Dans une tribune publiée dans le Monde du 1er juin intitulée : « Macron, stade suprême de la post-politique », Chantal Mouffe (philosophe, professeure de théorie politique à l’université de Westminster, à Londres) s’interroge : « Depuis l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, les médias se pâment d’admiration devant la “nouveauté” de son programme. En dépassant le clivage entre droite et gauche, il apporterait la solution aux éternels blocages de la société française. La République en marche serait porteuse d’une révolution démocratique apte à libérer toute l’énergie des forces progressistes, jusqu’ici bridées par les partis traditionnels. Il est tout de même assez paradoxal de présenter comme remède à la profonde crise de représentation qui affecte les démocraties occidentales précisément le type de politique qui est à l’origine même de cette crise. » En se prétendant ni de droite ni de gauche, en dehors des partis, Chantal Mouffe mesure les conséquences de ce discours. « Dorénavant, c’est la possibilité même de contestation qui est récusée avec la disparition de la distinction entre la droite et la gauche. C’est vraiment le stade suprême de la post-politique. Mais comme il n’y a pas de politique sans frontière entre un “nous” et un “eux”, il est amené à en construire une autre entre “progressistes” et “conservateurs”. » En retard sur mon temps, me voilà donc irrémédiablement classé dans le camp des « conservateurs », des « ennemis du progrès », paralysé que je suis dans mes convictions. Décidément, je n’ai rien compris des vertus du néolibéralisme !

Qu’y a-t-il de nouveau dans le concept « Macronien » qui serait en rupture avec l’idéologie de ces dernières années ?
Rien ! Le système capitaliste a simplement su créer un objet politique, un produit purement marketing. En témoignent, par exemple, les hommes et les femmes de son sérail, sortis du même moule et toujours parfaitement formatés. Quant aux idées développées elles sont ringardes, puisqu’il s’agit de continuer la même politique, celle qui ne marche pas, déjà mise en œuvre sous Sarkozy et Hollande. La seule nouveauté c’est la volonté d’aller plus loin et plus vite dans les cadeaux au patronat.

Regardons par exemple le profil des candidats investis par Emmanuel Macron aux prochaines élections législatives (11 et 18 juin).

  1. Ce seraient donc des personnes nouvelles ? Si j’en crois un récent article du Monde, cela n’est pas le cas. En effet, un tiers seulement des candidats seraient « des novices en politique ». Pour être plus précis, 243 (46,4 %) ont déjà eu un premier mandat électif ! Ainsi on dénombre : 65 maires, 36 adjoints, 16 conseillers départementaux, 13 régionaux, 31 investis qui ont une expérience parlementaire, 24 députés sortants et 5 qui l’ont été avant 2012.
  2. Ils seraient bien plus jeunes ? Toujours faux. L’âge moyen des personnes investies par LRM est de 47 ans (la doyenne a malgré tout 72 ans !) alors que pour l’ensemble des candidats (7 800) il est de 48,5 ans. Précisons qu’ils sont globalement moins âgés que les sortants de 2012 (54,6 ans).
  3. Ils seraient alors plus représentatifs de la société française ? Là aussi c’est faux ! Outre-les « les personnalités déjà largement mises en avant — comme la torera Marie Sara (photo), le juge Eric Halphen ou le mathématicien Cédric Villani —, la liste des candidats recèle quelques professions sortant de l’ordinaire. » Ainsi dans la première circonscription du LOT nous aurons un ex-golfeur professionnel (Sébastien Maurel) ! L’importante communication faite autour de ces « candidats-gadgets » cache la réalité. Les professions les plus fréquentes sont très classiques : 87 enseignants, 42 professions médicales, 17 ingénieurs, 28 avocats, 71 consultants ! Les grandes écoles sont sur-représentées : 49 Sciences Po, 44 écoles de commerce (9 HEC et 8 Essec) 10 énarques. Rassurons-nous, il n’y a que 2 ouvriers et 11 agriculteurs (dont 7 déjà engagés dans la vie politique). On finit en beauté, avec nos « amis de la finance » : 32 candidats avec « parmi eux, Loïc Kervran, le numéro deux de l’audit interne chez HSBC France (une banque au cœur d’un scandale d’évasion fiscale en France), une administratrice du groupe d’assurances Axa (Amélie de Montchalin) ou encore Rolland Lescure, l’ex numéro deux de la Caisse de dépôt et placement du Québec, un énorme fonds de pension nord-américain qui gère 150 milliards de dollars d’actifs. »

Pendant que l’on essaie de vous raconter une belle histoire avec les candidatures, les masques tombent quant à la volonté politique de notre président. Avant de commencer, permettez-moi de vous parler d’Antoine Foucher, le nouveau Directeur de cabinet de la ministre du Travail. Ce n’est manifestement pas un novice, qui ne serait « ni de droite ni de gauche », qui va donc conduire la mesure phare de notre président. Âgé de 36 ans, il suit des études en philosophie et en sciences politiques et rentre en 2011 au cabinet de Xavier Bertrand (alors ministre du Travail de Sarkozy). À l’arrivée de Hollande, il rejoint le MEDEF où il s’occupe des relations sociales et participe aux négociations. Après une courte période chez Schneider Electric, il s’engage dans l’équipe Macron. Comme le dit ce cadre de la CGT : « Même s’il appartenait au MEDEF dit social, sa nomination est un signe de plus de l’ancrage bien à droite du nouveau gouvernement ».

Pour ce qui est de cette réforme du droit du travail, voulue par le patronat avec pour objectif de « libérer les entreprises du carcan du code et des réglementations pesantes », elle est en route. Dans un premier temps, des fuites inquiétantes révélées par le Parisien, une bonne semaine avant le premier tour, font monter la température. On se veut rassurant du côté du gouvernement, ce n’était qu’un brouillon, un document de travail. Le mardi le Premier ministre dévoile le texte officiel, moins saignant que celui révélé par la presse, mais suffisamment plus libéral que la loi El Khomri. Le même jour, ce mardi 6 juin, Libération sort un article intitulé : « Code du travail : ce que prépare vraiment le gouvernement ! ». Et le journal de nous raconter : « Libération s’est procuré des documents du ministère du Travail qui détaillent les pistes auxquelles l’exécutif réfléchit. Bien plus inquiétant que la présentation livrée par le gouvernement mardi. »

En fait, la seule question qui se pose est celle de savoir s’il convient de laisser à ce président-là les mains libres, ainsi que la majorité indispensable pour mettre en œuvre les politiques antisociales qu’il envisage. Si nous n’arrivions pas à faire cela dans les urnes, il nous restera bien entendu la rue...

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