Un article du journal Capital nous révèle, ce 9 août 2017, que 3 députés questeurs de l’Assemblée : Laurianne Rossi (LREM), Florian Bachelier (LREM) et Thierry Solère (LR) ont suggéré, lors d’une communication téléphonique, à l’association « Regards Citoyens » de suspendre leur site « NosDéputés.fr » au motif qu’il nourrirait l’antiparlementarisme. Il faut reconnaître que ce site rend-compte, avec les indicateurs en sa possession, de l’activité de nos représentants ce qui semble fortement déplaire. David Gayou, un des responsables, explique : « Il n’y a pas eu de menace explicite, mais les administrateurs de Regards Citoyens présents à cet échange l’ont ressenti comme une atteinte à l’indépendance de l’association, avec une forte tension tout au long de l’entretien. En résumé, les questeurs nous ont fait comprendre qu’à leurs yeux l’Assemblée fonctionnerait mieux sans notre travail associatif et ont même été jusqu’à suggérer une suspension de plusieurs mois de notre site. »

Comme « Regards Citoyens », j’ai toujours condamné le discours général simpliste, anti-élu, qui ouvrait à la voie aux propos fascisants. Je laisserai donc les expressions « tous pourris » aux tenants de la droite extrême et au FN. Il y a, parmi nos représentants, des hommes et des femmes politiques intègres et remarquables. Toutefois, je continuerai d’une part de dénoncer les trop nombreuses brebis galeuses (Balkany, Dassault, etc.) et d’autre part de souhaiter que l’on donne plus de pouvoirs (et de contre-pouvoirs) au peuple, dans le cadre d’une 6e République. Une fois cela affirmé, permettez-moi de revenir à mon propos : l’activité de nos élus et, dans le cas qui nous intéresse, de nos députés.

Comme je le disais en commençant, la presse a très rapidement remarqué l’absentéisme dans l’hémicycle. Par exemple « LCI » dans un article du 20 juillet (un article analogue est paru dans « 20 minutes » le 27), média que l’on ne peut pas accuser d’insoumission, épingle un certain nombre d’entre eux. Il est vrai que le vide laissé est d’ailleurs parfaitement vérifiable sur les vidéos disponibles sur YouTube. Parmi les absents pointés du doigt par LCI, deux exemples :

  • Patrick Vignal (ex-PS), « député LREM de la 9e circonscription de l’Hérault. “Qui ça ? Vous pouvez m’épeler le nom s’il vous plaît ?”, demande-t-on au standard de l’Assemblée. Et pour cause. Depuis son élection, il n’a pas été vu une seule fois. Ni en commission ni dans l’hémicycle. »
  • « Et puis, il y a ceux qui n’étaient pas au courant qu’ils devaient être présents. C’est le cas du nouveau député Jimmy Pahun, apparenté Modem. “On ne m’avait pas notifié que je devais être présent pour le vote de la loi d’habilitation”, se justifie-t-il à LCI.fr. »
  • Etc.


Regardons maintenant l’activité des groupes parlementaires en prenant pour exemple le débat sur le texte : « confiance dans la vie politique ». Le site « NosDéputés.fr » nous donne quelques chiffres symboliques. Le groupe FI, 17 députés (2,9 % du total) compte 452 interventions (13 % du total), et utilise 15 % du temps de parole. Les élus du groupe GDR (PCF et Ultramarins) sont 16 (soit 2,7 %), ils font 291 interventions (8,5 %) soit 9 % du temps de parole. Le groupe LREM, fort de 314 députés (54,4 %) intervient 810 fois (23,7 %) avec un temps de parole de 18 % seulement. Il est vrai que quand Jupiter s’exprime, les députés LREM n’ont pas besoin d’en rajouter !

J’aimerais à ce stade évoquer le travail de MA députée (Huguette Tiégna), à partir de ce qu’en dit « NosDéputés.fr » (à la date du 11 août). Tout d’abord, elle a eu 6 semaines d’activité, 9 présences en commission (13 pour Adrien Quatennens de la FI), 6 interventions en commission (64 pour Adrien Quatennens), pas d’interventions longues (53 pour Adrien Quatennens), pas de propositions d’amendements (118 pour Adrien Quatennens). Lors du scrutin sur le projet de loi d’habilitation à prendre par ordonnances sur le Code du travail (première lecture) ma députée était absente. Lors du scrutin sur le projet de loi prorogeant l’application de la loi sur l’état d’urgence (première lecture), bien que présente au moment du scrutin (?) elle avait délégué son droit de vote et a fait savoir qu’elle avait voulu voter pour. Enfin pour le scrutin sur le projet de loi pour la confiance dans la vie politique elle a voté, mais là encore, cela ne veut pas dire qu’elle était présente, ayant pu donner à un autre député son droit de vote. Elle peut certainement nous en apprendre plus ?

Dans l’article de Capital évoqué ci-dessus, David Gayou de l’association « Regards Citoyens » nous explique : « Pour mesurer l’activité d’un député, nous présentons une dizaine d’indicateurs : les dépôts d’amendements, les prises de parole, les rapports, les propositions de loi, les questions, etc. Mais nous ne pouvons pas prendre en compte les votes en hémicycle comme témoin de présence, car chaque député présent est autorisé à voter par délégation pour un autre député absent. Or l’usage de ces délégations est totalement opaque. C’est pourquoi nous proposons de rendre transparentes ces délégations. Cela permettra de savoir à qui chacun confie son vote et qui est réellement présent à l’Assemblée. C’est dans l’intérêt même des députés dont beaucoup nous le demandent depuis longtemps. Bien entendu, on ne demande pas à avoir accès aux justificatifs de leurs absences, qui relèvent de leur vie privée, mais simplement que l’usage des délégations soit déclaré. »

Et vous, que pensez-vous de tout cela ? Il est important de refaire de la politique dans le bon sens du terme.

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