La société Lejaby produit des sous-vêtements féminins depuis 1930. Numéro deux français de ce secteur en 2007 (après Chantelle) elle est mise en liquidation judiciaire quatre ans plus tard, puis très partiellement reprise courant 2012. Dès 1992, la délocalisation commence vers des pays où la main-d’œuvre est moins bien payée. En 2003 déjà, seulement 40 % de la fabrication est faite en France. En 2010 un plan social est annoncé, il a pour objectif de ne conserver que 7 à 10 % de la production sur le territoire national, le reste étant produit en Tunisie, Maroc, ou Chine. Dès lors, un mouvement social se développe avec occupation des locaux. Au final, l’entreprise sera placée en redressement judiciaire fin 2011.

La pièce « À plates coutures », mise en scène par Claudine Van Beneden, raconte cette lutte et ses tristes conséquences humaines et sociales. Elle va le faire à travers l’histoire de quatre ouvrières de l’ancienne usine d’Yssingeaux en Haute-Loire. Avec l’auteur Carole Thibaut, elle va donc suivre et écouter le parcours de ces femmes, le tout s’inscrivant dans un projet, initié en 2012 et baptisé « femmes : histoire intime et collective ». Déjà présentée dans le cadre d’Avignon OFF cette pièce est passionnante et pleine d’humanité. Magnifique, à voir obligatoirement.



Dans « Métallos et dégraisseurs », là aussi nous sommes en présence d’un spectacle écrit à partir de quelque quarante heures d’entretiens recueillies par Raphaël Thiéry (un des acteurs), un homme dont une grande partie de la famille a travaillé à la tréfilerie de Sainte-Colombe-sur-Seine (Côte-d’Or). Patrick Grégoire (metteur en scène) dans une interview à France Culture explique : « Plus que l’histoire d’une usine en particulier, j’ai pris le parti de faire le récit de la débandade de l’industrie française. Je devais donc choisir des paroles individuelles qui fassent résonner une histoire universelle. »

C’est en 1779 qu’un premier haut-fourneau est installé à Sainte-Colombe-sur-Seine. Cette activité se développe en accaparant toute l’énergie du village, avec dès le départ la construction de logements ouvriers. Il est vrai que le besoin de main-d’œuvre est important. Les effectifs de l’usine seront à son apogée après la guerre de 1870 (1 400). Celle de 14-18 va avoir pour conséquence une baisse majeure de ce nombre qui va croître de nouveau pour atteindre 600 dans les années 1970. Désormais propriété d’Arcelor Mittal, elle n’emploie plus que 50 ouvriers et ses jours semblent comptés.

De ce sujet passionnant, il résulte malheureusement un spectacle linéaire, descriptif et chronologique, caricatural dans son activisme, où les personnages ont du mal à trouver une humanité tant l’intention militante est forte. Cela dit, la pièce se regarde, juste avec un soupçon d’ennui. Sauvée par une volonté politique sympathique, bien qu’appuyée.


Distribution :

« À plates coutures »

  • Interprète(s) : Angeline Bouille, Barbara Galtier, Chantal Péninon, Simon Chomel, Claudine Van Beneden
  • Mise en scène : Claudine Van Beneden
  • Assistant : Raphaël Fernandez
  • Lumières : Clémentine Gaud

« Métallos et dégraisseurs »

  • Interprète(s) : Alexis Louis-Lucas, Raphaël Thiéry, Michèle Beaumont, Lise Holin, Jacques Arnould.
  • Mise en scène : Patrick Grégoire
  • Costumes : Rozenn Lamand
  • Décors : René Petit

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