L’homophobie me semble trouver ses racines dans les religions et dans leurs dimensions les plus intégristes. Par exemple, dès l’adoption du christianisme comme culte officiel, les pratiques homosexuelles deviennent criminelles. Ainsi au IVe siècle de notre ère, les premiers empereurs catholiques condamnent ces pratiques à la peine de mort par le feu, devant la plèbe réunie. Au VIe, on va considérer l’homosexualité comme un crime contre l’ordre naturel créé par Dieu. Sous l’inquisition, supposée être en lien avec l’hérésie, elle est combattue, sous le nom de bougrerie. Aujourd’hui les catholiques semblent établir une savante distinction entre la pratique homosexuelle et la personne concernée. Par exemple le catéchisme de l’Église nous précise que « la Tradition a toujours déclaré que “les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés”. Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas. » Pour autant, les personnes homosexuelles, ce qui pour la plupart d’entre eux reste « une épreuve », « doivent être accueillies avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. » Mais des évolutions semblent se faire. Ainsi le journal « Têtu » nous rapporte dans un article de juin 2016. « Deux semaines après la fusillade d’Orlando qui a causé la mort de 49 personnes et les blessures d’une cinquantaine d’autres rassemblées dans une boîte de nuit gay de Floride, le souverain pontife a affirmé que, selon lui, “l’Église doit présenter ses excuses aux personnes homosexuelles qu’elle a offensées comme l’a dit récemment le cardinal Marx” et que “nous, les chrétiens, devons présenter nos excuses de ne pas avoir accompagné tant de déchirures”. »

La situation reste peu différente dans l’islam des origines où il semble bien que seule la pratique entre partenaires de sexes opposés soit autorisée. La sodomie y est qualifiée d’« abomination sans pareil », de « crime horrible et révoltant ». Il ne peut y avoir d’union qu’hétérosexuelle (par le vagin, lieu de la procréation et non l’anus). Toute relation sexuelle hors du cadre « sacré et divin » du mariage homme-femme est donc interdite. Toutefois, le lesbianisme semble considéré, quant à lui, comme moins grave, car ne mettant pas en péril la virilité du sexe fort. Conséquence : dans certains pays musulmans s’il y a sanction pénale dans un cas, il n’y en a pas dans l’autre. Les choses pourraient avoir évolué. Par exemple Tareq Oubrou (théologien et recteur de la mosquée de Bordeaux) signe en mai 2010 avec plusieurs personnalités chrétiennes et juives (Olivier Abel philosophe, Jean-Claude Guillebaud essayiste et Rivon Krygier rabbin) un appel des religions. Quelques jours après, dans une interview du 29 mai, il commente sa position : « le seul rapport acceptable en matière de sexualité est celui qui s’effectue entre deux sexes différents dans le cadre légal du mariage. Comme les autres religions, l’Islam ne considère pas l’homosexualité comme une pratique acceptable. Elle est considérée comme une faute morale, un péché. » Toutefois il rappelle qu’il « n’y a aucun passage dans le Coran ni aucune tradition du Prophète Muhammad authentique et formelle qui réserve une quelconque sanction pénale à celui qui la pratique. Même si l’homosexualité est clairement réprouvée moralement dans le Coran et dans la Sunna. »

Regardons maintenant le traitement que la France a réservé aux homosexuels de son territoire. Le poids de la religion catholique et sa position dominante ne nous laissent aucun doute sur ce qui sera leur calvaire au moyen-âge ou sous la monarchie. Il faudra attendre la Révolution pour voir la législation évoluer. La France sera le premier pays à dépénaliser complètement l’homosexualité, l’Assemblée constituante de 1789 ne retenant pas le « crime de sodomie » dans le Code. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le régime de Vichy et son idéologie fasciste adoptera une attitude ambiguë en épargnant par exemple nombre de célébrités (Cocteau, Jean Marais, etc.). Cela dit, la chasse aux homosexuels, la déportation et le port du triangle rose seront des pratiques courantes même si le nombre de victimes est sujet à caution. Les recherches conduites sur ce point, sur la base des condamnations « légales », le chiffrent à 10 000. En 1942, le régime de Vichy introduit dans le Code pénal une discrimination : l’acte consistant à avoir des relations homosexuelles avec un mineur (moins de 21 ans) devient un délit, alors qu’il reste fixé à 15 ans pour les hétéros. Les ordonnances du Général de Gaulle en 1945 confirment cette disposition qui sera toujours en place en 1982. C’est à cette date que Badinter abolira cette différence de traitement par une loi adoptée le 4 août. En 1999, le gouvernement Jospin fait voter le texte sur le PACS accordant un certain nombre de droits aux couples homosexuels. En 2004 sera créée la « Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité » (HALDE) qui retient l’homophobie et pénalise les propos publics incitant à la haine, diffamatoires ou injurieux en raison de l’orientation sexuelle. En 2005, un nouveau décret va étendre cette pénalisation aux propos privés. Enfin, le mariage pour les couples de personnes de même sexe est autorisé en France par une loi du 17 mai 2013. Elle rend aussi possible l’adoption conjointe et celle de l’enfant d’un des conjoints.

Il faut rapidement mettre fin aux pratiques homophobes et condamner sans pitié leurs auteurs. Premier dans ma liste, l’ineffable Hanouna qui doit « dégager » !

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