Les spécialistes s’accordent à estimer à un million le nombre d’hommes et de femmes qui, fuyant la guerre, la faim, la mort, ont quitté leur pays et espéré, un temps, trouver un havre de paix dans nos « riches démocraties » européennes. Parmi eux, plusieurs milliers décèdent lors de ce périple. C’est d’autant plus insupportable qu’on sait ces flux migratoires intarissables, en constante augmentation, tant la misère croît dans ces parties du globe et tant s’intensifient les dérèglements climatiques. Nous en sommes maintenant persuadés : nous ne pourrons pas endiguer ce phénomène. Et cela, quelle que soit la hauteur des murs que nous serions en capacité de construire le long de nos frontières.

Cette situation de détresse interpelle chacun d’entre nous. Partout des voix s’élèvent. Par exemple, dans son message lors de la journée mondiale du migrant et du réfugié 2018, le Pape François introduisait son propos par une citation de l’évangile : « L’immigré qui réside avec vous sera parmi vous comme un compatriote, et tu l’aimeras comme toi-même, car vous-mêmes avez été immigrés au pays d’Égypte. Je suis le Seigneur votre Dieu » (Lv 19, 34). Devant la catastrophe que nos politiques provoquent, il se faisait porteur d’une parole qui me semblait en parfait décalage avec le discours ambiant « notre réponse commune pourrait s’articuler autour de quatre verbes fondés sur les principes de la doctrine de l’Église : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer ». Pour ce qui est de la République, nous parlons de : « Liberté, Égalité et Fraternité » !

Si nos dirigeants ont souvent comme unique solution (sous la pression de quelques individus haineux) la construction de barrières et de murs, dans la réalité de nos territoires, nombreux sont les citoyens qui ont depuis longtemps inscrit ces valeurs dans leur quotidien. Ici, ce sont des voisins solidaires et mobilisés, seuls ou au travers d’un tissu associatif impliqué, qui s’engagent. Là, ce sont des collectivités responsables et solidaires qui offrent des formes d’hospitalité sans condition. Toujours ce sont des femmes et des hommes, respectueux des principes de notre république et des « droits de l’homme », bienveillants et solidaires. Partout on se dresse contre la tendance de l’État à criminaliser l’action militante. Récemment, c’est le cas de Martine Landry (membre d’Amnesty International) qui est poursuivie pour avoir « facilité l’entrée de deux mineurs étrangers en situation irrégulière ». Elle risque 5 ans de détention et 30 000 euros d’amende. Quand on y réfléchit, elle est tout simplement accusée de faire appliquer la loi ! Ce cas n’est que le dernier d’une longue liste, avec parmi les plus emblématiques celui de Cédric Herrou, agriculteur, qui fut condamné à 4 mois de prison avec sursis pour avoir rendu possible la traversée de la frontière à des exilés.

Fort de son imposante majorité, notre gouvernement aurait pu porter encore plus haut cette mobilisation citoyenne, et positionner la fraternité et l’humanisme comme valeurs suprêmes. Il n’a manifestement pas choisi ce camp. Encore et encore, la guerre aux migrants est la règle, les actions, empreintes de la plus élémentaire humanité, stigmatisées, les aidants poursuivis en justice. Les décisions de refus du droit d’asile se multiplient, mettant à la rue, sans ressources, des adultes, mais aussi des enfants qui avaient espéré, pendant plusieurs années parfois, trouver une place paisible et pérenne parmi nous. Ces situations, alors que tout avait été fait pour qu’ils s’intègrent et préparent leur installation définitive chez nous, ne peuvent nous laisser indifférents.

La fin de l’année 2017 a été marquée par la publication de trois circulaires du ministère de l’Intérieur. Par exemple celle du 20 novembre 2017 vient renforcer l’arsenal qui pèse déjà sur ces gens. Elle rétablit de fait la politique du chiffre en matière d’expulsions et organise la surveillance et le contrôle de ces personnes dès le début de leur parcours en France.

Un projet de loi, quasi exclusivement répressif, va prochainement être présenté au parlement. Entre autres, un certain nombre de mesures sont inquiétantes, notamment la réduction du délai pour déposer une demande d’asile (de 120 à 90 jours), la réduction du délai pour introduire un recours devant la Cour nationale du droit d’asile (de 30 à 15 jours), la prolongation des retenues administratives (de 16 à 24 heures), une réelle garde à vue bis pour les étrangers, moins de protection pour les malades étrangers, une durée de rétention allongée de 45 à 105 jours, etc.
Du coup les citoyens se mobilisent. Dernièrement une vingtaine d’associations ont intenté un recours devant le Conseil d’État contre cette circulaire du 12 décembre qui organise de fait un tri des personnes étrangères dans les centres d’hébergement.

Devant l’attitude de ce Président et de son gouvernement, nous devons faire front.
La récente manifestation de Figeac en est un exemple.

  • Il nous faut systématiquement rappeler que « le droit d’asile est un droit fondamental ». Les mineurs et demandeurs d’asile ne doivent jamais être considérés comme « des étrangers en situation irrégulière », mais comme des personnes vulnérables qui doivent être protégées selon la loi et les conventions internationales.
  • Si nous pensons que la « non-assistance à personne en danger » et la « mise en danger de la vie d’autrui » sont des délits, nous condamnons l’attitude de ce pouvoir qui intimide et criminalise (et alors poursuit) les citoyens solidaires de ces personnes en détresse.
  • Nous affirmons que trier les réfugiés entre les bons et les mauvais est scandaleux. Qu’ils fuient la guerre, les massacres, la barbarie, la montée des eaux, l’assèchement des sols, la faim ou l’extrême misère, ils doivent tous être traités avec la même humanité. Rappelons-nous que dans tous les cas, c’est bien souvent nos pays qui sont les principaux responsables de ces situations.

Pour faire court, nous exhortons ce gouvernement à respecter les droits humains fondamentaux et à accorder protection aux personnes qui frappent à la porte de la France.

Exigeons, comme de nombreux citoyens et associations, l’abrogation sans condition de ces circulaires Collomb et le retrait du projet de loi « pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif », qui a été présenté le 25 février au conseil des ministres et sera prochainement discuté au Parlement.

Les liens :

  • Dossier de presse du gouvernement sur le projet de loi « Garantir le droit d’asile, mieux maîtriser les flux migratoires »
  • La position de Jacques Toubon (défenseur des droits) sur le projet de loi « Le demandeur d’asile est mal traité ».
  • Message du Pape François lors de la journée mondiale du migrant et du réfugié 2018.