C’est en 1964 que la compagnie américaine, Stauffer Chemical, dépose un brevet sur la molécule du glyphosate qui a une propriété de chélateur de métaux (elle fixe les métaux et les rend solubles dans l’eau). Du coup son premier usage est le nettoyage des chaudières et des canalisations ! On est loin des « mauvaises herbes » ! La journaliste d’investigation Marie-Monique Robin (réalisatrice du documentaire « Le Roundup face à ses juges » diffusé le 17 octobre sur Arte) explique dans la revue informatique « Novethic » : « Aujourd’hui comme le glyphosate est utilisé massivement, notamment dans les cultures aux États-Unis, il s’accumule dans les sols et chélate les minéraux. Ils ne sont plus disponibles pour les plantes qui tombent malades. Cela a aussi des conséquences sur les élevages industriels consommateurs de soja ou de maïs imbibés de Roundup. Une fois dans les organismes, le glyphosate séquestre le fer et le zinc, ce qui entraîne des malformations, une chute de la fertilité, etc. ».

En tout cas, aujourd’hui tout un système repose sur le « Roundup » par manque de savoir-faire en dehors de ce produit. Pour attester de cette situation de dépendance, il n’y a qu’à regarder comment la FNSEA pèse dans le débat et les décisions jupitériennes. Ainsi le 22 septembre dernier quelque 300 agriculteurs se sont rassemblés à l’angle des Champs-Élysées et de l’avenue de Marigny à l’appel de ce syndicat. Ils ont déversé sur la chaussée de la paille sur laquelle ils se sont allongés avec comme mot d’ordre : « Macron tue les agriculteurs » ou encore « Il faut arrêter d’emmerder le monde agricole ! » Avec empressement une délégation de 6 représentants a été reçue par la conseillère de notre Président. La prestation faite, la petite comédie s’est terminée, rassurée par l’Élysée : « La position reste la même, l’engagement de campagne demeure, mais ça se fera avec méthode et dialogue, cela ne se fera pas du jour au lendemain ».

Ainsi donc le monde agricole ne survivrait pas au manque de ce glyphosate. On trouve dans la presse plusieurs explications quant à cette dépendance. Je ne les reprendrai pas toutes, mais quelques-unes méritent notre attention.

Selon le journal « Alternatives économiques » : C’est 800 000 tonnes de ce produit qui sont vendues chaque année par un ensemble d’entreprises. C’est 300 fois plus qu’il y a quarante ans. Cela représente de l’ordre de 40 % des 15 milliards de dollars de chiffre d’affaires de Monsanto. Les chiffres donnés par le site Planétoscope sont quelque peu différents et on parle, pour le géant américain, d’un gain de 150 dollars chaque seconde !

José Bové, dans un article de Libération du 26 septembre, nous propose une seconde explication. « La réponse est simple : certains [céréaliculteurs] s’en servent pour griller leurs cultures dix jours avant la récolte, pour que les grains aient le même degré d’humidité et accélérer le travail des moissonneuses-batteuses ! En Allemagne et en Angleterre, près de 10 % des surfaces agricoles sont ainsi aspergées juste avant la récolte. Aux États-Unis c’est la quasi-totalité du territoire agricole qui est aspergé par des tonnes de Roundup pour récolter des plantes mortes. Il est de notoriété publique que cette pratique est également répandue en France, en particulier lors des années humides. L’épandage de Roundup sur les cultures avant récolte est pourtant interdit en France depuis les années 2000 ! »

J’ai trouvé dans la revue Basta un troisième éclairage qui nous emmène à Landerneau, au siège de la plus grande coopérative agricole de ce territoire « Triskalia ». « Elle emploie 4 800 salariés et fédère 16 000 agriculteurs adhérents, pour 280 sites en Bretagne. Son conseil d’administration est géré par des membres de la FNSEA. En 2016, Triskalia a réalisé un chiffre d’affaires impressionnant, à hauteur de 1,9 milliard d’euros. » Mais Serge Le Quéau, de l’union régionale Solidaires, explique que son activité la plus rentable est la vente de produits phytosanitaires, « sans commune mesure avec ce que lui rapporte la commercialisation de véritables produits agricoles (lait, céréales, œufs...) ». Et Basta de continuer : « Triskalia n’est pas la seule coopérative à agir à contre-courant d’une réduction de l’usage des phytosanitaires. En 2013, InVivo, le premier groupe coopératif français, renforce ses investissements dans la production de pesticides. Déjà actionnaire de Phytoeurop — un groupe spécialisé dans le développement, la production et la commercialisation de produits phytopharmaceutiques —, InVivo acquiert 50 % de la start-up Life Scientifique, une société irlandaise spécialisée en recherche et développement sur les produits phytosanitaires. »

Au final, comment va s’écrire la suite de l’histoire de ce produit dangereux et cancérigène avec ces énormes sommes d’argent qui sont en jeu ? Les États membres de l’Union européenne ont reporté leur décision, lors d’une première réunion qui s’est tenue le 25 octobre dernier, au 9 novembre. Chacun s’accorde à dire qu’il sera bien difficile de deviner l’attitude de chaque gouvernement, tant la procédure européenne est opaque. « Le problème, c’est que les États membres décident en secret, sans que l’on connaisse leur position », explique le représentant d’une ONG. Il semble bien que l’on se dirige vers un renouvellement, pour cinq à sept ans. Quant au Parlement européen, il propose une prolongation de trois ans avant une sortie du glyphosate.

Et pour la France ?
« Fin août, Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et de la solidarité, avait annoncé que le gouvernement voterait contre la position de la Commission européenne. Depuis, sous pression FNSEA, la décision dérive vers une autorisation à 5 ou 7 ans. Le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner a semé la confusion lundi 25 septembre 2017, en annonçant sur l’antenne de RMC et de BFM-TV que le Premier ministre avait “arbitré” et que le glyphosate allait être “interdit en France d’ici à la fin du quinquennat” pour tous les usages, y compris agricole. »

Et les enjeux de santé publique dans tout cela ? Le système n’en a rien à faire. L’agro-industrie est sous perfusion et il y a tant d’argent à gagner ! Et cela même si 1,3 million d’Européens ont participé, avec Greenpeace, à l’initiative citoyenne européenne « Stop glyphosate » !

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