La dénomination de clan, de tribu, de famille (au sens mafieux du terme ?) pour les Mulliez me convient assez bien. On n’est pas dans le capitalisme financier et spéculatif. Non, leurs entreprises ne sont pas sur le marché des devises, on reste en famille, on est entre soi. Ne vous y trompez pas, l’Association familiale Mulliez qui rassemble 550 membres de la famille Mulliez n’est pas une association à but non lucratif type loi 1901, mais un groupement d’intérêt économique. Si j’en crois Wikipedia, ce GIE constitué en 1955, avec au départ mission d’assurer la succession de Louis Mulliez, a pour objectif de maintenir intact ce patrimoine, mais aussi de participer au financement des projets d’entreprise des membres de la famille. Ainsi, lorsque l’un d’eux en crée une nouvelle, le groupement entre dans le capital de ce petit dernier pour le soutenir financièrement. On estime que ce GIE gère collectivement une fortune professionnelle évaluée en 2014 à plus de 37 milliards d’euros. Elle rassemble, au travers de participations diverses et croisées, près de 50 enseignes (Auchan, Simply-Market, Décathlon, Leroy Merlin, Cultura, Saint-Maclou, Kiabi, Boulanger, Kiloutou, Norauto, Alinea, Flunch, Les 3 suisses, Bruneau, Cofidis, Jules, Pizza Pai, Bricoman, Midas, Phildar, Électro-Depot, etc.), réalise un chiffre d’affaires global estimé à plus de 80 milliards d’euros et emploie 500 000 salariés dans le monde. Bertrand Gobin, journaliste, auteur de « La face cachée de l’empire Mulliez » explique : « Leur Mécano juridico-patrimonial, mis au point par des dizaines de fiscalistes, bouge en permanence », ce qui rend leur organisation particulièrement « compliquée et opaque ». Il estime que « 10 % des dépenses alimentaires et d’équipement des Français aboutissent chez les Mulliez ». Pas de révélation transcendante sinon la découverte d’une participation, jusque là secrète, dans le discret fonds d’investissement américain General Atlantico, au portefeuille tenu par une trentaine de familles parmi les plus riches de la planète et soutenant par exemple Alibaba, le numéro 1 chinois du commerce en ligne.

Permettez-moi de m’attarder un instant sur l’un des plus prestigieux membres de cette tribu : Gérard Mulliez. Né en 1931, c’est lui qui ouvre trente ans plus tard, le premier magasin de la chaine Auchan dans une ancienne usine Phildar située dans le quartier des « Hauts Champs ». Les débuts sont piteux et rapidement il se rapproche d’Édouard Leclerc (fondateur des centres E.Leclerc) qui lui explique que pour vendre plus il convient de casser les prix. Très vite il va ouvrir un deuxième magasin. L’Association Familiale Mulliez, dont il prend les rênes, va participer au financement de l’entreprise et lui permet d’attaquer le territoire national à partir de 1971, et international en 1981. On connait la suite de l’histoire : Auchan est aujourd’hui le onzième distributeur alimentaire mondial. En 2006 il cède sa place, à la tête de l’entreprise, à son neveu Vianney Mulliez. À ce jour, il n’a plus de rôle opérationnel, officiel, mais il est toujours là. Par exemple à la présidence d’un comité stratégique de groupe créé pour lui à son départ. Si l’individu a des principes et prétend vouloir « faire passer l’homme avant le fric », l’arrivée de la gauche en 1981 et la mise en place de l’impôt de solidarité sur la fortune, l’incite à quitter la France pour la Belgique (la ville de Néchin) toute proche. Notons d’ailleurs qu’aujourd’hui une grande partie du clan Mulliez est domiciliée en Belgique ou en Suisse. L’homme est aussi capable de coups d’éclat. Ainsi le journal la Voix du Nord relate comment, un samedi après-midi de février, « à 16 h 30, en pleine réunion du conseil départemental des jeunes communistes, Gérard Mulliez, patron d’Auchan et troisième fortune de France, mécontent d’une affiche du Parti communiste où il est décrit comme “profiteur de la crise”, est venu “sermonner” les membres du parti politique (...) Désigné comme “actionnaire, milliardaire et profiteur de la crise” M. Mulliez se défend face à une salle ébahie de sa présence : “Je crée des emplois avec mes magasins”. On lui répond : “Oui, mais les salariés vous permettent de verser des dividendes toujours plus grands aux actionnaires alors qu’ils sont étranglés et exploités”. Le dialogue se poursuit, ferme, mais courtois : “C’est du charabia idéologique” aurait répondu M. Mulliez, selon un militant. »

La nouveauté de ce début mai, c’est l’ouverture par la justice d’une information judiciaire pour soupçons de fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale à l’encontre de Patrick Mulliez qui semble, au sein du clan Mulliez, être celui qui est allé le plus loin dans les montages financiers opaques. C’est la première fois qu’un membre de la famille est officiellement soupçonné de fraude fiscale. L’enquête est diligentée en coordination avec l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF). Ce Patrick, 76 ans, marié, père de 5 filles, est un jeune frère de Gérard. C’est lui qui ouvre à Roncq en 1978, le premier magasin de l’enseigne Kiabi, « habillement mode à petits prix », devenu le numéro un du secteur et aujourd’hui présent dans 12 pays. Il possède aussi Macopharma, un laboratoire pharmaceutique.

Enfin, pour finir, dans les infos qui font tache dans l’image idyllique que notre clan essaie de montrer au reste du monde, il y aurait cette affaire de corruption en Ukraine, que ce cher Vianney Mulliez minimise (ce ne serait que des allégations). D’après les journalistes le groupe Auchan aurait versé plusieurs millions de dollars en pots-de-vin pour s’implanter en terre ukrainienne...

Et ce sont ces « braves gens » qui veulent construire EuropaCity dans le triangle de Gonesse ! On a de la chance non ?

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