Rappelons que cette compétition est organisée par l’Union européenne des associations de football (UEFA). C’est Michel Platini, le président de cette organisation, qui en a négocié les détails il y a deux ans de cela. Depuis, ce président a été condamné par la commission d’éthique de la Fédération internationale de football (FIFA) pour « abus de confiance », « conflit d’intérêts » et « gestion déloyale ». En cause, un paiement de 1,8 million d’euros, effectué en 2011, sans contrat écrit, par l’ancien président de la FIFA Joseph Blatter, lui-même condamné et suspendu ! Si j’en crois le site de l’UEFA, « ses objectifs sont, entre autres, de traiter toutes les questions relatives au football européen, de promouvoir le football dans un esprit d’unité, de solidarité, de paix, de compréhension mutuelle et de fair-play, sans aucune discrimination politique, raciale, religieuse, sexuelle ou autre, de préserver les valeurs du football européen, d’entretenir des relations avec tous les acteurs impliqués et de soutenir et protéger ses associations membres pour le bien-être global du football en Europe. » De bien beaux principes que je ne confronterai pas à la réalité. Pour ce qui est du président de l’UEFA, théoriquement suspendu, il convient de se rassurer il est toujours en poste ! Mais rentrons dans le vif du sujet.

Pour accueillir cette compétition, les Français ont dû faire quelques dépenses. Quatre stades ont été construits, à Lille (Pierre-Mauroy, livré en 2012), Nice (l’Allianz Riviera, livré en 2013), Lyon (Stade des Lumières, livré en janvier 2016) et Bordeaux (Bordeaux-Atlantique, depuis rebaptisé Matmut Atlantique, livré en mai 2015). D’autres ont été rénovés comme ceux de Lens (Bollaert-Delelis), Marseille (Stade Vélodrome), Paris (Parc des Princes), Saint-Étienne (Geoffroy—Guichard) et Toulouse (Stadium). Ces différents chantiers ont coûté 1,64 milliard d’euros. Ces constructions se sont faites dans le cadre de contrats de type « partenariat public privé ». Si l’UEFA va payer la location de ces stades pendant la compétition, une fois la fête finie, ce sont les collectivités (et donc les impôts locaux de leurs habitants) qui vont prendre en charge les coûts de mise à disposition de ces équipements pour leurs propres besoins. Il y a certainement mille et une justifications pour ces investissements, mais se seraient-ils faits (avec cette temporalité) s’il n’y avait pas eu cette compétition ? N’y avait-il pas dans ces villes d’autres priorités ?

Il n’y a pas que ces dépenses qui sont à la charge des contribuables. La gestion de la sécurité l’est aussi. Dans cette période complexe, le gouvernement socialiste a mis « les petits plats dans les grands ». Lors d’une conférence de presse, Bernard Cazeneuve donnait des gages et annonçait la mobilisation de 42 000 policiers et 30 000 gendarmes. Les congés et formations des agents de la préfecture de police de Paris ont ainsi été suspendus durant la période. Côté privé, les organisateurs vont aligner quelque 10 000 personnes. La mise en sécurité de ces « fans zones », ces espaces dédiés aux supporters, a nécessité des dépenses supplémentaires liées à la généralisation des fouilles à l’entrée, aux dispositifs de vidéosurveillance, aux détecteurs de métaux, etc. Les coûts ont dès lors flambé et s’élèvent à 17 millions d’euros, soit 7 de plus que ce qui avait été évalué au départ. Ils seront financés pour 3 à 4 millions par l’UEFA, 5 par l’État et 8 à 9 par les villes-hôtes.

Dans cette aventure, le contribuable n’intervient pas seulement dans les dépenses, mais il devra aussi compenser le manque à gagner puisque cette manifestation est défiscalisée. L’Assemblée Nationale a effectivement adopté l’exonération fiscale de l’Euro 2016. En 2010, Éric Woerth et François Baroin, deux ministres du budget quand la droite était au pouvoir, s’y étaient engagés. Fin 2014, les socialistes l’ont fait voter dans la loi de finances rectificative 2014 (article 24). Quel est le coût de cette mesure ? La rapporteuse de ce texte, la députée Valérie Rabault (PS) l’estime entre 150 et 200 millions d’euros ! Le journal Médiapart précise : « Une question d’autant plus brûlante que l’UEFA, comme les multinationales les plus à l’aise dans ce jeu de l’optimisation fiscale agressive, ne paie presque pas d’impôt dans son pays de domiciliation, la Suisse. Elle y est considérée comme une organisation d’utilité publique et à but non lucratif. À ce titre, elle n’est quasiment pas taxée : pas plus de l’équivalent de 400 000 euros en 2013 par exemple, selon le Vert Éric Alauzet, pour des millions d’euros de bénéfices. »

Si certains contribuables vont pouvoir oublier les effets néfastes de la loi travail pendant la retransmission des matchs de l’Euro 2016 qu’au total on leur a fait financer, d’autres gagnent de l’argent, beaucoup, énormément !

  • Les joueurs : les primes versées par l’UEFA pour l’Euro 2016 sont en nette hausse. Les équipes qui participent à l’Euro 2016, se partageront 301 millions d’euros. L’équipe vainqueur percevra 8 millions d’euros. Si l’équipe de France gagne l’Euro chez elle, chaque joueur touchera 300 000 euros.
  • Les sponsors : si le sponsoring de Carlsberg n’est pas sans poser problème, d’une manière générale les « partenaires » de cette manifestation sont dès à présent contents. Selon le sondage Toluna pour le magazine « Sport Stratégies », les bonnes audiences des matchs à la télévision ne peuvent que réjouir les grandes marques. Un excellent article de Médiapart rappelle toutefois les pratiques des équipementiers Nike, Adidas et Puma pour ce qui est de la fabrication des produits : « Lorsque les fans de l’équipe de France, d’Angleterre ou d’Italie endosseront leurs maillots flambant neufs pour suivre les exploits de leur équipe fétiche… ils devraient garder ce chiffre en tête : le maillot qu’ils ont généralement acheté autour de 85 euros n’a coûté que 5,85 euros à produire. Et les ouvriers qui l’ont fabriqué n’ont été payés en moyenne que 65 centimes d’euros pour le faire. »
  • Etc.

« Panem et circenses » (traditionnellement « Du pain et des jeux ») est une expression latine qui permettait de dénoncer l’usage de ces pratiques par les empereurs romains, dans le but de flatter le peuple et de remporter son adhésion.

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