En fait, Orlando a quitté sa femme, et vit une belle histoire d’amour avec Marina. Ils ont des projets de voyage. Et c’est le jour de l’anniversaire de Marina que, dans la nuit, Orlando fait un malaise. Elle le conduit à l’hôpital, mais Orlando meurt en arrivant aux urgences d’une rupture d’anévrisme. Au moment où ils quittent leur logement, il faut dire qu’Orlando fait une chute dans l’escalier. Pour les médecins, une formidable ambiguïté s’installe dès son décès : il a des bleus sur le corps (conséquence), manifestement il avait consommé de l’alcool et fumé un peu d’herbe, et il est amené à l’hôpital par une femme qui n’en est pas une puisqu’elle a une carte d’identité d’homme. Appelée, la police s’en mêle rapidement et on le sait bien, tous ces gens n’aiment pas les transsexuels.

Si les flics fichent les transgenres, la famille se doit de les rejeter.
Il n’est pas question que « cette chose » assiste aux obsèques et apparaisse au grand jour. Manifestement Marina est une « tache » dans la vie de cet homme et il faut cacher cet « amour illégitime ». Toutes les pressions seront bonnes pour lui faire comprendre qu’elle est de trop. Elle doit quitter séance tenante l’appartement et si elle insiste pour assister aux obsèques on n’hésitera pas à mettre en œuvre les plus odieuses brutalités, comme celles que lui font subir le fils d’Orlando et ses amis homophobes.

Comment rester digne et surtout « femme » au milieu d’un tel déferlement de haine ? Tenace elle va de l’avant, elle exige qu’on la prénomme Marina, elle marche contre le vent, elle court et reste la tête hors de l’eau. Ce qui n’est pas simple dans cette avalanche d’horreurs. Dans cette ambiance pourrie, quelques personnes plus chaleureuses comme le frère d’Orlando qui au moins comprend, sa sœur et son beau frère qui volent à son secours et surtout comme son professeur de chant. Il faut vous dire que Marina a un jardin secret : chanteuse de cabaret au début du film, elle se forme à l’art lyrique avec un homme délicieux. Dans la scène finale, elle interprétera « Ombra mai fu », un air de l’opéra « Serse » de Haendel.

Thomas Sotinel dans le Monde explique : « Marina n’est une héroïne que parce que ses adversaires l’exigent. Sans leurs préjugés, leur étroitesse d’esprit, voire leur violence (vers la fin du film, une séquence terrifiante place la jeune femme dans la position des militants politiques sous la dictature, enlevés, humiliés, incertains de leur sort), cette femme n’aurait rien de fantastique. Mais voilà, pour survivre, pour accomplir un travail aussi banal qu’un deuil, elle doit faire preuve d’une force que lui envieraient bien des superhéros. »  Cédric Lépine dans Médiapart rajoute : « Ce qui est ici décrié, c’est la conception pathologique d’un idéal familial d’une partie de la société chilienne qui appartient, qui plus est, aux sphères les plus aisées. La violence transphobique n’est plus dissimulée et derrière le chemin de calvaire de Marina... [c’est]... bien la construction d’un personnage [...] s’affirmant au fil de toutes les épreuves, selon l’adage que “ce qui ne tue pas, rend plus fort”. »

Courez voir ce film, vous ne le regretterez pas...

Fiche technique :

Titre original : Una mujer fantástica.
Titre français : Une femme fantastique.
Réalisation : Sebastián Lelio.
Scénario : Sebastián Lelio, Gonzalo Maza.

  • Daniela Vega (es) : Marina Vidal
  • Francisco Reyes : Orlando Onetto
  • Luis Gnecco : Gabo, le frère d’Orlando
  • Aline Küppenheim : Sonia, la femme d’Orlando
  • Amparo Noguera : Adriana, la commissaire
  • Trinidad González : Wanda, la sœur de Marina
  • Néstor Cantillana : Gaston, le mari de Wanda
  • Alejandro Goic : le docteur
  • Sergio Hernández (es) : le professeur de chant
  • Nicolás Saavedra : Bruno, le fils d’Orlando
  • Antonia Zegers : Alessandra, la patronne du restaurant où travaille Marina


Durée : 104 minutes

Récompenses

  • Berlinale 2017 : Ours d’argent du meilleur scénario et Teddy Award du meilleur film.
  • Festival du film de Cabourg 2017 : Grand prix du jury Prix de la jeunesse


Les liens :