Il est certainement complexe de faire des pièces militantes sans être rébarbatif. Cela, d’autant plus qu’il s’agit de porter le discours de sociologues, même si cet ouvrage (que j’avais lu) s’appréhende sans difficulté, y compris par un profane. Précisons enfin que ce spectacle n’est pas une création d’Avignon. Il a déjà été joué à la « Maison des Métallos » (à Paris) et a tourné dans plusieurs salles de la région parisienne et de province.

L’Humanité, sous la plume de Gérald Rossi, nous trace le cadre. « On remarque un rien de bric-à-brac aux quatre coins du plateau, quelques tablettes, des chaises, des téléphones, des affichettes, des lettres géantes, des rubans de signalisation blancs et rouges, et même une bouteille de champ’ pour faire la fête. Il n’en faut pas plus à Guillaume Bailliart, qui signe la mise en scène et à Stéphane Gornikowski auteur et concepteur, pour dénoncer, avec une bonne humeur communicative “La violence des riches”. Ils se sont pour cela très largement inspirés des travaux des “sociologues militants” Michel Pinçon et Monique Pinçon—Charlot, complices d’ailleurs de ce spectacle. »

Tout est dit dans ce spectacle où l’on aborde même la question de notre passivité (voire de notre soumission) face à la maltraitance que cette oligarchie a mise en œuvre. Comment nous arrivons à être persuadés que les raisons de la crise sont de notre faute, comment nous pensons en être responsables, accusés d’être des « tirs au flanc » et même, si l’on en croit les médias, un peu fraudeurs, etc. Les électeurs de Macron et de ses députés « En Marche » ne sont-ils pas convaincus que la sortie de cette crise passe par la casse du Code du travail, par l’austérité, l’augmentation de nos impôts, etc.

Nous trouvons dans ce spectacle quelques explications de base. Tout d’abord, « le montant total de la fraude fiscale est aussi élevé que le déficit public du pays ». Ensuite, nous sont rappelés les propos de quelques-uns des plus emblématiques représentants des grandes fortunes (Liliane Bettencourt, Serge Dassault, le baron Ernest-Antoine Seillière de Laborde, etc.). On nous explique comment 10 milliardaires possèdent, à eux seuls, 90 % de la presse papier, 55 % des parts d’audience de la télévision, etc. Pour finir, jouant la proximité, on va insister sur quelques luttes en cours dans le territoire local, y compris celle menée par les associations contre la privatisation de l’eau de la métropole avignonnaise.

L’actualité allant à toute vitesse, les auteurs du spectacle ne pouvaient connaître (qu’ils en soient pardonnés) le travail de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) révélé par Médiapart de ce jour, dans un article intitulé : « Emmanuel Macron, président des 1 % les plus riches ». Le journal détaille : « Selon une étude de l’OFCE, les mesures fiscales du gouvernement profiteront surtout aux 1 % les plus riches, preuve de l’attachement de l’exécutif à la théorie, désormais datée, du “ruissellement” de la richesse et de son refus de faire face au creusement des inégalités. » Et de préciser : « Les résultats de ces calculs sont sans appel : le grand gagnant des mesures fiscales du gouvernement est le “dernier décile” des ménages, autrement dit les 10 % des ménages les plus riches. Ces derniers capteraient ainsi 46 % des gains fiscaux promis aux ménages. Et même mieux, selon les économistes de l’institut, c’est principalement le dernier centile, autrement dit les 1 % les plus riches, composés de 280 000 ménages, qui occuperaient le haut du podium. »

Quand l’actualité vient conforter le bien-fondé de ce spectacle ! En tout cas, on ne s’ennuie pas une seconde dans cette représentation qui joue avec le public, ce dernier particulièrement enthousiaste a ovationné les acteurs.

Distribution :

  • Auteurs : Stéphane Gornikowski, Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot.
  • Interprète(s) : Grégory Cinus, Malkhior, Sophie Affholder.
  • Metteur en scène : Guillaume Baillart.
  • Collaborateur artistique : Étienne Gaudillère.
  • Scénographe : Marilyne Grimmer, Yvonne Harder.
  • Créatrice lumière : Annie Leuridan.
  • Régisseurs : Caroline Carliez, Fred Flam.
  • Production : Compagnie « Vaguement Compétitif ».
  • Coproduction : Maison des métallos.


Les liens :

  • Une vidéo sur YouTube du couple de chercheurs Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot.
  • Site de la compagnie « Vaguement Compétitif ».