Les personnes qui introduisent le débat rappellent les grands principes de fonctionnement de cette coopérative dont le conseil d’administration comprend donc des représentants de différents collèges : celui des usagers (des consommateurs), des producteurs, des collectivités locales et bien sûr des salariés. À côté de la coopérative, une association « les amis d’Enercoop » développe des actions de solidarité et de lutte contre la précarité énergétique.

La première table ronde de cette conférence avait pour vocation de montrer quelques exemples de mise en œuvre d’une énergie citoyenne, « décentralisée et démocratique pour la transition énergétique ».

  • Érik Christiansen, président de « Middelgrundens Vindmøllelaug » au Danemark, présentait le premier exemple, celui de cette société coopérative (8 600 coopérateurs) qu’il dirige. Elle gère et exploite un parc de 10 éoliennes en mer, de 2 MW chacune. L’électricité produite alimente 45 000 habitants.
  • Gijsbert Huijink est le gérant et un des fondateurs de « Som Energia », une coopérative espagnole d’une ville située à une centaine de kilomètres de Barcelone, qui a atteint en 2 ans 10 000 adhérents. Bien que le gouvernement espagnol limite en 2012 le prix de rachat d’électricité, la coopérative décide la construction d’une première centrale photovoltaïque, dans laquelle 16 000 personnes ont investi malgré un retour sur investissement médiocre. Elle va prochainement lancer 8 autres centrales photovoltaïques.
  • Ramsay Dunning est le Directeur de « Co-operative Energy » au Royaume-Uni. L’esprit coopérateur n’est pas nouveau dans ce pays puisque la première coopérative date de 1862 ! Aujourd’hui « Co-operative Energy » a 250 000 clients. Elle ne produit pas, mais achète de l’électricité renouvelable à des sociétés coopératives de production. Dans ce pays aussi, le gouvernement a mis en œuvre une politique de rachat de production électrique peu attractive.
  • Stephan Brandligt est adjoint au maire de Delft aux Pays-Bas et vice-président de l’association européenne « Energy Cities » qui a surtout une activité de conseil auprès de ses adhérents. En France, plusieurs dizaines de collectivités locales en sont membres, mais aussi une association (AMORCE) ou un syndicat comme le SIPPEREC. L’orateur pense qu’il faut développer la décentralisation de la production et de la consommation d’énergie. À son avis, cela favorisera la lutte contre la précarité énergétique. Enfin, il souhaite que les villes et les citoyens s’impliquent plus qu’ils ne le font dans la question énergétique.
  • Alain Caillé, professeur en sociologie de l’Université « Paris Ouest Nanterre La Défense », explique pour sa part comment, d’une manière générale, le cadre légal de nos pays est bien souvent défavorable aux projets citoyens. Pour se mobiliser, les citoyens doivent suivre des voies originales et inventer des démarches différentes. Il pense que les discours politiques traditionnels (capitalisme, socialisme, communisme, etc.) ne sont plus, à eux seuls, pertinents, et que la démocratie ne peut exister qu’à travers la mobilisation de la société civile. Il explique comment cela est compliqué pour des gens qui sont par ailleurs dans une situation d’addiction à la « consommation de produits ». L’apprenti citoyen se trouve pris dans des contradictions avec son envie de mettre en œuvre une société démocratique plus agréable à vivre où l’indicateur de bonheur n’est pas le PIB. En tout cas, il souhaite que le discours à tenir pour mobiliser ne soit pas catastrophiste, mais positif et mobilisateur.


Dans la seconde table ronde, il s’agissait de savoir, au-delà de la COP21, « comment promouvoir un rôle actif des citoyens dans la résolution des défis climatiques ».

  • La première intervenante, Alexandra Sombsthay, est responsable des politiques énergies renouvelables et Directrice générale Énergie de la Commission européenne. Elle admet que la réglementation européenne n’est pas en avance sur la question des productions citoyennes, les États ayant, peu ou prou, des structures centralisées de production sur leurs territoires. Toutefois, une proposition de réglementation est en cours de consultation et les citoyens peuvent participer au débat d’ici février 2016. Cette réglementation devrait être en place d’ici 2018. Elle développe par ailleurs l’idée que la production énergétique locale et citoyenne est source de paix.
  • Laurent Michel, Directeur général de l’Énergie et du Climat au Ministère de l’Écologie, développe l’idée que, pour ce qui est de la France, on ne va pas réécrire l’histoire ! Il explique que pour faire face au développement des énergies alternatives, on a beDirk Vansintjan est Président de la fédération « REScoop.eu » (qui met en réseau les principales coopératives) et fondateur de la coopérative belge de production Ecopower. Il pense qu’il faut se battre, au sein de chaque État, pour faire appliquer les directives européennes. Il explique que nos pays sont en état de dépendance énergétique, qu’il faut arrêter de nous tourner vers l’Arabie Saoudite ou la Russie et, pour ce faire, réinvestir le champ du local.
  • Pascal Husting, Directeur des programmes de Greenpeace International, explique que Greenpeace a accompagné la création d’Enercoop en France. Lui aussi pense qu’une logique de production énergétique citoyenne et locale est de nature à décrisper et pacifier les relations humaines et pense que c’est important dans la situation de crise actuelle.

La ministre Ségolène Royale passera en « coup de vent » en fin de réunion (dans un tourbillon de gardes du corps et de photographes) pour « dire bonjour » et assurer que son gouvernement travaille sur ces questions ! (Je sais, je suis méchant !)

Personne ne répondra à deux questions, posées par le public, qui me semblent importantes :

  • Le rôle de TAFTA et de l’OMC dans la production énergétique citoyenne ?
  • Qui travaille sur le rapport fait par l’ADEME sur la possibilité d’avoir un mix énergétique 100 % renouvelable en France ?

Ce sont pourtant de bonnes questions, non ?

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