Dès qu’est sortie dans les médias la nouvelle de cette « acquisition » hors du commun, un dessin de Ciril.K est apparu sur internet et sur Facebook notamment (). Je l’ai beaucoup aimé et j’ai demandé à l’auteur l’autorisation d’en faire l’illustration de cet article. Il me l’a donnée et je l’en remercie.

C’est en 2011 que le fonds souverain « Qatar Investment Authority » achète dans un premier temps, 70 % des parts du PSG, puis quelques mois après les 30 % restant. Les nouveaux dirigeants de cette entreprise donnent au président qui vient d’être désigné (Nasser Al-Khelaïfi), des objectifs ambitieux et lui apportent des moyens financiers considérables. Une onéreuse politique d’achat de joueurs de grande renommée est mise en place. Dès lors c’est l’escalade dans les montants engagés. Quelques exemples :

  • En 2012, Zlatan Ibrahimović est acquis pour 20 millions d’euros et un salaire jugé « record » de l’ordre de 14 millions.
  • En 2014, David Luiz pour 49,5 millions d’euros.
  • Enfin, en 2017, achat de Neymar « joueur le plus cher du monde » pour 222 millions d’euros et un salaire annuel net de 30 millions d’euros, le plus élevé d’Europe.


Dans cette logique libérale, si une société commerciale est capable de faire de tels investissements c’est que le jeu en vaut la chandelle. « L’argent coule à flots dans le foot français », titrait un article du Monde d’août 2013. On se paie un club, quand on veut faire plus de profit. C’est ce qu’en 2011 le géant de la potasse russe Dmitri Rybolovlev a cherché à faire en achetant les deux tiers du capital de l’AS Monaco. C’est la motivation du milliardaire américain Franck Mc Court qui s’est offert l’Olympique de Marseille. C’est certainement aussi pour donner une autre image de son pays, que le Qatar s’est payé le PSG en 2011, et que les Chinois ont acquis 60 % des actions de l’AJ Auxerre en octobre 2016. Si j’en crois un article de RFI (du 19 octobre 2016) « les clubs français sont parmi les plus rentables d’Europe, car très peu chers, alors même que les droits de télédiffusion des matchs pourraient s’envoler dans les années à venir, puisque quatre diffuseurs (Canal+, beIN SPORTS, Altice et Discovery via Eurosport) se disputent la retransmission des matchs hexagonaux. ». Mais les droits télévisuels ne sont pas les seules recettes :

  • 31 000 places ont été vendues aux « abonnés » du PSG dans un Parc des Princes qui en comporte 44 000. À noter qu’il n’y avait que 9 000 abonnés avant l’arrivée du Qatar.
  • La location des loges pour les « VIP » et le merchandising (produits aux couleurs du PSG) ont connu une croissance à deux chiffres selon le Monde.
  • Les contrats avec les équipementiers sont très juteux. Selon Le Parisien, jusque-là en partenariat avec Nike qui lui versait 6,5 millions d’euros par an, le PSG espère tirer du prochain fournisseur entre 20 et 30 millions.
  • Les contrats de sponsoring ne sont pas sans importance. Celui passé entre l’office du tourisme qatari et le club parisien s’élève à 200 millions d’euros.


Dans le cas du PSG, certains pensent que la forte implication du Qatar « tient plus de la géopolitique que du sport ». Jean-Baptiste Guégan, auteur de « Géopolitique du sport : Une autre explication du monde » nous apprend, dans un article du Parisien du 5 août 2017, que le recrutement de Neymar est un « coup de com » pour le Qatar au moment où l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis l’accusent de financer le terrorisme. Il pense que pour le Qatar « le PSG c’est un véritable vecteur de communication qui le positionne comme un partenaire privilégié du sport mondial. Les Qatariens sont en train de construire leur économie du futur : quand les réserves gazières s’épuiseront d’ici quarante ou cinquante ans, le pays devra être une plaque tournante internationale du sport professionnel. Paris est sa machine de communication... mais il faut que ça gagne, qu’il y ait des résultats sportifs. » Et de nous apprendre que « Depuis le rachat du PSG en 2011, ses dirigeants ont dépensé environ 1,5 milliard d’euros, deux milliards avec Neymar... »

Enfin, le transfert de Neymar au PSG réjouit Gérald Darmanin, ministre de l’action et des comptes publics : cela procurerait un revenu non négligeable pour Bercy. Un article du Monde du 4 août intitulé « Neymar au PSG, jackpot pour l’État français ? » nous en dit plus. En fait les 222 millions, c’est la somme donnée par le PSG à Neymar pour qu’il puisse se libérer de ses obligations envers son ancien club (FC Barcelone) puisqu’il devait rester jusqu’en 2021. Ce prêt du PSG, considéré comme une avance sur salaire, est soumis à cotisation sociale (100 millions) et à un prélèvement du fisc espagnol (80 millions). C’est donc au total de l’ordre de 400 millions qui ont été mis à disposition par le Qatar (222+100+80) à son héros.  La rémunération nette de Neymar s’élève à 30 millions d’euros par an, ce qui correspond à un brut de 62 millions d’euros. Pour sa part, le joueur aura à payer annuellement de l’ordre de 27 millions d’euros d’impôt sur le revenu et 10,5 millions de cotisations sociales. Bonne nouvelle toutefois, le Monde nous précise : « Malgré son salaire mirobolant, Neymar ne sera pas soumis à l’ISF pendant huit ans. Une exemption très avantageuse et tout à fait légale puisqu’elle entre dans le cadre du régime des impatriés. »

Comme l’explique Adrien Quatennens, député de la France Insoumise, le seul salaire annuel de ce joueur vedette représente 2173 années de SMIC. Comme quoi, quand on veut accueillir un étranger dans le pays des droits de l’homme on sait y mettre les moyens.

Les liens :
– Le blog de Ciril.K.
– Article sur ce blog : « Le football et l’argent » du 11 août 2013.
– Article sur ce blog : « Euro 2016 : “Panem et circenses” pour ces vilains ! » du 4 juillet 2016.
– Un montage vidéo de BFMTV sur YouTube, présentant les avis de Quatennens et Darmanin sur l’affaire Neymar.