Je vous explique d’abord. Petit retour en arrière, car c’est avec Tantale, grand-père des héros (Thyeste et Atrée) que démarre l’action. Il est vrai que celui-là avait déjà offert aux dieux en banquet la chair de Pelops. Nous voilà avertis, nous sommes avec des personnages à l’hérédité chargée. Atrée est le roi d’Argos, parce qu’il a écarté son frère (Thyeste), suite aux fautes commises par ce dernier. En effet, ce Thyeste avait séduit sa femme pour s’emparer du trône d’Argos en dérobant le bélier sacré qui y donnait accès, et auquel Atrée, l’aîné, avait droit... Au bout de plusieurs années, le roi fait revenir son frère de l’exil pour se venger. Il imagine alors ce coup le plus barbare qui soit : lui faire manger ses trois fils au cours d’un prétendu banquet de réconciliation. L’horreur quoi ! Cela méritait bien un spectacle de 2 h 30.

Ce Thomas Jolly est manifestement un peu tordu. Dans une interview à « FranceTVinfo », il explique : « Moi ce qui me plaît dans cette pièce c’est d’abord sa dimension fantastique, et le fait qu’elle soit irreprésentable. Florence Dupont, la traductrice, redonne à ce théâtre une vraie vivacité, une vraie verve de la langue et c’est juste un plaisir dingue de la dire et de la faire travailler. Et puis je voulais aller encore plus loin dans la monstruosité, jusqu’à la question de l’immontrable. Bon ! Il va falloir que j’affronte cette question du monstre avec moi-même. Ce n’était pas prémédité, mais force est de constater que dans le théâtre que je monte, il y a forcément à un moment donné un monstre. » Le journal « Le Monde » pour sa part, pense que la tragédie de Sénèque « retentit étrangement dans notre monde où une barbarie “moderne” bute sur la question du “pourquoi ?”, et s’étale jour après jour, avec ses “comment ? ». Il faut bien admettre que cela m’échappe surtout qu’à la fin une citation de Sénèque s’inscrit sur le mur de la Cour d’honneur qui nous parle de pardon !

Il y a au moins une chose que je dois admettre (et d’ailleurs Libération consacre l’essentiel de son article sur cet aspect) c’est la beauté de la mise en scène, qui malheureusement ne rachète pas l’inutilité du propos.

Dieu que c’est bien foutu, mais à quoi ça sert ?

Distribution :

  • Avec : Damien Avice, Éric Challier, Émeline Frémont, Thomas Jolly, Annie Mercier, Charline Porrone, Lamya Regragui, Charlotte Patel (violoncelle), Caroline Pauvert (alto), Emma Lee, Valentin Marinelli (violons) et la Maîtrise populaire de l’Opéra Comique et la Maîtrise de l’Opéra Grand Avignon.
  • Texte : Sénèque.
  • Traduction : Florence Dupont.
  • Mise en scène : Thomas Jolly.
  • Collaboration artistique : Alexandre Dain.
  • Scénographie Thomas Jolly, Christèle Lefèbvre.
  • Musique : Clément Mirguet
  • Lumière : Philippe Berthomé, Antoine Travert.
  • Costumes Sylvette Dequest.
  • Production : La Piccola Familia, Festival d’Avignon, Théâtre national de Strasbourg (TNS), La Comédie de Saint-Étienne CDN Coproduction ExtraPôle Provence-Alpes-Côte d’Azur, La Villette (Paris), Théâtre de Caen, La Criée Théâtre national de Marseille, CDN de Normandie-Rouen, Théâtre de l’Archipel Scène nationale de Perpignan, Le Grand T théâtre de Loire-Atlantique, Célestins Théâtre de Lyon, Anthéa théâtre d’Antibes, Le Liberté Scène nationale de Toulon.
  • En partenariat avec l’Opéra Comique, l’Opéra Grand Avignon.


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