En tout cas c’était bien l’objectif poursuivi par Stella Serfaty, comédienne et metteuse en scène. Dans l’interview qu’elle donne à la Dépêche du Midi elle s’en explique : « La tenue de la COP 21 en France en décembre 2015 a été l’occasion cruciale pour les habitants de décider de l’avenir de leur planète, dans un contexte économique où l’empreinte écologique de l’humanité dépasse les capacités de notre terre à reconstituer ses ressources et absorber les déchets, y compris le CO2. Le texte de Giono prend tout son sens au moment où la déforestation fait rage et l’eau vient à manquer. Il nous rappelle que les arbres sont source d’eau, eau condition de la vie. Il m’a touchée par sa simplicité et son humilité. Cet homme sème pour l’avenir, c’est un acte d’une grande générosité. Il existe très peu d’êtres sur la planète capables d’un tel don de soi. »

C’est d’ailleurs la justesse du propos qui a convaincu les militants d’Attac, organisateurs de l’université d’été des mouvements sociaux à Toulouse, de programmer eux aussi ce spectacle le samedi 26 août. Deux jours plus tard, à la fin de la première représentation d’Anglars, Jean-Claude Oliva (directeur de la coordination eau Île-de-France, association qui a participé au montage de ce projet) a montré le rôle essentiel des arbres et de la couverture végétale, dans la gestion de l’eau et son impact sur le changement climatique.

Il fait partie de ceux qui expliquent que le dérèglement climatique est intrinsèquement lié à l’eau, tant par ses causes que par ses conséquences bien connues : sécheresses, désertifications, inondations et autres catastrophes (de la tempête Harvey au Texas à l’ouragan Irma aux Antilles). Quant aux causes, si les émissions de gaz à effet de serre sont considérées comme importantes, en revanche, notre gestion des cycles de l’eau est rarement pointée comme un élément de ce phénomène. Pourtant, on en a maintenant la preuve : en abattant les forêts, en imperméabilisant les sols, en surexploitant les nappes phréatiques pour des usages industriels ou énergétiques ou en pratiquant l’agriculture intensive, nous asséchons et appauvrissons les sols et perturbons le cycle local de l’eau. Aujourd’hui le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) affirme que le grand cycle de l’eau est affecté par les activités humaines depuis les années 1960 et qu’il est un facteur prépondérant du changement climatique. Pour autant, partout dans le monde, des alternatives urbaines, agricoles, énergétiques et industrielles respectueuses du cycle de l’eau et du climat existent et se multiplient. Malgré son rôle-clé dans l’atténuation et l’adaptation au dérèglement climatique, l’eau reste bien absente des négociations sur le climat.

Les populations locales des régions affectées par ces bouleversements climatiques ont presque toujours proposé des techniques de nature à en réduire les effets. Parce qu’en raison de leur ancrage territorial, ils entretiennent une relation harmonieuse à la biosphère et à la gestion des ressources, ils sont détenteurs de connaissances et savoirs ancestraux qui nourrissent des réflexions sur des solutions alternatives et durables pour la lutte contre le changement climatique. C’est ce type d’interdépendance qui met en action notre Elzéard Bouffier. En plantant ses arbres, entre 1913 et 1947, il fait revivre sa région de Haute-Provence. Bien qu’il s’agisse d’une fiction, la nouvelle parvient à inciter le lecteur à croire à l’existence réelle du berger et de sa forêt.

Si nos dirigeants ne parviennent pas à s’entendre sur les mesures à mettre en œuvre pour limiter (voire enrayer) le réchauffement climatique, l’idée reste d’actualité que les habitants doivent prendre en main les choses. À la veille de la COP21 je faisais partie des gens qui pensaient que des questions aussi importantes que la survie de l’espèce humaine ne pouvaient se réduite à d’uniques négociations entre États, seuls, isolés dans un territoire « bunkérisé », coupés des peuples, entourés de cordons de sécurité. Nous soutenions que, citoyens du monde entier, il nous appartenait de construire un mouvement qui se devait, au-delà de ces grandes messes internationales, régler ces questions.

C’est tout compte fait cette idée que j’ai retrouvée dans ce spectacle. « Passez et faites pousser », nous explique la metteuse en scène quand elle distribue des glands de chêne au public. Il s’agit pour elle de nous inviter à devenir acteurs, de cesser d’être passifs. C’est d’ailleurs pour cette raison que la représentation ne se termine pas... « la main est passée », maintenant c’est à nous d’agir.

Et si, comme « l’homme qui plantait des arbres », vous aussi, vous participiez à sauver la planète, à votre niveau et avec vos moyens ?

Les Liens :