Dans la seconde circonscription (celle de Figeac où j’habite) l’abstention, 41 puis 47 % au second tour est majeure.

Pour mémoire elle était de 20 % seulement au deuxième scrutin du 7 mai 2017. Cela n’étonnera donc personne puisque c’était même pire au plan national, sauf que pour ce département, ces chiffres importants constituent un record. Le député sortant, Jean Launay, ex-PS, par ailleurs Président du Comité National de l’Eau, ayant rejoint dès les premières heures Macron, ne se représentait pas. C’est alors bien « naturellement » que la candidate LREM, Huguette Tiégna, est arrivée largement en tête. À noter que son suppléant, comme Launay est (était ?) socialiste ! Le prétendant officiel du PS, Vincent Labarthe, vice-président du conseil régional d’Occitanie, bien implanté localement, fort du soutien du PS « canal historique », comme Martin Malvy, se ramasse. Ce qui est par contre très intéressant c’est l’excellent résultat de Pierre Dufour, candidat de la « France Insoumise » qui arrive en troisième position. Si le candidat du PCF (là aussi tendance « dure »), qui au final se ridiculise avec 2,4 % des voix, n’avait pas eu lors des négociations, des exigences hors de propos et avait sagement retiré sa candidature. Si, par ailleurs, EELV n’avait pas parachuté au dernier instant, une candidate déjà élue locale de FOIX (Ariège), inconnue dans le secteur, les écologistes locaux n’ayant pas particulièrement envie de diviser la gauche. Si ces deux conditions avaient été résolues, Pierre Dufour aurait alors récolté un nombre de voix largement suffisant pour se retrouver au deuxième tour, devant le candidat du PS. Mais bon, cela ne s’est pas passé ainsi, comme dans tant d’autres circonscriptions ! Dans cette situation, le scrutin du 18 juin était joué d’avance. Comment s’étonner alors, tant en raison d’un fort taux d’abstention, que d’un nombre de bulletins blancs et nuls multiplié par quatre, de l’élection de la postulante « macronienne » ? Certes, elle progresse un peu entre les deux tours et arrive en-tête avec 53,25 % des voix, ce qui toutefois ne représente que 24,3 % des électeurs !. À relever enfin, entre les deux scrutins, la remontée du candidat PS qui ratisse large (un sursaut anti-Macron ?) et ainsi double le nombre de ses voix.


Dans la première circonscription, celle de Cahors au sud du département, la situation n’est guère différente sur le plan de l’abstention et du vote nul et blanc. La candidate du PS, Dominique Orliac pourtant sortante, laminée, arrivait en quatrième position derrière Isabelle Eymes de la « France Insoumise ». Tout se jouait donc à droite, entre le jeune maire LR de Labastide-Murat Aurélien Pradié et l’ex-golfeur professionnel de LREM Sébastien Maurel. Là aussi, si le PCF et EELV avaient été moins intégristes, la candidate de la FI avait une chance de se retrouver au deuxième tour. Au final ce sera Aurélien Pradié qui remportera ce scrutin. Comme l’explique le journal La Dépêche : « Dans ce département pourtant réputé de gauche et du centre (62 % aux présidentielles) il a réussi à convaincre 6 400 électeurs de plus qu’au 1er tour, notamment en zone rurale. »

Inutile de revenir sur l’effondrement des deux partis qui ont, alternativement gouverné la France depuis mes vingt ans. Je n’en parlerai pas. Par contre, il me semble impossible de passer sous silence le relatif échec de la gauche de la gauche, incapable de se rassembler et de transformer l’essai Mélenchon. Roger Martelli dans un article publié dans la revue Regards et intitulé « PCF et France Insoumise : données complémentaires » constate lui aussi que « à elle seule, avec ses 2,5 millions de suffrages et ses 11 %, la France Insoumise fait mieux que les deux partis qui furent les pivots de la gauche française, le PC et le PS (9,1 % au total). » Ces législatives confirment « ce que la présidentielle avait révélé. Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise se sont installés dans les territoires historiques de la gauche, ceux que se partageaient ou que se disputaient le PC et le PS au XXè siècle. » Ainsi on va trouver la Seine-Saint-Denis en seconde position et en 7e position le LOT. Pour ce qui est du PCF, il fait un de ses plus mauvais scores (2,7 %), dépasse avec peine le plus lamentable de son histoire, la présidentielle de 2007 où il avait atteint le fond avec 1,9 %.

Roger Martelli de poursuivre : « Il se dit souvent, depuis dimanche, que la dynamique Mélenchon du premier tour de la présidentielle est retombée à la législative. Il est vrai que la France insoumise est loin des 19,6 % du 23 avril. Mais le total du PCF et de FI approche tout de même les 14 %. Or, en 2012, les 11,3 % de la présidentielle étaient devenus un timide 6,9 % aux législatives qui suivirent et, pour le coup, Jean-Luc Mélenchon n’y était pour rien. Proportionnellement, le résultat de cette année est finalement un peu meilleur que celui de 2012. »

Et de conclure : « Et, par-dessus tout, quelle force pour impulser tout cela ? Le Front-de-Gauche est derrière nous. Les cartels n’ont plus de ressort. La forme ancienne du parti est malade. La France insoumise s’est imposée, incontournable. ../... Le temps n’est plus où des “conditions”, des exigences draconiennes semblaient parfois être la condition pour séparer l’ivraie et le bon grain, l’opportuniste supposé et le bon révolutionnaire... Rassembler et non repousser : cela reste l’alpha et l’oméga des victoires futures. »

Je vous propose d’en rester là pour l’instant. Reste que la question de « l’appareil politique » et de son financement, me semble être une explication dans l’attitude du PCF qu’il nous faudra éclaircir pour mieux comprendre son « besoin » de faire perdre chaque fois la gauche de la gauche.

Les liens :

  • L’intervention que Frank Mouly, un des fondateurs de « Front Commun », a prononcée devant le Conseil National du PCF.
  • La réaction à chaud de Lionel Sugier, un blogueur que j’aime bien, qui s’exprime ici au lendemain du premier tour des législatives.