En 2017, Lactalis est la troisième entreprise mondiale de transformation de produits laitiers, derrière Nestlé et Danone. C’est la deuxième en France. Si on prend en compte les volumes de fabrication, il devient le premier groupe mondial et le premier en France. Derrière ce nom se cache une multitude de marques :

  • Les fromages : Président, Rouy, Lepetit, Lanquetot, Bridélight, Galbani, Rondelé, Munster, Chaussée aux moines, etc.
  • Le beurre et la crème : Président, Bridélice, Primevère, etc.
  • Lactel (Éveil, Matin léger),
  • Les AOC (Istara, Salakis, Lanquetot, Société, Lou Pérac, etc.),
  • Les produits frais (La Laitière, Flanby, Sveltesse, Viennois, Chambourcy, etc.).


Le groupe emploie environ 75 000 salariés dans 230 sites répartis dans 43 pays. Parmi ceux-ci 15 000 en France et 17 000 dans le reste de l’Europe. Il commercialise ses produits dans plus de 150 pays. Son chiffre d’affaires (17,3 milliards d’euros) est réalisé pour 58 % en Europe, 21 % en Amérique et 7 % en Afrique. Si j’en crois l’AFP, 1 agriculteur français sur 5 qui produit du lait travaille pour Lactalis. Luc Smessaert, vice-président de la FNSEA affirmait dans les colonnes du Nouvel Observateur : « Lactalis, avec toutes ses filiales, collecterait plutôt entre 25 % et 28 % du lait français... Ce qui explique en partie les projecteurs braqués aujourd’hui sur l’entreprise et son rôle majeur dans la crise » du lait.

Bien que non cotée en bourse, cette multinationale est dirigée d’une main de fer par Emmanuel Besnier, homme discret de 45 ans. Fondée en 1933 par André Besnier à Laval, elle est successivement emmenée par son fils Michel (1928-2000) puis par son petit-fils, depuis maintenant 17 ans. Selon « Forbes », la fortune de ce dernier ne cesse de progresser. En mars 2017, elle est estimée à 11,3 milliards de dollars, alors qu’elle n’était que de 7,6 milliards un an avant, et de 4,3 milliards de dollars en 2013. Belle croissance donc. La revue « Challenge », le classe 11e plus riche de France, juste derrière Xavier Niel (10e) et Patrick Drahi (8e). Pour arriver à ces niveaux, il est bien évident que notre « premier de cordée » a fait quelques arrangements avec le fisc ou avec la morale. Le journal Médiapart nous explique qu’à la succession de Michel Besnier (le père d’Emmanuel), les enfants obtiennent « un paiement différé et fractionné (14 ans) de leurs droits de succession, qui se sont élevés à 119 millions d’euros. L’accord avec Bercy a été scellé en 2003, sous l’autorité du ministre du Budget Alain Lambert et du président Jacques Chirac, seul homme politique à apparaître en photo dans le livre de mémoire du groupe. » Toujours pour des raisons fiscales, Lactalis, qui ne publie pas ses comptes, fait migrer une partie de ses avoirs en Belgique. Alors qu’il commence à acheter ses concurrents étrangers, la société « Besnier SA » (BSA) installe sa filiale « BSA international » à Ixelles en Belgique. Le capital de cette filiale, qui détient quelque 60 filiales étrangères, est passé de 100 millions d’euros en 2005 à 2,1 milliards d’euros en 2014. Bien que son résultat net cumulé se soit élevé à 268 millions d’euros, entre 2004 et 2014, elle n’a versé à l’État belge que 7,23 millions sur la même période.

Ce 22 août dernier, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs (JA) appellent l’ensemble des producteurs de lait des Pays de la Loire, de Bretagne et de Normandie à manifester, devant le siège de Lactalis, à Laval (Mayenne). L’entreprise est accusée de l’acheter à un prix particulièrement faible (le plus bas en France), soit 257 euros pour 1 000 litres (en gros 10 à 30 euros de moins que les concurrents). Tout cela, alors que la transaction se faisait à 365 euros la tonne en 2014, à 305 euros en 2015, avant de chuter à 275 euros dans l’été 2016. C’est peu, quand on sait que le coût de production d’une tonne de lait était estimé (par le Monde) autour de 374 euros (ou 37,4 centimes le litre). Très rapidement les agriculteurs se révoltent. Il faut reconnaître qu’avec de telles pratiques « l’hécatombe » est importante. Le « Nouvel-Observateur » interviewe à cette occasion Josian Palach, secrétaire national en charge de l’élevage à la Confédération Paysanne : « 2 000 à 3 000 exploitations ont fait faillite cette année. Ces 10 dernières années, ce sont 60 000 points de collecte qui ont fermé ». Le syndicaliste précise plus loin que Lactalis n’est pas le seul responsable : « Regardez aussi du côté de Danone, dans leurs résultats du premier semestre, ils écrivent noir sur blanc qu’ils ont de bons chiffres grâce au faible prix d’achat du lait. C’est indécent ! »

Ce sont en fait les questions sanitaires et leur gestion qui ont mis Emmanuel Besnier sous les projecteurs de l’actualité. Comme l’explique Stéphane Le Foll (ancien ministre socialiste de l’agriculture) : « Dès la fin août, l’entreprise, sur des contrôles internes, découvre des problèmes de salmonelle, et au mois de janvier on est toujours dans ce problème. » On mesure vite l’ampleur de ce qu’il convient d’appeler une « tricherie ». À tel point qu’en fin d’année, le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour « mise en danger de la vie d’autrui, tromperie aggravée et inexécution d’une procédure de retrait ou de rappel d’un produit préjudiciable à la santé. » Une fois encore c’est la soif de profits immédiats qu’il faut invoquer dans cette affaire, la santé de nos « chères têtes blondes » étant le cadet des soucis d’Emmanuel Besnier. Par exemple en 2012, une deuxième tour de séchage haute de 42 mètres est construite sur le site industriel de Créon au cœur de la polémique. L’objectif de Lactalis est de sécher 6 tonnes supplémentaires de lait à l’heure, contre 3 tonnes à l’heure avec la seule tour existante, et à ainsi permettre à sa filiale Celia (pour bébé) de se hisser du 10e au 5e rang mondial de la nutrition infantile. Les travaux pour cette deuxième tour sont commencés avant l’autorisation administrative et malgré un avis défavorable du commissaire enquêteur ! Si dans cette affaire, Lactalis ne s’est manifestement pas bien conduit, que dire des grandes surfaces ? Selon Médiapart toujours : « La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a réalisé 2 500 contrôles qui ont fait apparaître que les enseignes Leclerc, Auchan, Carrefour, Système U et Cora avaient continué de vendre les produits rappelés — près de 2 000 — sur 91 points de vente et 30 supermarchés. »

Avec ce nouvel exemple de « premiers de cordée », que constate-t-on ? Comme ses petits camarades, celui-là n’a pas beaucoup de morale et d’éthique, seuls les profits immédiats l’intéressent et il n’hésite donc pas à empoisonner les gens, il participe le moins possible aux dépenses de solidarité sociale, il « optimise » et tripatouille, il est chaque fois « borderline ». J’en oublie ?

Ah si, celui-là est un peu différent des autres, il se planque et ne cause pas !

Les liens :

  • Oligarchie (exemple 1) : l’État vend ses enfants et ses enseignants à Microsoft pour 13 millions !
  • Oligarchie 3 : La tribu Mulliez et l’éthique !
  • Non, monsieur Antoine Frérot, on ne se taira pas !
  • Serge Dassault : un « premier de cordée » avec des affaires aux fesses en mode « Rafale »...
  • Nanard, un autre exemplaire des « premiers de cordée »...
  • Le billet d’Audrey Vernon sur France-Inter : « L’homme de ma vie : Emmanuel Besnier, président de Lactalis ».
  • L’interview d’Emmanuel Besnier du 13 janvier 2018 au JDD.