Avant de rentrer dans le détail de ce rapport, j’ai envie de préciser deux points. Premièrement, l’instance CGEDD est née de la fusion du Conseil général des ponts et chaussées et du Service de l’inspection générale de l’environnement. Elle « donne des avis, rendus publics, sur les évaluations des impacts des grands projets et programmes sur l’environnement et sur les mesures de gestion visant à éviter, atténuer ou compenser ces impacts ». Deuxièmement, pour avoir dans une vie antérieure participé à l’élaboration de tels dossiers de ZAC, il me faut rappeler que l’objectif d’un aménageur (généralement une collectivité) sera de vendre des terrains (et des droits à construire dessus) une fois ceux-ci viabilisés. Ainsi, dans cette logique de revente indispensable de TOUS les terrains aménagés, à un prix qui permettra d’amortir les sommes investies (et donc au final de ne pas avoir un bilan d’opération en déficit), il va falloir trouver un juste équilibre entre la dure loi du marché (qui vous oblige à vendre au prix le plus bas avec un minimum de contraintes) et l’affichage « écolo » qu’il vous faudra avoir auprès des décideurs politiques pour les convaincre que votre projet est le meilleur. En caricaturant, l’exercice consiste à faire croire que vous allez vendre une chemise en soie naturelle cousue main, alors que vous savez parfaitement que vos clients vont essayer de vous l’acheter au prix d’une chemise en synthétique fabriquée au Bangladesh ! Un exercice complexe donc. Au niveau où nous en sommes, ici bien en amont, le maître d’ouvrage va s’efforcer de convaincre qu’il fait bien, mais en restant flou, car c’est comme pour « les promesses électorales » les électeurs risquent de vérifier si, une fois élus, vous les respectez.

Regardons maintenant ce que nos « sachants » ont débusqué dans ce projet à travers trois exemples !

Premièrement, ils constatent que le projet de ZAC date de 2006, qu’en 2010 un décret met en place le métro du Grand Paris et qu’en 2011 débarque l’hypothèse EuropaCity qui elle va faire l’objet d’un débat public entre le 15 mars et le 30 juin 2016. On va donc avoir Immochan (associé maintenant à Wang) en situation, à l’issue du débat public, d’avoir à modifier son projet (voire d'y renoncer comme l’évoque l’Autorité), et en conséquence, bouleverser l’équilibre économique de l’ensemble. Un reproche analogue est fait sur la question des dessertes, dans la mesure où l’aménagement intègre l’existence d’un pôle gare qui doit mettre en correspondance la ligne 17 et la version ferrée du fameux barreau de Gonesse (dont tout le monde sait qu’il ne se fera pas de sitôt !) Au final l’Autorité environnementale s’interroge sur la raison qui a poussé l’EPAPF à ne pas regrouper dans un seul dossier soumis au débat public : la ZAC proprement dite, EuropaCity et le volet déplacements (ligne 17, barreau ferré, gare). D’où la remarque de l’Autorité qui considère « que cette approche n’est pas de nature à garantir de façon optimale le respect du principe de participation du public, plusieurs consultations étant conduites en parallèle sur des projets intimement liés, sur la base d’informations incomplètes, laissant penser que leurs autorisations peuvent être prises indépendamment les unes des autres. » Mazette, on aurait donc essayé de nous rouler, de nous carambouiller ?

Deuxième exemple, sur le plan énergétique, plusieurs scénarios, fondés sur des besoins de chaleur, de froid et d’électricité, sont faits, avec en arrière-plan l’affichage volontariste d’EuropaCity d’avoir 100 % des besoins en énergie produits sur place ! Ce principe posé, il faut admettre que le projet est énergivore : il consomme au total 267,2 GWh/an, dont 60 % par EuropaCity. Cela conduit, pour fournir les deux, à produire 55 % des besoins en énergie hors Triangle de Gonesse et bien entendu sans préciser les moyens (et les lieux d’implantation) pour atteindre cet objectif ! Plusieurs scénarios sont alors développés par l’EPAPF, sans que des conclusions claires soient tirées, et l’Autorité de recommander au maître d’ouvrage « de compléter le volet énergie [de préciser] le scénario retenu [...] et le raisonnement qui conduisent à le privilégier [mais aussi] de préciser le type d’installations qui seraient nécessaires à sa mise en œuvre, les emprises réservées dans le territoire de la ZAC pour leur réalisation, et leurs impacts ». Travail incomplet donc, à revoir !

Pour finir, je voudrais aborder la question les émissions de gaz à effet de serre. Permettez-moi de rappeler, avant de développer, que la France s’est fixé comme objectif de diviser ses émissions par 4. Sur ce point, l’Autorité commence par nous apprendre que le bilan des émissions dans l’état actuel semble avoir « été oublié » ! Du coup elle « recommande de rappeler en contexte les émissions de gaz à effet de serre des activités voisines du Triangle de Gonesse » et notamment des aéroports. Malgré cet oubli, l’étude évalue les émissions du projet à environ 195 000 tonnes équivalents CO2/an soit approximativement ceux d’une ville de 30 000 habitants. Sauf que là aussi, l’aménageur va minimiser l’impact des gens qui vont se rendre au travail (dont 50 % seulement en voiture !), mais aussi et surtout à EuropaCity. Ce dernier « étant en partie destiné à attirer des touristes de toutes origines, et compte tenu du choix d’implantation à proximité de deux aéroports, une partie de la clientèle devrait aussi générer des émissions, en cas de voyage à destination du site ». Du coup l’Autorité « recommande de préciser la part des émissions de gaz à effet de serre supplémentaires liée aux déplacements aériens ou terrestres et principalement motivée par la venue à EuropaCity. » Et de recommander « de mettre en place des mesures de réduction ou le cas échéant de compensation des émissions de gaz à effet de serre induits par le projet, en cohérence avec la politique nationale du facteur 4 et du schéma régional climat air énergie d’Île-de-France. » Cela s'appelle « se faire recadrer ! »

Vous qui êtes opposés à ce projet « climatocide », je vous invite à lire attentivement ce rapport de l’autorité environnementale. Il est très accessible, bien qu’alambiqué, tant est sensible la difficulté qu’ont dû rencontrer les rédacteurs pour démolir à fleurets mouchetés ce « machin » par ailleurs soutenu par Président Hollande !

Je n’ai traité que trois sujets (que par ailleurs je ne maitrise pas trop mal), mais de nombreux autres sont abordés :

  • les infrastructures de déplacement (route et fer),
  • l’interaction avec les autres projets,
  • la « destruction de l’ordre de 210 hectares de sols agricoles de très grande valeur agronomique, et l’absence, pour l’instant, de garantie à long terme de la préservation des espaces agricoles voisins »,
  • l’eau avec l’imperméabilisation de 210 hectares de terres agricoles et la destruction de 3,5 hectares de zones humides,
  • le bruit car ne sont pas mises en perspective les expositions des futurs occupants de la zone aux bruits terrestres et aériens,
  • la qualité de l’air en particulier en quantifiant les populations futures exposées aux oxydes d’azote et aux particules fines,
  • etc.


Je n’enfonce pas plus le clou, au-delà d’un certain niveau cela devient méchant !
Il y a une formule pour exprimer cela : « On ne tire pas sur les ambulances ! »


Les liens :

  • Avis de l’autorité environnementale du Conseil Général de l’environnement et du développement durable quant à la création de la ZAC du Triangle de Gonesse (fichier PDF).