C’est Eric Veillon qui a attiré mon attention avec un de ses articles dans lequel il pourfend le travail de la commission, le qualifiant de « pur scandale », il en dénonce le coût « (au moins) 600 000 euros (hors taxes !) » S’il y a scandale, c’est bien la charge qu’il conduit ! Je tiens à lui rappeler (mais bien sûr, il le sait !) que les frais engendrés par un débat public sont obligatoirement financés par le maître d’ouvrage (ici le groupe Auchan). Enfin l’objectif de ce débat, et donc le travail de la commission, n’est jamais de dire si le projet doit être stoppé ou non. Seul le promoteur a la prérogative de décider si, à l’issue de cette procédure, il le poursuit et dans quelles conditions. Pour la CPDP, son objectif était (comme la loi le lui impose) d’organiser un débat public, de faire en sorte que tous les avis s’expriment (que cela fasse plaisir ou non). Dès lors, est-ce que 600 000 euros c’est cher pour instruire un débat démocratique public autour d’un projet estimé à 3,1 milliards d’investissements, dont 2,6 financés par Auchan ? Que représente cette somme au regard des crédits déjà dépensés par la famille Mulliez pour la promotion de ce « machin » inutile et dangereux ?

Alors, soyons clairs, comme l’a annoncé dès le 12 septembre son directeur (Christophe Dalstein), EuropaCity va continuer. Pouvait-il dire autre chose ? « Nous avons décidé de poursuivre la mise en œuvre du projet. Mais nous prenons bien sûr acte de la richesse des points de vue exprimés lors de ce débat, qu’ils soient positifs ou négatifs, favorables ou critiques. Nous travaillons d’arrache-pied pour faire évoluer ce projet, l’adapter à ce qui a été dit pendant quatre mois. » Et d’annoncer une nouvelle version qui pourrait être présentée en décembre 2016. Pour mémoire cette monstruosité dépasse toutes les limites. Il s’étend sur 80 hectares de terres qui ne seraient donc plus cultivées, comprend 230 000 mètres carrés de commerces, 150 000 mètres carrés de surfaces pour les loisirs (piste de ski, centre aquatique, etc.) et 50 000 dédiés à la « culture » (salles de spectacle, halle d’exposition, etc.), mais aussi des hôtels, des restaurants, des espaces de congrès, etc.

Alors, comme se plaît à le prétendre l’ineffable Veillon, fallait-il un débat pour ça ? Bien entendu !

Pour s’en convaincre, regardons de près les propos du président de la CNDP Christian Leyrit. Le débat suscité par EuropaCity a amené « beaucoup de questions relatives au modèle de société qu’il représente [...] De nombreuses personnes ont été frappées par le gigantisme du projet : pour certains, c’était une raison de s’y opposer, mais pour d’autres, parmi lesquels le maître d’ouvrage, c’était au contraire l’enjeu de sa réussite. » Quand Auchan avance un projet « en phase avec la révolution des modes de vie, qui permet d’offrir en un même lieu des activités commerciales, culturelles et de loisirs, des participants dénoncent le développement d’un consumérisme effréné ».

Les conclusions du rapport sont à ce titre explicites.
« Il [ce débat]a mis face à face deux visions de la société aux antipodes l’une de l’autre : en forçant un peu le trait, d’un côté une société qui s’affranchirait de la course à la consommation pour aller vers davantage de sobriété et s’engagerait vers une transition écologique et énergétique, de l’autre une société attachée aux modes de vie urbains ou aspirant à y avoir accès, mais taraudée par le chômage, et pour laquelle seul un modèle plus classique de croissance et de développement économique permet d’apporter des solutions durables.
Ces deux philosophies sont apparues d’autant moins conciliables que les très importants montants financiers en jeu, apportés par une entreprise privée aux filiales multiples, associée à une entreprise chinoise, fournissaient l’occasion d’ouvrir des polémiques opposant, selon certains, l’intérêt collectif qui ne devrait pas être contraint par des préoccupations d’équilibre financier (au moins en ce qui concerne la culture) et la recherche du profit, qui serait structurellement incompatible avec une utilité sociale.
»

Deux logiques s’affrontent. D’un côté, l’humanisme, le « local » où il s’agit d’optimiser les « atouts territoriaux et en particulier le potentiel agricole », de rechercher le « vivre ensemble », la « qualité de vie quotidienne ». De l’autre côté, constatant l’enjeu métropolitain, les « contraintes de la concurrence internationale entre métropoles », il est indispensable de se « placer dans une situation favorable dans cette compétition ».

L’importance des « rapports publics/privés » est aussi une cause de clivage. Ce projet « privé » se situe dans une ZAC publique (portée par l’établissement public Plaine-de-France) et va bénéficier d’aménagements financés par le contribuable : voirie de la ZAC, gare sur la ligne 17 du réseau Grand Paris Express, mise à disposition du foncier viabilisé, etc. La commission s’étonne à ce sujet du refus d’information sur le contenu du protocole signé en septembre 2015 entre l’aménageur (l’EPA) et le maître d’ouvrage (Auchan). Il serait couvert par le « secret des affaires », d’où l’impossibilité de connaître le montant des fonds publics affectés au projet (gare de la ligne 17, aménagements routiers dont l’échangeur avec l’A1, etc. estimés pourtant à 1 milliard d’euros) ainsi que les obligations (ou leurs absences) qui lieraient les deux partenaires. Ce qui laisse penser que l’on est loin « d’un projet entièrement privé contrairement à ce qu’affirmaient le maître d’ouvrage et certains partisans… »

Effectivement dans ce type de débat (et quels que soient les projets, hier CDG-Express, aujourd’hui EuropaCity), deux visions s’affrontent. Une libérale où la course aux profits est le moteur et l’enrichissement une vertu, mais qui va droit dans le mur, en raison des limites mêmes des ressources de notre terre et des dégâts sociaux qu’elle engendre. L’autre mettant en avant une société plus sobre, plus solidaire, où l’homme et la planète ne sont plus des variables d’ajustement du système.

Pour ma part, mon choix est fait. Je combattrai tous ces grands projets inutiles imposés !


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