L’agriculture occupe encore une place importante en France. Elle représente 18 % de la production européenne et 16 % de la surface cultivée en Europe. Pour les produits phytosanitaires (les pesticides), il est le deuxième consommateur de l’Union (63,8 Mt et 66,7 Mt vendus en 2012 et 2013) après l’Espagne. Quant aux engrais azotés minéraux, notre pays vient en tête du classement.

L’étude a fait l’hypothèse que la France était une « ferme unique » et, à partir de là, regardé les flux d’azote entrants et sortants. Ce travail met en exergue des pertes considérables. Cette perte représente grossièrement la moitié de l’azote entrant. Plus significative : cette quantité (1,5 million de tonnes par an) est équivalente à 80 % de l'azote de synthèse que l’on rajoute. Du coup, on peut légitimement se poser la question de l’intérêt de ce surplus ! Cet azote disparaît soit parce qu’il se volatilise dans l’air, soit par lixiviation ou ruissellement dans l’eau (l’ion nitrate étant très soluble). L’ensemble de l’azote produit par l’agriculture elle-même peut être recyclé (purins, fumiers, déchets ménagers, etc.), par contre les engrais azotés de synthèse, s’ils ont permis des rendements bien plus élevés, sont en contrepartie à la base d’une énorme pression environnementale. Pour les pesticides, si leurs tonnage vendu globalement baisse, leur efficacité augmente. Cela a eu pour conséquence la recherche d’un indicateur plus pertinent : le « nombre de doses unités » (NODU), retenu dans le plan « Écophyto ». Sur la période 2009-2012, cet indicateur est plutôt stable.

Les conséquences environnementales de l’usage agricole des produits phytosanitaires et des engrais azotés sont importantes. Les nitrates sont présents dans la majorité des nappes phréatiques métropolitaines. Des teneurs supérieures à 50 mg/L (norme maximale admissible pour l’eau potable) sont mesurées dans le bassin parisien et en Bretagne. Les pesticides, eux aussi, sont détectés dans les eaux superficielles et souterraines de l’ensemble du territoire. Pour ce qui est de l’air, l’utilisation des engrais azotés a des conséquences en termes de pollution : ammoniac, particules fines et ultrafines, oxyde d’azote (NOx). Pour les seules NOx, l’agriculture en est responsable de 10 %. Entre 30 et 50 % des pesticides pulvérisés dans les champs se diffusent dans l’atmosphère. Pour ce qui est de l’enjeu climatique, on estime que l’utilisation d’engrais azotés constitue près de 10 % des émissions nationales de gaz à effet de serre. Enfin, comment ignorer les conséquences de l’usage des engrais azotés et des pesticides sur la biodiversité et sur la santé humaine ? Les études épidémiologiques ont clairement permis d’identifier des relations entre certaines maladies (en particulier chez les agriculteurs) et l’exposition aux pesticides.

Les dépenses induites par l’utilisation de ces produits sont très importantes. Pour les seuls engrais azotés, le coût social engendré se situe dans une fourchette comprise entre 0,9 et 2,9 milliards d’euros par an. Pour la seule pollution des milieux aquatiques, les dépenses liées à la dépollution des nitrates agricoles supportées par les services de l’eau et de l’assainissement se situeraient entre 280 et 610 millions d’euros. Pour les traitements liés aux produits phytosanitaires, la fourchette serait entre 260 et 360 millions d’euros par an. Il pourrait également y être ajouté les dépenses indirectes pour les ménages (achat d’eau en bouteille, coût des contentieux communautaires, etc.). Comme le précise le Monde, cette étude n’intègre pas, par exemple, « les quelque 2 millions d’euros du ramassage des algues vertes dopées par les nitrates, soit 50 000 à 100 000 mètres cubes chaque été. »

La réglementation sur les nitrates s’appuie en particulier sur la directive européenne de 1991. Sauf que la France est régulièrement condamnée par la Cour de justice de l’Union européenne, pour son incapacité à améliorer la qualité de ses eaux et à la respecter. C’est la Commission européenne qui a fini par porter cette affaire devant la justice, estimant que notre pays ne traite pas correctement cette question. Les plans « Ecophyto » successifs doivent encadrer la consommation de pesticides. Pour celui en cours d’élaboration, la FNSEA nous explique que « réduire l’utilisation des produits phytosanitaires de 25 % en 2020 et de 50 % en 2025 est irréaliste. »

Pourrait-on revenir à une agriculture plus respectueuse de la nature, de l’homme, des agriculteurs ?

Les liens :
Le rapport intitulé : « Les pollutions par les engrais azotés et les produits phytosanitaires : coûts et solutions ».