Avant de rentrer dans le vif du sujet il me faut rappeler comment se structure ce logement aménagé par l’atelier d’architectes urbanistes PhBa, dans une grange existante. En fait il s’agit d’une maison en bois construite à l’intérieur de ce bâtiment de pierre.
Un forage a été fait pour extraire de l’eau du sous-sol (à -60 m environ) et ainsi alimenter  :

  • Une pompe à chaleur (PAC) géothermique basse température qui fournira l’essentiel de l’énergie (chauffage, ECS et rafraîchissement) dont nous avons besoin.
  • Un deuxième réseau de distribution alimentant la chasse des w.c., les machines à laver, l’arrosage du jardin, etc.

Tout ce système (pompe du forage et PAC) utilise encore plus d’électricité et il me semblait important de compenser cet usage. D’où la mise en place de panneaux photovoltaïques dans une logique d’autoconsommation. Avant d’y venir, j’aimerais préciser que j’achète mon électricité chez ENERCOOP qui m’a conseillé un installateur local spécialisé, sélectionné par ses soins. C’est donc l’entreprise Technowatt de Gourdon (Lot) qui a assuré la pose de l’ensemble. Mais en fait, la propriété se trouve dans le périmètre de protection d’un monument historique classé (en l’occurrence l’église Saint-Martin). Conséquence : interdiction de monter les panneaux sur le toit de la grange (devenue pour partie mon logement). Si j’en crois l’architecte des bâtiments de France, l’autorisation m’aurait été donnée si la grange n’avait pas été partiellement aménagée en habitation ! L’installation devait donc se faire au sol et il devenait obligatoire de construire une structure pour la soutenir. Du coup cette décision augmente de 40 % le coût de l’ensemble. Mais bon, il faut respecter les règles et aller jusqu’au bout. C’est ainsi que le 15 mars 2018, les 10 panneaux de marque « aleo » produisaient leurs premiers électrons dans une installation qualifiée de « 3 kW Crête » (et ne me demandez pas ce que cela signifie !).

Voyons maintenant ce qui se cache derrière le terme « d’autoconsommation ». Dans une telle démarche, le système va vous permettre de consommer, en priorité, l’électricité produite sur place. Ayons toujours à l’esprit que les périodes de production d’électricité (le jour, de préférence quand il fait soleil) ne coïncident jamais complètement avec les périodes de consommation.

L’image ci-dessus (copie d’écran du logiciel de suivi « Enlighten ») montre à la fois la production des 10 panneaux (couleur bleue au-dessus de l’axe), mais aussi ma consommation (en orange en dessous) à la fréquence du quart d’heure. Nous sommes le 19 juin, il fait un soleil magnifique et une pointe de température de 30 °C.

  • Le système a produit 19,3 kWh dont je n’ai utilisé que 6,3 kWh (ce sont les parties bleu clair) et exporté le solde de 13 kWh (en bleu plus foncé) sur le réseau de distribution.
  • Pour ce qui est de ma consommation 11,8 kWh (globalement inférieure à ma production, solde net de 7,5 kWh), elle a été en partie couverte par la production (6,6 kWh zone en orange clair), mais aussi par de l’électricité achetée à ENERCOOP (5,5 kWh en orange foncé)

Que conclure ?

  • Oui, ce jour-là, mon empreinte sur le réseau national est positive, j’ai produit plus que je n’ai consommé (+ 7,5 kWh).
  • Mais, en réalité, mon taux d’autoconsommation (la part de la production électrique qui est consommée immédiatement sur place) est de 32 % (moyenne nationale autour de 20 à 25 %).
  • Pour ce qui est de mon taux d’autoproduction (pourcentage de la consommation électrique produite sur place), il est de 56 %.

Pour dire les choses plus brutalement :

  • J’ai consommé 11,8 kWh et pour ce faire je n’ai acheté à ENERCOOP que 5,5 kWh).
  • J’ai donné (gratuitement) 13 kWh à EDF qui ne m’a même pas remercié ! En fait, j’ai apporté ma pierre au comblement du déficit structurel de l’électricien historique, empêtré qu’il est dans l’aventure nucléaire !

Regardons maintenant les chiffres sur les 94 jours de fonctionnement entre le 16 mars et le 17 juin (plus significatif de cette merveilleuse journée du 19 juin).

  • J’ai produit 1 141,14 kWh d’électricité alors que j’en consommais 2 437,40 !
  • J’ai gracieusement offert à EDF 529,84 kWh (46 % de ma production)
  • Je n’ai donc consommé qu’une partie (611,30 kwh) de ma production ce qui me donne un taux d’autoconsommation de 53,57 %).
  • Par contre cette production consommée sur place ne représente que 25,08 % de ma consommation totale (c’est le taux d’autoproduction).
  • Je n’ai acheté à mon fournisseur que 1 829,90 kWh, au lieu des 2 437,40 consommé.

Cette situation n’est que partielle (même pas 100 jours) et effectivement, un bilan plus réaliste, au bout d’une année complète, s’impose. Sans attendre, quelques conclusions partielles.

  • Le strict respect de l’avis de l’architecte des bâtiments de France me coûte. Non seulement il m’a fallu construire un support, mais en plus, c’est la raison pour laquelle je ne peux pas vendre à EDF l’énergie exportée. S’ils étaient sur le toit, je pourrais la vendre.
  • Cela dit, comme EDF me demanderait, pour ce faire, de poser un compteur « LINKY », tout compte fait, je ne suis pas certain au final de vouloir la vendre.
  • Il est regrettable qu’ENERCOOP ne puisse recevoir une électricité donnée par un de ses clients.

Bon à revoir en mars 2019...

Liens :

  • Atelier PhBa — architectes urbanistes — Caroline Lafon et Philippe Bergès.
  • Site officiel d’ENERCOOP.
  • Le site de l’entreprise Technowatt à Gourdon (Lot).
  • La fiche de l’église Saint-Martin à Anglars (Lot) sur Wikipédia.
  • Le site officiel de la société « aleo » fabricant des panneaux photovoltaïques.
  • Le site officiel de « Enphase » qui commercialise les onduleurs et le logiciel de suivi « Enlighten ».