L’éducation et l’école sont pourtant essentielles dans cette situation de crise. Tout le monde s’accorde à dire qu’il s’agit d’un investissement à long terme. Mais le système libéral dans lequel nous vivons souhaite faire des économies sur ce qui est notre avenir et notre bien commun. Nous ne connaissons que trop bien leur objectif final : réduire l’État aux pures fonctions régaliennes (police, justice, défense, etc.) et privatiser tout le reste. Et donc, donner les rênes au monde des marchands.

La réduction des effectifs des enseignants est une des méthodes qui a été (et sera encore si l’on n’y met pas fin !) utilisée pour atteindre cet objectif purement comptable. Selon les chiffres officiels du ministère, le nombre d’agents de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur a diminué de 178 345 personnes entre 2000 et 2014. Si l’on ne prend en compte que les enseignants, leur nombre diminue à lui seul de 64 107 dans cette période ! La diminution la plus importante a été faite sous la présidence Sarkozy, puisqu’entre 2007 et 2012, 60 830 postes ont disparu, soit 94 % de la baisse totale. Comment s’étonner alors, que parmi ses multiples promesses, le candidat Hollande ait souhaité augmenter le nombre d’enseignants de 60 000 unités ! Mais, m’objecterez-vous, pendant ces 14 ans, quelle évolution de la population scolaire ? Entre 2000 et 2014, le nombre d’élèves (de la maternelle à l’enseignement supérieur) augmente de 3,76 % passant de 14,8 à 15,3 millions. Dans le secteur primaire, l’augmentation est du même ordre de grandeur et passe de 6,5 (2000) à 6,8 millions d’élèves ! Résumé : entre 2000 et 2014, la population scolaire augmente de l’ordre de 3,7 % et le nombre d’enseignants diminue de 6,4 % !

Pour les organisations syndicales, il est urgent de baisser sensiblement le nombre d’élèves par classe. C’est le cas pour le SNUipp-FSU : « De nombreuses études françaises et internationales […] livrent des conclusions éclairantes pour notre école : même si le lien reste complexe et lié aux pratiques pédagogiques, moins d’élèves par classe est égal à plus de réussite. […] Le rapport publié par l’OCDE indique qu’un grand nombre des pays ont intégré les résultats de ces études dans leur politique scolaire et ont engagé une baisse sensible des effectifs par classe au cours des quinze dernières années. A contrario, la France reste un mauvais élève. » En France, la solution ministérielle, pour résoudre ce manque d’enseignants, serait-elle de fermer les écoles rurales pour en affecter les maîtres là où les besoins s’en feraient sentir. Déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Ainsi dans le LOT, le gouvernement ferme six écoles dans les communes de Vire-sur-Lot, Anglars, Condat (2 emplois retirés), Saint-Vincent-Rive-d’Olt, Le Boulvé. L’inspecteur départemental d’académie explique « Nous devions rendre six postes. C’était immuable. Dans une volonté d’équilibre, et en considérant que le Lot compterait 155 élèves en moins à la rentrée 2016 ». En fait, il s’agit d’un complexe jeu de chaises musicales : il retire 16 postes d’enseignants, en redistribue 10 et donc ferme 6 écoles. Si j’en crois le journal La Dépêche, c’est au total : « 18 postes [qui] ont été supprimés depuis 3 ans dans le Lot. L’inspecteur prévoit même 5 nouvelles suppressions pour la rentrée 2017. » Aujourd’hui, dans ce département, 3 communes sur 4 n’ont déjà plus d’école !

Devant cette situation, la riposte s’organise et des parents d’élèves, des élus et des citoyens du Haut-Ségala, après quelques manifestations, ont décidé d’occuper le devant de la sous-préfecture de Figeac pour plusieurs jours (la photo). Cette mobilisation n’est malheureusement pas la règle. Nombre de nos concitoyens ont complètement intégré cette logique de crise. Ils conçoivent parfaitement qu’il faut être économe, réfléchi, cohérent, « ne pas demander l’impossible », ne pas gaspiller, etc. Effectivement, le nombre d’élèves baissant, l’inspection a raison, il faut fermer des écoles. Les parents n’ont qu’à se déplacer et leurs enfants faire plusieurs dizaines de kilomètres pour aller en classe. Quant aux transports scolaires, ils sont encore aujourd’hui financés par les collectivités. Mais pourront-elles longtemps le faire dans cette logique de réduction budgétaire dont elles sont victimes ?

J’aimerais terminer ce billet, par une bonne nouvelle. Si j’en crois la presse : « Les sommes versées par les entreprises du CAC 40 à leurs actionnaires, sous forme de dividendes et de rachats d’actions, ont grimpé de 30 % l’an dernier à 56 milliards d’euros. » Tout le monde ne connaît donc pas la crise ! Notez toutefois que ces bénéfices redistribués ne sont que de 10 milliards inférieurs au budget 2016 affecté par l’État à l’Éducation nationale (65,72 milliards).

Elle n’est pas belle la vie ?