) :

  • Le CICE (cadeau fiscal fait, sans contrepartie, aux entreprises) 18,8 milliards.
  • L’abandon de l’impôt sur la fortune (ISF) : 3,3 milliards.
  • La baisse du taux de l’impôt sur les sociétés : 2,4 milliards.
  • La suppression du forfait social sur l’intéressement et la participation : 500 millions.
  • L’évasion fiscale : Dominique Plihon (porte-parole d’Attac France et professeur d’économie financière à l’université Paris-XIII) l’estimait en février 2017 dans un article au Monde entre 60 et 80 milliards d’euros par an. Il rappelait par la même occasion, pour « montrer l’insuffisante volonté politique en France de lutter contre l’évasion fiscale […] que 35 000 postes de fonctionnaires des services fiscaux ont été supprimés depuis près de quinze ans, parmi lesquels des inspecteurs chargés de traquer l’évasion fiscale. »
  • Etc.


Alors, Madame la Députée, êtes-vous convaincue que, si l’on veut équilibrer le budget de l’État, on peut le faire sans se glisser dans cette logique d’austérité qui casse les services publics, ruine nos territoires et les familles les plus humbles.

Par contre, une fois notre budget de fonctionnement en équilibre (et même sans attendre), je serais pour ma part assez d’accord pour emprunter vraiment beaucoup pour réaliser les importants investissements indispensables pour la transition énergétique. Dans cette hypothèse de dépenses massives dans ladite transition, nous allons peut-être obliger nos descendants à rembourser. Mais nous leur laisserons aussi un monde vivable, avec un dérèglement climatique contenu, avec des services de proximité de qualité et des revenus corrects. Tandis qu’avec la politique de droite de Monsieur Macron (et de ses prédécesseurs) que vous soutenez, notre pays sera soit ruiné, soit dirigé par l’extrême droite, ou soit encore en pleine décomposition.

Un conseil, Madame la Députée, changez vite de camp et abandonnez cette politique néolibérale qui nous conduit à la catastrophe...

Les liens :

  • Le tweet de madame Huguette Tiégna se félicitant de la réduction des déficits de la France dans le cadre de la préparation du budget 2019.
  • Wikipédia : « Dette publique de la France ».
  • Le dossier d’ATTAC France du 15 septembre 2014 : « Une dette publique construite, voire illégitime ? ».