Très tôt, le jeune Emmanuel va rentrer dans le moule qui fabrique les « apparatchiks » du système. Fils de médecins, lui professeur de Neurologie et enseignant à la faculté, elle médecin-conseil à la Sécu, il va fréquenter les établissements scolaires « qui vont bien » : collège privé catholique de jésuites, lycée Henri-IV à Paris (baccalauréat, hypokhâgne et khâgne), Institut d’études politiques de Paris. Au final, en 2002, il intègre l’ENA dans la promotion Léopold Sédar-Senghor. Une brillante carrière s’ouvre à lui...

En 2004, il rentre dans le corps de l’Inspection générale des Finances. Il rejoint la « Commission Attali » (vous vous rappelez : pour la libération de la croissance !), d’abord en 2007 comme rapporteur-adjoint, puis comme membre en 2010. Tant qu’à « libérer la croissance », le jeune Macron quitte le service de l’État pour rejoindre le monde de la finance et la banque d’affaires « Rothschild & Cie ». Il y sera recruté sur recommandation de Jacques Attali et de Serge Weinberg (actuel patron de SANOFI).

Rapidement il devient gérant et s’occupe de dossiers importants et dirige, entre autres, l’une des plus grosses négociations de l’année (le rachat par Nestlé d’une filiale de Pfizer). Si j’en crois Wikipédia, « Cette transaction, évaluée à plus de neuf milliards d’euros, lui permet de devenir millionnaire. François Henrot dira de lui qu’“il aurait été, s’il était resté dans le métier, un des meilleurs en France, sans doute même en Europe”. Entre décembre 2010, date de sa nomination comme associé-gérant, et mai 2012, celle de son arrivée à l’Élysée, Emmanuel Macron indique avoir gagné 2 millions d’euros bruts ».

Ce jeune loup, qui passe sans état d’âme de la finance aux affaires publiques, devient en mai 2012 secrétaire général adjoint de l’Élysée.
Il est porteur de changements qui décoiffent : rendre « plus flexible » le marché du travail, conditionner le versement des allocations familiales et des remboursements maladie, lutter contre les « rentes de gauche », casser la fonction publique, etc. Cela débouche tout naturellement sur l’élaboration de lois comme le « crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi » ou le « pacte de responsabilité et de solidarité ». En août 2014, Valls va le choisir comme ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique en remplacement d’Arnaud Montebourg. Quelques mois plus tard, il porte le projet de loi « pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques », que l’on appellera la « loi Macron ». Il s’agit, selon lui, « de libéraliser, de déverrouiller encore plus l’économie française ». Quand la loi « Macron 2 » sera prête, Manuel Valls estime qu’il n’en peut être l’unique porteur et décide par exemple de confier le volet social à Myriam El Khomri. On connaît la suite...

Si vous n’étiez pas complètement convaincu que notre candidat d’« En Marche » est totalement intégré dans l’oligarchie qui nous gouverne, permettez-moi de vous raconter maintenant l’affaire de l’aéroport Toulouse-Blagnac et de sa privatisation.

Initiée par Arnaud Montebourg, cette privatisation sera au final négociée par Emmanuel Macron, alors ministre, en décembre 2014. L’État s’engage à vendre la majorité de ses parts (quelque 308 millions d’euros) à « Casil Europe », une coentreprise chinoise dirigée par Monsieur Mike Poon, et qui associe « Shandong Hi-Speed Group » et « Friedmann Pacific AM ». Ainsi, aujourd’hui, « Casil Europe » détient 49,9 % du capital de la société ATB (Aéroport Toulouse Blagnac), le reste étant détenu par les collectivités territoriales (40 %) et l’État. À l’époque, de Martin Malvy (alors président de région) à Manuel Valls, on se félicite que l’aéroport reste « majoritairement dans les mains des collectivités territoriales et de l’État ». Ce qui n’est pas dit, c’est le « Pacte d’actionnaires » passé entre l’État et l’acquéreur Casil (qui exclut donc les autres actionnaires CCI, département, région, etc.) puisqu’à eux deux ils sont majoritaires. Ce pacte, rendu public dans la foulée par Médiapart, montre clairement que l’État offre « les pleins pouvoirs aux investisseurs chinois, même s’ils sont minoritaires ».

Mais, telle une comédie de boulevard, cette histoire est à rebondissements. En juin 2015, une nouvelle tombe : le PDG de « Casil Europe » le dénommé Mike Poon est cité dans une affaire de corruption en Chine ! Il disparaît, on le recherche. Bonne nouvelle, il annonce qu’il ne siégera plus au conseil de surveillance de l’aéroport, mauvaise nouvelle il restera le PDG de sa société !

Ah, j’oubliais une actrice importante de cette pantalonnade ! Voici une nouvelle tête : Anne-Marie Idrac (66 ans) Science-Po et ENA, proche de Bayrou, ex-secrétaire d’État aux Transports, ex-députée, ex-présidente de la RATP puis de la SNCF, ex-secrétaire d’État chargée du Commerce extérieur auprès de François Fillon. Cette « petite nouvelle » est aussi dans le monde des affaires et pantoufle régulièrement dans une multitude de conseils d’administration de grands groupes (Total, Suez, Bouygues, etc.). Cette véritable « caricature » du système néolibéral est nommée par Macron (mai 2015) présidente du conseil de surveillance de la société concessionnaire de l’aéroport de Toulouse-Blagnac sachant que par ailleurs elle est représentante de « Casil Europe ».

En 2016 un nouveau scandale arrive, « Casil Europe » tombe le masque. Soyons clairs, il est là uniquement pour « faire du fric ». C’est pourquoi il fait part de son souhait de ponctionner les réserves faites par les collectivités en vue des investissements futurs (67 millions) et propose de se partager 20 millions d’euros. De surcroît, un article du Monde nous explique que : « alors qu’il était d’usage à l’aéroport de mettre en réserve 50 % du résultat net ces dernières années, la société a décidé de redistribuer aux actionnaires la totalité des 4,9 millions de bénéfices... Un changement d’époque. »

Une chose au moins est saine dans cette affaire : le « Collectif contre la privatisation de la gestion de l’aéroport Toulouse » a décidé lui aussi de se battre contre cette manie que ces gens-là ont de prendre notre pays pour un gâteau.

Dernière nouvelle, sans surprise celle-là : Anne-Marie Idrac va soutenir la candidature d’Emmanuel Macron et ainsi rejoindre notre Ségolène nationale au nombre des groupies.

Cet Emmanuel Macron, qui se dit ni de gauche ni de droite et prétend être en rupture du système : maintenant vous y croyez toujours ?


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