En ce jour de fin de « trêve hivernale », cette femme, criblée de dettes, attend les huissiers. Elle doit et va être saisie. Alors que son fils de huit ans et demi, Mickel (son « petit hippocampe ») dessine, à l’instant même où les auxiliaires de justice frappent à la porte, un séisme de très grande amplitude se déclenche. Pour leur échapper, elle rêve de ce séisme qui les en soustraira. L’urgence est telle et le désir si fort que la catastrophe advient. C’est l’horreur, la ville d’Eskandar s’écroule, ses habitants décampent. La nature reprend ses droits et des fauves abandonnent le zoo après l’effondrement des clôtures et envahissent la ville. La femme, emportant le fusil de son père, quitte les ruines et se réfugie dans les restes de l’école. Se rebaptisant Madame de Fombanel, à la fois effrayée et fascinée par la propagation du désastre, elle s’apprête à défendre son fils et à combattre les animaux sauvages.

Vous l’aurez compris, Eskandar est une cité de nos banlieues, imaginaire, onirique. C’est un de ces espaces troubles de notre société néolibérale, laissé à l’abandon, peuplé, comme l’écrit le philosophe Alain Badiou, de gens qui ne servent à rien (Macron les a même traités de « gens qui NE sont rien » ce qui est une horreur). Cette ville, improbable, c’est celle qui doit disparaître, qui n’est pas encore amendable. Mais après la catastrophe, la situation est-elle meilleure ? En tout cas notre femme est armée (premier ou second degré). Elle n’est plus vraiment la même. L’espoir renaît.

Samuel Gallet (auteur et acteur) nous explique : « Dans la bataille d’Eskandar, je poursuis ma recherche d’une forme entre fiction dramatique et dit poétique parlé et chanté. À la croisée du théâtre et du concert, alternant entre incarnation fictionnelle et distanciation narrative, chant et dialogue, ce dit poétique et théâtral évoque l’univers de cette zone Sud, les bouleversements du monde et la lutte obstinée d’une femme contre la déréliction d’un monde, à la fois effrayée et fascinée par la propagation du chaos. »

Pour ce qui est de la forme, elle est dépouillée, point de fioritures. Deux musiciens participent à la création de cette belle utopie sous forme de « poème rock ». Bien évidemment Pauline Sales, par ailleurs excellente comédienne, porte le magnifique personnage de la femme, « en même temps » défaite et en reconstruction. En 2017, toujours dans le OFF, nous avions apprécié au Gilgamesh-Belleville sa dernière pièce : « J’ai bien fait ? »

Voilà un spectacle, qui en partant de cette violence qui est faite à ces gens qui ne sont rien, nous fait entrevoir une utopie qui me va bien...

Distribution :

  • De Samuel Gallet.
  • Mise en scène et dramaturgie : Le Collectif Eskandar.
  • Avec : Samuel Gallet (jeu), Aëla Gourvennec (composition musicale, piano, violoncelle), Pauline Sales (jeu), Grégoire Ternois (composition musicale, percussions, claviers).
  • Création lumière : Adèle Grépinet.
  • Régie lumière : Adèle Grépinet et Laurent Poussier.
  • Création et régie son : Fred Bühl.
  • Décor : Les ateliers du Préau.
  • Costumes : Malika Maçon.
  • Texte publié aux Éditions Espaces 34 — Lauréat du Prix Collidram 2018.
  • Production : Le Collectif Eskandar.
  • Coproduction et partenaire : Le Préau – CDN de Normandie – Vire.
  • Coréalisation : Le Collectif Eskandar, Théâtre des Halles.


Les liens :

  • Site officiel du Collectif Eskandar. https://www.samuelgallet.net/
  • Site officiel de Samuel Gallet : https://www.samuelgallet.net/
  • Site officiel du Préau, CDN de Vire : https://lepreaucdn.fr/