Un accord de partenariat a été conclu, le 30 novembre dernier, entre la ministre de l'Éducation nationale et le PDG de Microsoft France. Par cet accord, l’État va donc mettre tout en œuvre pour que cette entreprise puisse avoir libre accès aux élèves et enseignants de ce pays. Contre la modique somme de 13 millions d'euros, le groupe Microsoft s’est payé tout cela ! Ami(e) lecteur(trice), vous me direz que 13 millions d'euros (14,175 millions de dollars) c’est une grosse somme ! Que nenni, cela ne représente que 2,8 millième du bénéfice de Microsoft qui culmine à 4,98 milliards de dollars : une broutille donc !

Et que récupère, en échange de cette somme, la firme créée par ce bon Bill Gates ? Un partenariat d'une durée de 18 mois avec l'Education nationale autour de 5 axes :

  1. Une « Charte de confiance », pas encore finalisée au moment de la signature « permettant d'assurer la protection de la vie privée et des données personnelles des élèves et des enseignants ».
  2. Plus intéressant, « l'accompagnement et la formation des acteurs du Plan numérique à l'École utilisant les technologies Microsoft, des cadres aux enseignants. »
  3. « La mise à disposition de solutions pour une utilisation pertinente, facile et optimale des équipements mobiles ». En clair cela veut dire que Microsoft va héberger les données des enseignants et des élèves dans son « cloud » ! Sympa !
  4. « Une expérimentation pour l'apprentissage du code à l'école ». Microsoft va former les enseignants sur ses logiciels !
  5. Un plan d'aide de Microsoft aux acteurs de l'e-Éducation...
Rien que du bonheur donc pour la firme de Redmond qui a maintenant les deux pieds dans la place !


Le journal Médiapart nous explique en termes plus triviaux ce que Microsoft s'est offert avec ces 13 millions d'euros  : « En clair, pour une poignée de lentilles, ce gouvernement veut livrer enfants et enseignants pieds et poings liés à une entreprise coutumière de l'évasion fiscale à grande échelle, qui continue à pratiquer la vente liée dans un pays où cette dernière est illégale. Ajoutons que Microsoft se livre à un espionnage systématique de la population, que ses intérêts sont et ont toujours été d'enfermer les utilisateurs dans un écosystème totalement verrouillé au rebours des valeurs d'éducation et d'ouverture que prône l'EN et l'on comprendra la réaction outragée de centaines de professionnels et de dizaines d'associations et de syndicats à l'annonce de cet accord. » Le Point nous donne quelques chiffres. Avec cet accord, Alain Crozier (président de Microsoft France) « s'offre (on lui offre ?) sur un plateau 850 000 enseignants, 2 500 VRP (les chefs d'établissements chargés de mettre en place localement ces nouveaux outils forcément indispensables) et plus de 12 millions d'élèves, désormais cadenassés sous Windows, qui n'est pas le plus libre ni le plus opérant des systèmes. Formatés par Windows, auront-ils plus tard le choix de le quitter ? »

D’où la réaction indignée de douze organisations regroupant des associations de la mouvance du logiciel libre et plusieurs syndicats de l'éducation. Ceux-ci évoquent une « véritable mise sous tutelle de l'informatique à l'école », par Microsoft. Ils continuent : « Ce partenariat est d'autant plus regrettable qu'il va à l'encontre des objectifs de l'école, et témoigne d'une absence de volonté politique de promouvoir la diffusion et l'appropriation par tous de la connaissance et des savoirs. [...] Une volonté politique affirmée aurait pourtant pu mettre en avant des solutions en logiciel libre, respectueuses des libertés de chacun, des standards ouverts et de l'interopérabilité qui permettent aux élèves de progresser en informatique sans enfermement technologique ».

Cette volonté de livrer l’Éducation nationale au géant du logiciel n’est pas tombée du ciel. Elle a été préparée le lundi 9 novembre lors d’une réunion en tête à tête, à l’Élysée, entre François Hollande et Satya Nadella, l’actuel patron de Microsoft. Celui-ci posait sur la table de celui-là un engagement de 83 millions d’euros d’investissements. L’affaire était dans le sac. Le journal Le Monde de l’économie, note dans un article du 9 novembre : « Si les grands patrons ont l’habitude de rendre visite au locataire de l’Élysée, quelle que soit sa couleur politique, la tendance s’est accélérée sous la mandature de François Hollande, et les chèques se sont multipliés. Cette année, le chef de l’État a reçu le patron de l’éditeur de logiciels SAP, Bill McDermott, et deux fois le patron de Cisco, John Chambers. Le premier a promis d’investir 100 millions d’euros dans les start-ups françaises, le second 200 millions. En parallèle, Facebook, Intel, Samsung et Salesforce ont ouvert de nouveaux centres de recherche à Paris. Des annonces dont le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, qui s’est rendu à plusieurs inaugurations, s’est réjoui. »

Le mirage du numérique fait ses effets. Nos élèves ont aussi besoin d'enseignants, pas que de machines fonctionnant sous Windows. On aurait au moins pu mettre Microsoft en concurrence avec les fournisseurs de logiciels libres — Linux, entre autres. Mais c'eût été moins juteux pour Microsoft.

Le présent billet a été écrit sur une machine fonctionnant uniquement sous Linux (Kubuntu pour être précis). Pour arriver à ce résultat il faut, dans un premier temps acheter un ordinateur qui a donc (par défaut) Windows comme système d’exploitation (c’est le côté vente forcée qui a tant profité à Bill Gates). Dans un deuxième temps, désinstaller Windows et réinstaller à la place Linux ! Il faut reconnaître que peu de personnes se lancent dans l’aventure !

On apprend aujourd’hui dans la presse, que Microsoft vient d’accepter de régler 8,7 millions d'euros d'impôts sur les sociétés à l’État français, ce montant concernant les années 2003 et 2004 ! La situation de ce contribuable semble s’assainir pour ces dernières années puisqu’il avait payé plus de 72 millions d'euros au Trésor en 2014 pour des irrégularités commises sur plusieurs exercices ! C’est triste la vie de contribuable, mais bon, il y a des compensations.

Les liens :

  • Le texte de l'accord avec Microsoft sur le site du ministère.
  • Le communiqué de presse de Microsoft France.
  • La pétition lancée par un certain nombre d'organisations sur le site d'April.