Si j’en crois les informations qui traînent sur internet, l’agriculture « biologique » se porte plutôt bien, n’en déplaise aux tenants de l’agro-industrie. Les usagers achètent et consomment de plus en plus de ces produits. En 2016, le chiffre d’affaires généré en France par le BIO est estimé à 7,147 milliards d’euros. Il est en augmentation de 20 % par rapport celui de l’année précédente (5,76 milliards). Mais on mesure mieux cette avancée quand on sait qu’il était de 1,564 milliard en 2005 (456 % en 11 années). Certes, les consommateurs les achètent dans les réseaux de distribution spécialisée (37 %), directement aux agriculteurs (13 %), chez les artisans ou commerçants (5 %), mais surtout, et de plus en plus, dans les grandes et moyennes surfaces (45 %).

Soixante et onze pour cent de ces produits proviennent de France. Cela n’est pas sans conséquence sur le nombre d’exploitations qui en sont à l’origine. Elles sont 32 326, ce nombre étant en progression de 32 % entre 2013 et 2016. Elles représentent 7,3 % des exploitations agricoles, mais plus de 10 % des emplois. Nathalie Masbou, présidente de « BIO 46 », rappelle à cette occasion dans le « Blog des Bourians » que ce type de production « nécessite plus de main-d’œuvre. C’est donc important pour le tissu économique local ». L’ensemble de la filière (production, transformation et distribution) employait directement en 2016, 118 000 personnes, avec une croissance annuelle moyenne de 8,4 % depuis 4 ans. L’Occitanie est la région qui compte le plus de fermes BIO : 7 227 sur 361 718 ha, soit 20 % du total national. Suivent les régions Auvergne-Rhône-Alpes (4 800), Nouvelle-Aquitaine (4 700) et Pays de la Loire (2 500). Si j’en crois les propos de Florent Guhl (directeur de l’Agence BIO) rapportés par le Figaro : « l’augmentation des exploitations biologiques est notamment due à un “effet de voisinage”. Lorsqu’un agriculteur fait le pari du BIO, ses voisins peuvent se laisser eux aussi tenter par cette pratique qui peut s’avérer moins coûteuse. » Toujours en 2016, nous dénombrions dans le LOT 316 exploitations (sur 15 546 ha), soit 7 % de la surface cultivée dans le département. Elles n’étaient que 91 en 2005 !

Parmi les principaux reproches faits au BIO, REPORTERRE en rappelle deux. Premièrement ce mode nécessite « l’existence d’une agriculture locale et pousse en parallèle à l’essor d’une agriculture urbaine. » Deuxièmement, « il pose aussi la question des possibilités pour les quartiers populaires d’en bénéficier également. » L’accessibilité à une alimentation de qualité pour les habitants les plus défavorisés de nos métropoles est en effet un problème. Mais plusieurs expériences en cours nous montrent qu’il y a des solutions. Je n’en retiendrai qu’une, rapportée dans l’article de REPORTERRE. « Les “Amis du zeybu”, basés à Eybens (Isère), se sont de leur côté développés dès 2009 en coopérative d’habitant(e)s en circuit court avec un principe de solidarité régénérateur de liens et de citoyenneté, autour d’une monnaie, le “zeybu solidaire”. Ce principe de zeybu solidaire permet de créditer le compte d’adhérent(e)s en situation difficile grâce à la vente de dons en nature des producteurs et productrices. Ces derniers peuvent alors acheter leurs produits : c’est la boucle solidaire. “Outre les produits commandés, les producteurs nous donnent l’équivalent de 10 % de leur livraison en nature. L’argent récolté par la revente de ces produits est reversé à une association locale qui crédite les comptes zeybus de personnes en difficulté, leur permettant de faire leurs courses comme les autres adhérents”, précise Jean-Jacques Pierre, ex-président de l’association. »

Que de bonnes nouvelles, me direz-vous ? Pas certain. Pouvions-nous attendre de ce gouvernement néo-libéral, au service des riches, autre chose que des coups sur une pratique en rupture avec l’agro-industrie ?

Ce 21 septembre dernier, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travers a confirmé la suppression des aides au maintien pour les paysans BIO : « Nous allons, dès 2018, recentrer les budgets disponibles sur le financement des nouveaux contrats d’aide à la conversion ». En clair, l’État n’accompagnera que la période pendant laquelle l’agriculteur, qui fait sa transition en BIO, voit ses rendements chuter. Ainsi il annonce l’abandon du deuxième type d’aide qui « prend le relais, après la certification, pour consolider le nouveau modèle économique de la ferme. » Le journal Le Monde nous explique que « paradoxalement, cette agriculture est victime de son succès. Les crises agricoles, mais aussi l’appétit des consommateurs, ont suscité un flot de conversions. Au point que les enveloppes se sont retrouvées vides. »

Il est bien évident que la FNSEA approuve ce choix : « La priorité, c’est l’aide à la conversion. Pour l’aide au maintien, nous pensons que c’est au marché de prendre le relais ». La Confédération paysanne qualifie de « nouveau renoncement », la décision prise. Pour elle la « main invisible du marché » ne peut tout régler. Ainsi il faut « légiférer à l’issue des états généraux de l’alimentation pour rééquilibrer le rapport de force entre les paysans et l’aval, et que l’État r  endosse la responsabilité qui est la sienne, à savoir engager et accompagner la nécessaire transition agricole ». Quant à la Fédération nationale d’agriculture biologique, « la suppression des aides au maintien est un déni des services environnementaux rendus à la collectivité par la BIO ». Elle conclut en souhaitant que l’État se fixe un « objectif ambitieux d’être le premier pays bio d’Europe avec 20 % des surfaces agricoles utiles bio en 2022 ».

Puissent les défenseurs d’une alimentation de qualité être entendue...

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