C’est en ces moments de température extrême, que se met à nu la fragilité du système de production électrique français basé sur cette logique du « tout nucléaire ». Ainsi durant cet été, EDF s’est trouvé dans l’obligation de stopper 4 des 58 centrales existantes : une unité à Fessenheim (Haut-Rhin), deux à Bugey (Ain) et une à Saint-Alban (Isère). Une porte-parole d’EDF en expliquait la raison au journal le Monde  : « On a choisi d’arrêter ou de moduler la puissance de certains réacteurs pour des contraintes environnementales ». Ce n’est pas de gaîté de cœur que l’opérateur a fait cela, c’est la conséquence d’une exigence légale.

En effet, pour l’activité de ces unités situées en bordure de fleuves ou de rivières (et c’est le cas pour ces quatre-là), l’eau est utilisée pour refroidir la vapeur des circuits secondaires qui alimente les turbines, avant d’être reversée dans le milieu naturel. Si ces rejets ne contiennent pas de matière radioactive, leur température doit respecter une certaine limite pour ne pas modifier l’équilibre environnemental. Le réseau « Sortir du Nucléaire » explique qu’une « centrale nucléaire a besoin d’eau en permanence pour évacuer la chaleur produite par la réaction nucléaire [...]. En bord de mer ou sur les cours d’eau à fort débit, les centrales fonctionnent en circuit “ouvert” : chaque réacteur prélève près de 50 m3 par seconde pour ses besoins en refroidissement. L’eau est ensuite rejetée à une température plus élevée. »

L’évacuation de cette eau ainsi réchauffée n’est pas sans conséquence sur les milieux aquatiques. Les associations accusent, et c’est le cas, les centrales nucléaires de contribuer à réchauffer les fleuves. Par exemple on estime que la température du Rhin a augmenté de près de 3°C à cause de la centrale de Fessenheim. « Ces rejets thermiques agissent comme une barrière qui réduit considérablement les chances de survie des poissons grands migrateurs, comme les saumons et truites des mers ». De plus, des températures situées au-delà de 28 ou 30 °C peuvent nuire à la reproduction des poissons et favoriser le développement d’algues et de végétaux aquatiques.

À noter que pour continuer à produire, coûte que coûte, EDF n’a jamais cessé d’intervenir pour obtenir des dérogations (cela a d’ailleurs été le cas pendant la canicule de 2003). Tout arrêt de réacteur a pour conséquence un manque à gagner d’un million d’euros par jour selon le réseau Sortir du Nucléaire ! D’où le grand nombre de ces exceptions.

Si les conditions de canicule se poursuivent dans les prochaines années, on peut raisonnablement s’inquiéter. Interrogé par la commission d’enquête sur le nucléaire de l’Assemblée nationale, Bernard Laponche de « Global Chance » expliquait : « Il est très probable qu’à l’échéance de quelques dizaines d’années, les réacteurs situés sur les fleuves ne seront plus admissibles du fait de l’augmentation de la température de l’eau et de la baisse de son niveau, mais, à ma connaissance, ce n’est pas réellement pris en considération ». D’ailleurs, dans son rapport, la commission jugeait les risques liés au changement climatique insuffisamment pris en compte et préconisait : « Demander aux exploitants d’apporter la preuve que leurs réacteurs sont en mesure de résister à tout aléa climatique combinant plusieurs facteurs (canicule, sécheresse, etc.) et affectant plusieurs centrales simultanément. »

Une question encore. Et si les centrales nucléaires participaient, elles aussi, au réchauffement climatique ? On nous explique à longueur de discours convenu que les centrales nucléaires ne produisent pas de CO2, donc ne contribuent pas au réchauffement climatique. Est-ce certain ? Cela n’est pas si évident si l’on étudie ces périodes de canicule, phénomène qui ne risque donc pas de s’arrêter. En effet, le réchauffement des cours d’eau, en conséquence leur assèchement, participe à ces dérèglements. Enfin, rappelons-nous que si l’on regarde l’ensemble du cycle de vie de ces équipements et notamment leur construction, c’est de l’émission d’un million de tonnes de CO2 dont on parle, sans oublier celle produite lors de l’extraction des minerais d’uranium ou le traitement et le stockage des déchets produits.

Non, l’électricité nucléaire n’est pas si propre que ça, mais on le savait déjà... En tout cas ce mode de production de cette énergie non renouvelable, est soutenue par un puissant lobby et son effet négatif sur le climat est largement sous-évalué.

La solution réside manifestement dans de véritables économies d’énergie couplées à l’utilisation d’énergies renouvelables au plus proche (et même sous le contrôle) des utilisateurs plutôt que de développer ces grosses unités de production incontrôlables.


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