De son vrai nom Jean-Philippe Smet, Johnny Hallyday est né à Paris en 1943. Il est le type même d’artiste opportuniste qui a su se glisser dans toutes les modes. De la parodie des disques d’Elvis Presley, il n’hésite pas à passer de la pure variété (« Itsy bitsy petit bikini » de Dalida), au « twist » et au « mashed potato » en 1962. Plus tard, en 65, le voilà  fan de Rhythm-and-Blues, être « peace and love » en 68, contestataire-écolo en 70, chanteur de « Country » en 72 puis « Country-Rock » en 1975. Il fera même dans le rock progressif en 1976, etc. Pour le succès, il aura tout essayé : le cinéma, les shows les plus audacieux, les plus grandioses, etc. Il fait écrire paroles et musiques par les meilleurs auteurs du moment, est accompagné par les musiciens les plus performants, s’entoure des tourneurs et autres managers les plus efficaces (mais bien trop souvent sans scrupule). Il chante même « Tous ensemble », le titre officiel de l’équipe de France de football pour le « Mondial » de 1998. C’est dire ! Au total, il aura vendu 110 millions de disques à travers le monde dont près de 68 millions en France et aura enregistré plus de 1 000 morceaux, dont une centaine seulement de sa composition.

Politiquement, notre homme s’affichera clairement à droite. Dès les présidentielles de 1974, il va soutenir Valéry Giscard d’Estaing, face à François Mitterrand. Il recommencera en 1981. En 1988, il chante, lors d’un meeting du candidat : « On a tous en nous quelque chose de Jacques Chirac». En 2005, à l’occasion du référendum sur le traité constitutionnel pour l’Europe et à la demande de Jacques Chirac, il prend publiquement position pour le « oui ». Pendant la campagne présidentielle de 2007, il va très logiquement soutenir Nicolas Sarkozy et en remerciement dîne avec lui le soir même au Fouquet’s. En compensation des efforts faits, le contribuable paiera la prestation du chanteur pour le concert du 14 juillet suivant au Champ-de-Mars. Le couple jupitérien (Emmanuel et Brigitte) s’étant lié d’amitié avec lui, tout ce beau monde «  s’était notamment retrouvé pour fêter les 88 ans de Line Renaud, très proche de Johnny Hallyday, en juillet 2016. » Le journal Le Point nous apprend qu’entre les Sarkozy et les Hallyday il y a un personnage « commun : Michèle Marchand, figure du milieu people et patronne de l’agence Bestimage, présentée comme proche de Johnny Hallyday, de l’épouse de M. Sarkozy, mais aussi comme une conseillère d’image officieuse et discrète de Brigitte et Emmanuel Macron. » On a vite fait le tour des « premiers de cordée ». À noter qu’il va, plusieurs fois, être invité à la fête de l’Humanité. En 1985, il va d’ailleurs déclarer sur scène : « Pour remettre les choses à leur place, j’aimerai vous dire que je suis très heureux d’être ici avec vous à la fête de l’Humanité, car avant tout c’est une fête... des Français ».

Ce que l’on retiendra aussi de notre artiste « national » c’est son incapacité à redistribuer, sous forme d’impôts, une partie de l’argent amassé avec les plus fragiles de ses « compatriotes ». En fait notre Johnny n’est pas partageux : il ne veut pas être « un mouton qui se fait tondre ». Un article du Nouvel Obs nous conte cela par le menu.
Nous sommes en 1972 (il a 32 ans !) déjà le fisc lui réclame des millions de francs d’arriérés. Fâché, il fait une grosse colère, part aux États-Unis avec Sylvie et David, puis revient !

  • En 1977, il est condamné pour fraude : prison avec sursis et amende... Un détail ?
  • En 1995, il doit une trentaine de millions de francs pour retard de paiement auxquels il faut ajouter diverses pénalités.
  • En 2000, l’État, bonne pomme, négocie avec lui, contre le versement de 20 millions de francs, lui fait une « petite remise » sous forme de dégrèvement et annulation de pénalités de 6,5 millions.
  • En 2006, notre Johnny demande la nationalité belge pour « raisons sentimentales », personne n’est dupe, la Belgique refuse.
  • En 2007, il part en Suisse, à Gstaad dans une « petite propriété » (qu’il essaiera de vendre plus tard pour 9,5 millions d’euros). Du coup, il bénéficie d’un régime fiscal avantageux, et ne paie qu’un forfait suisse de 300 000 euros d’impôts par an, loin des 4 à 5 millions qu’il devrait en France.

Notre « victime » arrivera toutefois à mettre « quelques sous » de côté et va investir dans l’immobilier. Il deviendra propriétaire d’une maison « La Savannah » à Marnes-la-Coquette (26 millions d’euros), d’un chalet à Gstaad (voir ci-dessus), d’une villa à Saint-Barthélemy et d’une résidence dans le quartier de Pacific Palisades à Los Angeles. Le pauvre homme !.

J’aimerais enfin évoquer la mascarade mise en œuvre par l’État à vos frais (vous savez, celui qui nous invite à la rigueur !) pour rendre hommage à ce Johnny riche et fraudeur (il a quand même été condamné !).

D’une part ce grand raout officiel raconte des choses sur les rapports de cet État et de la religion catholique. Mais aussi de celle-là avec celui que Libération décrit comme un « buveur et noceur, sniffeur et coureur, nombre de fois marié et divorcé ». Le jour de cet hommage, par ailleurs journée de la laïcité, nous avons vu le président prononcer son discours sur le parvis de l’église de la Madeleine. Puis, « l’ex-idole devenue ange de miséricorde est partie vers son dernier exil tropical » pour riches. D’autre part tout cela avait un coût. Cette grandiose cérémonie a été sécurisée par « près de 1 500 policiers et gendarmes » « avec une escorte d’honneur ». Il faut ce qu’il faut, tant que les fainéants et autres assistés paient !

En parlant d’entreprise, permettez-moi cette petite anecdote qui en dit long sur le fonctionnement de notre oligarchie macronienne ! La Fédération Française des Motards en Colère (FFMC) avec la Fédération des Bikers de France pensait pouvoir organiser un rassemblement de motards et de bikers pour suivre le cortège funéraire. Un rendez-vous est donc pris avec la préfecture de police. On les fait patienter, car le responsable du club d’un constructeur américain est reçu au même instant. Au bout d’un moment, ils apprennent que ce rassemblement ne peut avoir lieu au motif que : le cortège moto est privatisé par le club de la marque Harley-Davidson et les motards qui désirent y prendre part sont priés de réserver leurs places chez les concessionnaires.

Je vous le dis, tant que les affaires peuvent se faire et les profits s’accroître !