Ces élections présidentielles furent une catastrophe, montrant l’état de décomposition de notre vie politique.

  • Premièrement les deux partis qui se partageaient le pouvoir depuis plusieurs décennies (LR et autres PS) sont manifestement morts après un cuisant échec.
  • Deuxièmement la logique des primaires n’a pas fonctionné. À droite, comme à gauche, les candidats arrivés en tête n’étaient pas ceux attendus. Celui de la droite s’est rapidement trouvé rattrapé par les affaires, celui de la gauche a été « flingué » par son camp.
  • Troisièmement la stratégie du vote « utile » n’a pas complètement fonctionné et le « front républicain » de 2002 n’était pas vraiment au rendez-vous. On a pourtant essayé, à de multiples occasions, de convaincre cet « électeur-stratège » (que par ailleurs la politique désespère et qui a de nombreuses fois été roulé dans la farine) de l’utilité de son vote. Cela n’a eu aucun effet pour les primaires et à peine plus lors du scrutin officiel. Tout cela dans un climat « d’impérieuse nécessité » de faire barrage au Front National. À noter que paradoxalement, ce sont ceux qui nous avaient conduits à cette situation politique qui ont été les plus virulents et n’ont eu de cesse de tenir un discours inquiétant quant au risque d’un vote fasciste.


Regardons maintenant le résultat : au final, Emmanuel Macron est passé, mais a-t-il été « bien élu » ? On se félicite du chiffre officiel obtenu (66,1 %). Mais est-ce bien la réalité ?

  • Premièrement le taux d’abstention est majeur (le plus important depuis 1969 !). Les Français qui ne se sont pas déplacés sont au nombre de 12 101 366 et représentent 25,4 % du corps électoral. Si j’en crois le sondage IPSOS/Sopra-Steria effectué pour le compte du Monde et de France-Télévision, les principales raisons de ce phénomène sont les suivantes : « je refuse de choisir entre deux candidats que je rejette totalement » (pour 31 % d’entre eux), « je ne les rejette pas, mais aucun des deux candidats ne correspond à mes idées » (28 %) et enfin « Quel que soit mon vote, cela ne sert à rien, E. Macron battra M. Le Pen » (16 %).
  • Deuxièmement le nombre de bulletins blancs s’élèvent à 3 021 499 (6,4 % des inscrits), quant aux nuls, ils sont 1 064 225 (2,2 %). Selon Céline Braconnier (interview dans le Monde du 9 mai) : « Ce qui est spectaculaire, c’est l’explosion du vote blanc ou nul. Il a été multiplié par plus de quatre entre les deux tours et a pulvérisé le précédent record de 1969 : 6,4 % au second tour de la présidentielle en 1969, 11,5 % cette fois-ci. » Quant à la question « qui a voté blanc ou nul ? » notre chercheuse répond : « Il est trop tôt pour le dire, mais il s’agit sans doute davantage d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon que de ceux de François Fillon. »
Au final, si l’on prend en compte l’importance politique significative de l’abstention et des blancs et nuls, le « magnifique succès d’adhésion populaire » de notre président s’en trouve bien terni.

Dans la réalité seulement 43,63 % des Français, inscrits sur les listes électorales, ont voté pour lui, les autres ne sont pas obligatoirement « allés à la pêche ». En cela notre jeune prodige fait à peine mieux que Sarkozy, qui en 2007 recueillait 42,7 % des suffrages (sans stratégie de vote anti-FN) et même moins bien que Mitterrand en 1988, qui postule à son second septennat, avec 43,7 % des inscrits.

Mais en réalité c’est plus grave que cela ! Les 20 743 128 Français qui ont voté Macron (sur les 47 568 693 électeurs potentiels) ne l’ont pas tous fait pour le programme politique de ce candidat. En cela le sondage réalisé par l’IFOP et FIDUCIAL (pour le compte de Paris-Match, C-NEWS et SUD-Radio) : « Le profil des électeurs et les clefs du second tour de l’élection présidentielle » est intéressant.

Regardons la question du report des voix entre les deux tours : 54 % des électeurs de Mélenchon, 79 % de ceux de Hamon et 51 % de ceux de Fillon vont aller sur Emmanuel Macron. Par contre, d’autres vont préférer voter blanc ou nul. C’est encore au sein de la « France Insoumise » que ce taux est le plus important (32 %), mais il n’est pas négligeable parmi ceux du PS (17 %) et ceux de Fillon (26 %). L’enseignement essentiel de cette étude réside dans les motivations réelles qui ont poussé les électeurs à opter pour Macron au deuxième tour. Quarante-trois pour cent (43 %) d’entre eux l’on fait par conviction politique (c’est-à-dire pour son programme et ses idées). D’autres enfin l’ont choisi par défaut, parce qu’ils ne souhaitaient pas que Marine Le Pen soit élue. Ils représenteraient 57 % des votes.

Reconnaissons dès lors qu’il est pour le moins malhonnête de mélanger ces deux sortes de suffrages et de leur donner la même signification.

Si l’on admet la véracité de ces chiffres, nous pourrions conclure que seulement 8,9 millions de français ont voté Macron pour son programme et son projet politique. Ce qui ramène le score de notre nouveau président à 18,8 % des électeurs français inscrits. Cette base me semble pour le moins insuffisante pour diriger le pays.

Surtout si l’on prend en compte l’ultime résultat du sondage IPSOS/Sopra-Steria. À la question : « Les prochaines élections législatives auront lieu au mois de juin. S’il est élu président de la République, souhaitez-vous qu’Emmanuel Macron dispose d’une majorité absolue de députés à l’occasion de ces élections ? », la réponse est NON à 61 %.

ON voit dès lors l’importance politique de dégager ce nouveau président si mal élu ! Le troisième tour ce sont les législatives de juin. Mobilisons-nous !

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