Les représentants locaux de ces organisations ont, en introduction, rappelé le sens de cette initiative. Dans un contexte de défiance envers les partis politiques, comment construire ensemble, mais aussi avec les personnes mobilisées, l’échéance politique de 2017 ? Cette pratique de front politique, à gauche de la social-démocratie (du parti socialiste), est devenue une tradition dans ce territoire, d’ailleurs couronnée de succès lors des dernières élections régionales. Aujourd’hui il s’agit d’aller plus loin et peut-être de mettre en place de nouvelles pratiques comme celle initiée par le mouvement « nuit debout ».

Myriam Martin, conseillère régionale d’Ensemble, rappelle la résonance politique de cette réunion avec le rejet par nos concitoyens de la « loi travail » qui, par bien des aspects, devrait plutôt s’appeler la « loi Medef ». Ce qu’il y a de choquant dans ce projet gouvernemental, c’est l’inversion des normes qu’il se propose de mettre en œuvre. Le Premier ministre Valls, pour sa part, essaye de l’imposer en force. D’une part il utilise l’article 49-3 de la constitution pour mettre fin à tout débat à l’assemblée. D’autre part, il « criminalise » toutes les actions citoyennes en mettant en exergue par médias interposés les exactions de quelques casseurs et justifie ainsi une répression sans précédent. Ce qui est le plus violent, ce ne sont pas les actions de prétendus casseurs, mais cette loi El Khomri et l’usage que le Medef va en faire. Dans cette situation, comment mobiliser les citoyens, sinon en inventant d’autres pratiques ? Certainement aussi en étant en rupture avec cette politique libérale, en répondant aux besoins sociaux, à l’urgence écologique et à la demande de démocratie. Il faut remettre les choses à l’endroit et pour ce faire l’expérience « nuit debout » est un point de départ intéressant, pour construire un front de lutte en rupture avec le système libéral.

Paul Alliés, président de la convention pour la 6e République, frondeur au sein du parti socialiste, explique dans son intervention qu’en 2017, il s’agira de voter pour des idées. Il faut arrêter de porter au pouvoir un « homme providentiel » qui, une fois encore, trahira ses promesses. Partout en Europe règne une crise politique profonde. Plus personne ne pense que nos systèmes, à base de démocratie représentative, seront encore longtemps pérennes. Dans ce concert, il constate que la France est certainement le pays où massivement les gens considèrent que les hommes politiques ne les représentent pas vraiment, et même ne les représentent plus du tout. Aujourd’hui il faut mettre fin aux institutions de la 5e République, la question de la démocratie étant essentielle. Il ne faut pas seulement supprimer l’article 49-3, il faut changer l’intégralité de la constitution qu’il faut remettre en cause. L’échéance des présidentielles de 2017 doit être l’occasion de l’ouverture de ce chantier.

Yannick Jadot, député européen d’EELV, revient lui aussi sur la question de la constitution. La règle mise en place a pour conséquence que le président, une fois élu, installe sa majorité. Il peut alors gouverner sans crainte et ne tenir aucun compte des promesses faites. Il souhaite que l’on mette fin au mode de scrutin (uninominal à 2 tours) des élections législatives et que l’on instaure la proportionnelle. Les citoyens doivent retrouver de la souveraineté. La souveraineté, c’est quand le processus démocratique redonne du pouvoir au peuple. Il faut certainement construire au niveau local de véritables échelons démocratiques et ainsi permettre à des citoyens responsables d’émerger. Il termine son intervention sur la nécessité de construire une Europe forte et démocratique. Selon lui, on a besoin de l’Europe et un compromis positif de la gauche sur ce point lui semble indispensable.

Enfin pour Marc Brynhole, conseiller régional PCF de la région centre, il n’y a pas d’issue à cette crise politique, s’il n’y a pas de projet commun et partagé. Le PCF pour sa part a engagé un travail sur le contenu, sur les projets d’avenir et bien entendu sur le partage de ces projets. Il confirme lui aussi que le système capitaliste néolibéral est incapable de résoudre les grandes questions posées aux hommes aussi bien pour les défis posés par le développement de l’économie numérique que pour ceux liés au changement climatique, etc. Pour ce qui est de l’échéance électorale de 2017, il évalue la situation comme étant catastrophique et confirme l’indispensable recherche d’un chemin nouveau.

Très rapidement les échanges qui ont lieu avec les citoyens et militants présents dans la salle confirment la pertinence des propos des intervenants. Les interventions tournent autour de la construction d’une nouvelle constitution, de rapports nouveaux avec les représentants élus, de la part qu’il convient de laisser à la démocratie participative, etc. Plusieurs personnes s’en prennent à la loi NOTRE qui déconstruit les rapports de démocratie de proximité. Dans cette logique un syndicaliste rappelait le besoin de services publics de qualité dans nos territoires et la lutte en cours pour le maintien d’un transport ferré et contre la fermeture des gares (en particulier celle de Souillac). Un militant du PG (qui au dernier moment s’était retiré de l’organisation de cette réunion) s’interrogeait sur la réalité d’une crise au sein du Front-de-Gauche. Un militant d’EELV pensait indispensable de redonner de l’importance aux élections législatives en commençant par inverser par exemple le calendrier électoral. Etc.

Si l’implication de tous dans les changements démocratiques indispensables est une nécessité, cette réunion était une première étape dans ce processus. Mais il s’agira d’aller plus loin et plus vite. En tout cas, la mobilisation citoyenne est incontournable.