D’une manière générale, je suis las de me faire traiter de « populiste », quand j’ose critiquer cette économie ultralibérale et mondialisée, qui n’amène que ruine et misère pour les plus humbles et qui pousse les quelques électeurs encore convaincus à mettre à la tête de nos pays des Le Pen, des Trump, des Macron et autres Fillon. Pour arrêter ce désastre, je fais partie des gens qui pensent que seule une mobilisation populaire peut briser ce cycle infernal. Pour vaincre cette oligarchie, il faut redonner le pouvoir au peuple. Le mot démocratie n’est-il pas la combinaison de dêmos, « peuple » et de krátos, « pouvoir », ou encore de kratein, « commander ». Dire cela, ce n’est pas tenir le même propos que ce président raciste, vulgaire, mais milliardaire dont se sont dotés les Américains, ce n’est pas avoir le discours de cet ancien banquier de chez Rothschild & Cie, qui se découvre présidentiable et qui, lui aussi, veut « renverser la table » !

La logique du capitalisme dans laquelle nous baignons ne supporte aucune contrainte. On exige une « libre concurrence » pure et parfaite. Rien ne doit gêner les entreprises dans la compétition qu’elles mènent. Pour ce faire, on doit pouvoir licencier sans entraves, payer le moins possible en salaires, avoir un volant de chômage important pour faire pression sur d’éventuelles revendications. Il faut moins de normes, de règles, d’impôts, de taxes, etc. Pour augmenter les profits, les coûts de production doivent être au plus bas. Précariser les emplois, produire dans des pays où les contraintes sociales sont inexistantes sont des pratiques essentielles. Tout cela n’est pas sans conséquence. Nombre d’entre nos concitoyens (y compris ceux qui ont encore un travail) sont pauvres et ne peuvent acheter le minimum vital. Ce régime fabrique ce qu’Alain Badiou appelle des gens qui au regard de cette logique économiste ne servent à rien : ils ne produisent plus (parce qu’au chômage) et ne consomment pas non plus (puisque pauvres). Ce sont les « oubliés » de notre société.

Ce néolibéralisme participe parallèlement à l’élaboration d’une idéologie « dominante » largement diffusée. Les solutions, dans ce mode de compétition, ne sont qu’individuelles ! La liberté prime l’égalité. On se doit d’être plus performant que l’autre pour gagner, l’écraser si nécessaire. Le pauvre est un voyou qui triche avec l’aide sociale, mais le riche réussit quand il ne paye plus d’impôt ! Le fait d’arriver à vivre dignement ne dépend plus seulement de sa volonté et de son travail, mais trop souvent de l’endroit où l’on est né ou de son patronyme. En tout cas sont exclues les solutions collectives, qui sont qualifiées de ringardes, de rêves fous ou d’utopies. Cette idéologie rejette le « nous », l’idée du « vivre ensemble », l’autre n’étant au mieux qu’un gêneur et au pire un concurrent. Notre vie sociale se limite alors à « vivre côte à côte » dans ce système d’une grande brutalité.

En résumé ce néolibéralisme fait exploser les frontières, les contraintes, il faut produire plus sur cette terre « limitée en ressources », au moindre coût et pour plus de profits. Dans cette logique, les humains ne sont que variables d’ajustement, tout devient marchandise, on pille sans état d’âme les ressources naturelles (l’eau, les matières premières, etc.), on pollue sans retenue, etc.

Regardons maintenant les conséquences politiques de cette situation. Il est évident que les principes républicains ne sont pas compatibles avec cela. La République c’est à la fois la « chose publique », « l’argent public », le pouvoir donné au peuple. C’est la mise en œuvre d’une redistribution sociale des richesses par l’intermédiaire de services publics (écoles, hôpitaux, police, justice, etc.). C’est la logique de ceux qui ont créé la « sécurité sociale ». C’est une certaine égalité républicaine des citoyens (des chances, devant la loi, etc.). Mais de cela il n’en est plus question. L’impérieuse nécessité de diminuer les charges des entreprises, d’aider les banques, de privatiser les services publics, etc. fabrique un État pauvre qui n’est plus en mesure de faire de la « redistribution sociale ». C’est ce qu’on va appeler « politique d’austérité » ou « gestion rigoureuse » ! En termes de gouvernance, là encore, la démocratie représentative s’est décrédibilisée en raison du poids pesant du système libéral qui salit tout (corruption, lobbying, promesses non tenues, atteinte aux libertés, etc.), mais aussi par son incapacité de se remettre en cause (cumul des mandats, déni d’une participation citoyenne, etc.). On va même trouver le terme de République ringard et dépassé et lui substituer de nouveaux concepts et de nouvelles dénominations (par exemple la notion de « démocratie moderne » qu’en France des gens comme Emmanuel Macron incarneraient).

Dans ce système, confus et contradictoire, de détricotage, de perte de repères, on ne peut que constater un déclin de la pensée politique. Les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres, et le nombre de gens qui ne « servent à rien » et ne votent plus (pour mémoire 66 % en Seine-Saint-Denis aux municipales de 2014, un français sur deux aux dernières régionales) augmente. Le bel idéal craque, se lézarde, se fissure et le peuple surprend en suivant des idées stupides. Tel pays s’exclut d’une Europe au service unique du marché, celui-ci est tenté par un clown, celui-là porte à sa tête un foldingue milliardaire, etc. Quant à nos concitoyens, ils risquent d’élire en 2017 une fasciste comme présidente.

Alors, comment sortir de cette situation ? Comme pour le climat, le problème c’est ce système ultra libéral. Il faut reconstruire des services publics puissants, pour cela tout le monde se doit payer des impôts (suivant ses revenus), combattre (et criminaliser) l’évasion fiscale, etc. Mettre en place une autre constitution, rendre du pouvoir au peuple, du poids à la démocratie participative et moraliser la démocratie représentative (non-cumul, compte-rendu de mandat, destitution en cas de non-respect des engagements, etc.). Il faudra certainement et parallèlement redonner à la politique ses lettres de noblesse, valoriser l’implication des citoyens dans les choses communes. Mais quand on regarde bien ce qui se passe autour de nous (associations, luttes locales, mouvements populaires, « nuit debout », etc.) un socle existe sur lequel on pourrait s’appuyer.

De nouvelles opportunités sont possibles si on change de système. J’ai fait mienne cette affirmation de Chantal Mouffe (philosophe belge) : « Ce n’est qu’en renouant avec le conflit, les passions et les clivages politiques que la gauche pourra faire triompher ses valeurs... »

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