Avant de rentrer dans le vif du sujet, je vais revenir sur une idée que j’ai un peu développée dans mon précédent article. Il est clair que nos concitoyens sont souvent en état de dépendance dans leurs modes actuels de consommation. Depuis leur tout jeune âge, on leur explique qu’il n’y a point de statut social digne en dehors d'un gros 4x4 (ou d'une Golf GTI), que leur « pouvoir d'achat » est le signe de leur humanité et que le PIB de leur pays est l'unique indicateur de leur bonheur. Aussi, l’habitant de notre belle contrée a du mal à entendre que si tout le monde vivait comme lui, il lui faudrait quatre planètes terre ! Or il n'en a qu'une ! Des voix s'élèvent pour lui expliquer que pour permettre aux autres et à ses enfants de vivre, il va falloir se conduire autrement ! Cette perspective l’effraie, lui fait peur. Dès lors il est prêt à entendre ces fausses solutions que le système lui propose. Les ingénieurs et les économistes doivent bien avoir dans leurs cartons des inventions qui vont lui permettre de ne rien changer et de vivre, comme avant, sans dérèglements climatiques !

Première solution
 : mon contradicteur me dit : « La captation du carbone : pourquoi serait-ce une idée idiote ? Des gens très sérieux se sont penchés sur la question, et de vraies solutions sont envisageables dans ce domaine là. Mais c'est bien de dénigrer ces solutions et de les laisser dans l'obscurité, c'est ça le pouvoir ? »

Le « captage et le stockage de carbone » consistent à capter le dioxyde de carbone (CO2) émis par les centrales électriques thermiques ou les installations industrielles, à le transporter vers des sites adaptés et à l’injecter dans des formations géologiques profondes dont il ne peut plus s’échapper. L'Europe a d'ailleurs élaboré une directive sur ce sujet : Directive 2009/31/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 avril 2009 relative au stockage géologique du dioxyde de carbone). Le principe suppose que l'on puisse capturer facilement ce gaz. On va donc privilégier les grosses installations industrielles : sorties de chaudière, de centrale ou de turbine. La récupération du CO2 lié aux transports et à l'habitat est trop complexe voire impossible, car les lieux d'émission sont trop diffus. Les importantes sources industrielles visées représentent de l'ordre de 20 % des émissions du pays selon l'ADEME (estimation 2012).
En 2005 le GIEC pensait que cette solution technique pourrait concerner entre 10 et 55 % de nos émissions. C'est une technique chère, toujours selon l'ADEME (avis de 2013) « le coût de la filière captage et stockage de carbone est évalué à 60 euros en moyenne par tonne de CO2 évitée, dont les deux tiers pour le seul captage ». Pour Greenpeace, la technique du CSC (captage et stockage de carbone), présente un certain d’inconvénients :

  • Il n’est pas, à ce jour, techniquement au point et ne sera pas vraiment disponible à grande échelle avant 2030.
  • Il est très consommateur en énergie. Il pourrait consommer entre 10 et 40 % de l’énergie produite par la centrale sur laquelle il serait mis en œuvre.
  • Le stockage du carbone en souterrain présente des risques et il est impossible de garantir l’absence totale de fuite.
  • Il coûte cher et risque de doubler le coût de fonctionnement d’une centrale et les montants mis en œuvre réduiront d’autant les crédits qui pourraient être consacrés aux autres investissements pour les énergies renouvelables.
  • Pour l'instant, il n’est pas complètement maîtrisé et laisse planer trop de risques pour la santé, les écosystèmes et le climat.


Deuxième solution : « Le marché du carbone. Ben oui, c'est de l'économie première année et, le pire, c'est que ça pourrait très bien marcher. Il y a des gens pas bêtes du tout (dont un Nobel français) qui défendent cette idée, et non, ils n'ont pas vendu leur âme au grand capital. »

Le « marché du carbone » est un mécanisme mis en place en 2005 par le protocole de Kyoto. Le principe est censé être vertueux. On affecte à chaque entreprise un droit à émettre des gaz à effet de serre. Si en fin d’année elle en a moins émis que prévu, elle peut vendre ses « droits à polluer » à une autre entreprise qui aurait été moins vertueuse. Tout cela se fait sur un marché (une sorte de Bourse). Enfin tous les ans, chaque entreprise va voir ses quotas diminuer. L’Europe a été une des premières à lancer son marché carbone et a créé, pour ce faire, l'ETS (European Trading Scheme). Ce marché concerne plus de 11 500 installations (production d’électricité, cimenteries, aciéries, papeteries) responsables d’environ 50 % des émissions de CO2 dans les 28 États membres de l’Union. Dans la réalité le marché a souffert de nombreux dysfonctionnements (fraude à la TVA, vol de quotas, etc.) et de la crise économique, ce qui a entraîné une forte chute du prix de la tonne de carbone. Les concepteurs envisageaient un prix à 30 € la tonne et les experts estimaient que son prix ne pouvait descendre en dessous des 20 € pour que le système soit efficace. Pourtant le prix de la tonne stagnait à 5 € en 2012, et début 2015 elle approchait les 7 € pour grimper à 8,37 € le 13 novembre dernier. Cette situation fait que le « marché du carbone » est de plus en plus critiqué.

Vu ce que je viens de vous conter, pensez-vous que mon contradicteur ait raison ? Le système économique, dans une logique de profit à court terme, n'aime pas les solutions de réduction de nos consommations, de sobriété, voire de décroissance. Il faut bien admettre qu'il en est de même pour le français moyen, lui qui voudrait bien ne rien changer à ses habitudes.

Les fausses solutions comme le « captage et le stockage de carbone » ou le « marché carbone » seront donc encore longtemps défendues. Remarquez, il n'y a pas si longtemps de cela que Claude Allègre mettait en doute l'idée même d'un réchauffement climatique lié aux émissions de gaz à effet de serre.