Le site de Libération décrit la montée en puissance de l’événement. « Un appel à bloquer les routes pour protester contre la hausse du prix du carburant prend de plus en plus d’ampleur ces derniers jours. Une pétition créée dimanche dernier a été signée par près de 300 000 personnes en cinq jours. Au Parisien, son auteure Priscillia Ludosky assure avoir été “contactée par une association d’automobilistes pour une éventuelle opération escargot sur le périphérique parisien le 17 novembre”. CheckNews n’a pour l’heure pas réussi à la joindre. Surtout, des dizaines d’appels à bloquer les routes le 17 novembre se multiplient sur les réseaux sociaux. L’un d’entre eux, un appel à bloquer les routes à Paris, recense 38 000 participants et près de 200 000 personnes se disant “intéressées” (ce qui ne signifie pas qu’elles vont prendre une part active à l’événement). Et des dizaines d’autres, allant de quelques personnes à des milliers, fleurissent sur des pages régionales. À Bordeaux, près de 5 000 personnes ont indiqué y participer et 20 000 se sont dites intéressées. À Lyon, c’est la moitié. Une vidéo publiée le 24 octobre et appelant les automobilistes à déposer un gilet jaune devant leur pare-brise a par ailleurs cumulé quatre millions de vues et 192 000 partages. » Enfin Paris-Match du 26 octobre nous apprend que : « Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen ont appelé vendredi à bloquer les routes dans toute la France le 17 novembre pour dénoncer la hausse des taxes sur les carburants. »

L’origine de cette mobilisation est donc pour le moins douteuse.
Il y a certainement au départ quelques personnes, persuadées de la justesse de leur combat, qui se sont lancées dans l’action. Comment ne pas, dans un premier temps, comprendre et même approuver ce mouvement de colère ? Une fois de plus, avec ces nouvelles taxes, voilà une réduction du « pouvoir d’achat » de nos concitoyens. Depuis l’élection de ce Macron-là, nous avons tellement l’habitude de voir exonérer d’impôt les plus riches, faire des cadeaux aux entreprises (soi-disant pour créer des emplois...) et financer ces dépenses en prenant aux plus défavorisés. Dans l’affaire qui nous intéresse, notre gouvernement va augmenter fortement la Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) jusqu’en 2022. Mais comble de maladresse, il ne se contente pas d’accélérer la convergence du prix du gazole et celui du super sans-plomb comme cela pouvait être acceptable (pour ma part je n’ai rien à y redire). Mais en plus, il décide d’augmenter l’ensemble, réduisant ainsi l’effet de rattrapage. Mais s’il avait été cohérent (et plusieurs d’entre mes amis auraient, là aussi applaudi), il aurait pu taxer le Kérosène, seul carburant échappant à toute pénalisation.

Alors, pourquoi ne ferai-je pas partie de la meute qui se propose de bloquer la France le 17 novembre ?

Premièrement parce que je ne partage pas l’idée que, pour « redonner du pouvoir d’achat » aux gens, il faut baisser les prix ! Non, si l’on souhaite relancer la consommation il faut AUGMENTER les salaires ! Le système capitaliste s’accommode tout à fait de ces baisses, il en sort toujours renforcé. Il s’adapte. Vous voulez des fringues à quelques euros, ils les font fabriquer au Bangladesh par des femmes et des enfants dans des conditions épouvantables. Vous voulez acheter votre logement ou votre maison au moindre coût ? Très bien, là encore il promeut la sous-traitance en cascade et à la fin vous aurez toutes les chances de rencontrer un employé « sans papiers », sous-payé, qui met sa vie en danger en travaillant à la tâche ! Vous voulez trouver de la nourriture moins chère dans votre supermarché ? Pas de problème. Soit on vous vendra un produit sortant d’une chaîne industrielle sans que vous sachiez vraiment ce qu’il y aura dans votre assiette. Soit encore, ce prix peu élevé va entraîner un agriculteur au suicide parce qu’il ne peut plus vivre de son travail. Cette logique « du prix le plus bas » est criminelle. Elle crée un cycle infernal qui tire tout vers le bas. Les moins riches, souhaitant payer moins, perdant leurs emplois aux profits de gens plus pauvres qui produisent encore moins cher, etc. À la fin, et c’est ce que nous connaissons, les pauvres le sont de plus en plus, mais bonne nouvelle, les riches le sont de plus en plus, riches dans ce système mondialisé. Alors comme l’explique le communiqué de Presse de l’Union Syndicale Solidaire « Nous voulons des augmentations de salaire ! ». « Ce qu’il faut obtenir dans l’immédiat, ce sont des augmentations de salaire : + 400 euros pour toutes et tous et le SMIC à 1 700 euros net ! Et nous ne l’obtiendrons qu’en nous mobilisant massivement, avec nos organisations syndicales, comme le font par exemple les salarié-e-s d’Air France ».

Deuxièmement, parce que je ne suis pas persuadé que l’augmentation du prix des carburants ne soit pas une politique possible, sous réserve que cela se fasse dans une autre cohérence, voire une programmation. La diminution de nos émissions de gaz à effet de serre passe par des actions coordonnées dans tout un ensemble de domaines, en particulier, les déplacements qui en sont responsables pour un bon tiers. Il faudra alors investir dans des modes plus écologiques, développer les transports en commun et ferroviaires, etc. Mais aussi repenser la mobilité individuelle, organiser la multimodalité et une accessibilité pour tous, arrêter les grands projets inutiles, etc. Mais encore, et cela sera compliqué, il faudra inventer une voiture particulière, y compris dans les rapports que nous entretenons avec elle. Elle devra certainement être moins puissante, moins consommatrice (2 litres au cent maximum ?). Pourquoi de grosses cylindrées aux capacités exagérées, bien souvent substituts d’une « situation » sociale non reconnue (voire piétinée) ? Connaissant l’importance de la dimension affective que certains d’entre nous ont pour « leurs bagnoles » et la difficulté qu’il y a de la briser, des mesures coercitives devront être envisagées. La limitation de la vitesse, les interdictions diverses, l’augmentation du prix des carburants sont probablement nécessaires. Je pense enfin que des dispositions en matière d’urbanisme sont indispensables pour changer les choses. Comment travailler dans une ville et vivre en pleine campagne, à plus de cinquante kilomètres de là ? Comment rapprocher l’habitat de l’emploi sans peser de tout le poids d’un État qui a retrouvé toute sa grandeur. Dans nos territoires ruraux, faut-il se battre sur la baisse du prix de l’essence ou contre la fermeture des classes, des hôpitaux, contre sa désertification, tout ce qui rend ces déplacements incontournables ?

Je laisse tout cela à votre réflexion. Pour ma part, dans ce vaste imbroglio, je ne souhaite mener que de justes combats. En tout cas, je ne participerai pas à ce mouvement du 17 novembre, porté par les quelques citoyens se trompant de colère et soutenu par les franges de l’extrême droite.

Les liens :