Ce travail est le résultat d’une proposition de Georges Didi-Huberman, philosophe et historien de l’art. Il s’agissait de : « concrétiser, sous la forme d’une exposition, ses recherches autour du thème des “Soulèvements” ». Pour les organisateurs cela leur « a paru un défi intellectuel, muséographique et artistique idéal. »

Le mot « soulèvement » a plusieurs sens. Bien sûr une acception politique évidente. Il peut s’agir au départ d’un simple mouvement d’effervescence, voire une vive excitation. Cela peut déboucher sur de la protestation et sur des actions plus collectives de contestation, de révolte ou d’insurrection et entraîner de l’affrontement ou de la fuite. Dans bien des cas, cela se traduit en un passage d’une situation stable (immobile parfois), à une agitation extrême. Cela nous renvoie bien sûr au sens premier du mot soulèvement, très concret, matériel, physique (soulèvement des bras, d’une soupape, d’un marteau, d’un tissu, etc.).

Georges Didi-Huberman, commente ainsi ce glissement du concept : « Ce qui nous soulève ? Ce sont des forces : psychiques, corporelles, sociales. Par elles, nous transformons l’immobilité en mouvement, l’accablement en énergie, la soumission en révolte, le renoncement en joie expansive. Les soulèvements adviennent comme des gestes : les bras se lèvent, les cœurs battent plus fort, les corps se déplient, les bouches se délient. Les soulèvements ne vont jamais sans des pensées, qui souvent deviennent des phrases : on réfléchit, on s’exprime, on discute, on chante, on griffonne un message, on compose une affiche, on distribue un tract, on écrit un ouvrage de résistance. »

L’exposition se structure autour de cinq axes :
1. « des éléments déchaînés, quand l’énergie du refus soulève l’espace tout entier » ;
2. « des gestes intenses, quand les corps savent dire non ! » ;
3. « des mots exclamés, quand la parole “s’insoumet” et porte plainte au tribunal de l’histoire » ;
4. « des conflits embrasés, quand se dressent les barricades et que la violence devient inévitable » ;
5. « des désirs indestructibles, quand la puissance des soulèvements parvient à survivre au-delà de leur répression ou de leur disparition ».

Les images présentées vont chronologiquement de dessins de Goya, à des vidéos très récentes (je pense en particulier à celle sur le passage de migrants syriens entre la frontière grecque et macédonienne). Pour ma part, j’ai bien aimé cette exposition qui nous montre à la fois la violence des soulevés (mais parfois « la beauté » de leurs gestes dans ces instants de révolte), mais aussi des forces de répression qui sont mises en place pour mettre fin à ces désordres. J’ai découvert, par exemple, les tracts cinématographiques de 68 (Jean-Luc Godard aux manettes), des photographies de Willy Ronis pendant des meetings de 1936, des objets fabriqués lors de luttes syndicales (paquets de cigarettes « La Pantinoise » pendants les grèves de la SEITA), etc.

Dans cette période d’incertitude troublée, j’ai aimé me coltiner ces instants de soulèvements passés. Les humains ne sont pas tous des moutons décérébrés !

Cela m’a presque redonné la gnaque !

Les liens.