Nous sommes en 1789. Les États généraux, convoqués par Louis XVI le 24 janvier, ne vont se réunir à Versailles que le 5 mai. Ces États généraux rassemblent, dans des lieux différents, les députés du clergé (291), de la noblesse (270) et du tiers état (578). Le 6 mai, l’assemblée du tiers état prend le nom d’« Assemblée des communes ». Rapidement, quelques rares représentants du clergé vont les rejoindre. Devant l’absence de réaction de la majeure partie des « privilégiés », les députés du tiers état se constituent alors en assemblée délibérante puisqu’ils représentent « les quatre-vingt-seize centièmes au moins de la nation ». Le roi, sentant alors les choses lui échapper, fait fermer la salle. En réaction, les députés se réunissent dans la salle du jeu de Paume et décident le 20 juin de se transformer en une « Assemblée nationale constituante ». Ladite assemblée siégera du 9 juillet 1789 au 30 septembre 1791. Parallèlement, à Paris, la révolte gronde. Le 14 juillet, c’est la prise de la Bastille, le 4 août l’assemblée décide l’abolition de la féodalité et le 26 août elle publie la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et s’engage dans la rédaction de la constitution. Après les journées des 5 et 6 octobre 1789, au cours desquelles le Roi signe enfin la publication des premiers articles de la constitution et de la Déclaration des droits, les Parisiens font revenir Louis XVI et la famille royale à Paris, aux Tuileries et installent l’assemblée dans le Manège du palais.

Pendant la représentation, les spectateurs que nous sommes se retrouvent pour l’essentiel du temps dans la situation même des députés de cette assemblée constituante, les acteurs professionnels (jouant le rôle des députés) intervenant depuis la salle (qui est alors éclairée). Plus rarement, ils se retrouvent dans une situation plus traditionnelle, le spectacle se déroulant alors sur scène. C’est par exemple le cas quand est rapportée la situation dans les assemblées citoyennes des quartiers de Paris ou encore quand on représente ce qui se passe à la Cour. En général les acteurs interprètent plusieurs rôles. La pièce dure 4 heures 20 avec 2 entractes de 10 minutes. À part le nom du Roi (Louis XVI), les personnages (y compris le Premier ministre) ont des noms inventés. Ainsi, les férus d’histoire ne pourront rapprocher un nom d’un propos. En plus ils sont habillés comme ils le seraient aujourd’hui, renforçant encore l’idée d'un propos intemporel, déconnecté de l'époque.

Tout cela s’inscrit bien dans la démarche que l’auteur explique ainsi : « Il ne s’agit pas d’une pièce politique, mais d’une pièce dont le sujet est la politique ». Le Théâtre des amandiers ajoute : « Dans un monde bouleversé par les printemps révolutionnaires, alors que l’Europe est secouée par le retour des nationalismes et la radicalisation, l’auteur et metteur en scène interroge l’histoire de la Révolution française. Comment s’emparer de cette matière historique bouillonnante élevée au rang de mythe et éclairer ses liens avec notre présent ? (La pièce) s’intéresse au processus révolutionnaire plutôt qu’aux héros, observe les mécanismes qui régissent l’action des individus, insiste sur la dimension collective de l’action politique. » À noter que Pommerat a travaillé à partir de textes historiques et s'est adjoint un historien spécialiste de la période, Guillaume Mazeau (Institut d’histoire de la Révolution française).

Pour bien montrer l’intemporalité de la question politique et allant jusqu’au bout de la démarche, Pommerat tisse constamment des liens « visibles » (voire soulignés ?) avec la réalité. Trois exemples pour illustrer ce propos.

  • Dès les premières répliques de la pièce, le Premier ministre, s’adressant au Roi : « je ne vous cacherai pas que notre principale préoccupation aujourd’hui est d’augmenter considérablement les revenus de l’État qui n’ont cessé de se dégrader... » et de proposer une réforme fiscale révolutionnaire où l'impôt serait proportionnel aux revenus ! Les préoccupations de Louis XVI seraient-elles proches de celles de Hollande ?
  • La députée du Tiers, Madame Lefranc (« gauche radicale ? ») interpelle le député Gigart (« centriste ? ») qui vient d’affirmer qu’il y aurait deux peuples, le bon et le mauvais : « Je vous rappelle simplement que si nous en sommes arrivés là où nous en sommes, c’est grâce à la désobéissance de ce mauvais peuple que vous accusez aujourd’hui, grâce à sa force, son énergie, une brutalité aussi parfois, en réponse à une autre brutalité, une brutalité policière, une brutalité sociale, qui s’est exprimée contre lui pendant des années et des années ». Éclat de rire dans la salle qui a, bien entendu, fait le lien avec la chemise du DRH d’Air France !
  • Un député de Paris est appelé, par son comité de quartier, à rendre des comptes sur son activité. Il découvre alors le fossé qui le sépare des demandes et des besoins de ses électeurs. Est bien entendu posée la question de la représentativité des élus, et plus largement de l’écart entre la démocratie représentative et participative.

Des exemples, comme ceux-ci, on en trouvera tout le long de ce spectacle.

Il me semblerait indispensable d'obliger chaque parlementaire à le voir ! Et vous courez-y, pour améliorer votre réflexion politique !

En tout cas, si vous voulez le voir, sachez que la tournée passe par les villes suivantes : Cergy-Pontoise, Le Havre, Villeurbanne, Chambéry, Marne-la-Vallée, Mulhouse, Lille, Grenoble. Plus particulièrement, je signale à mes amis qui se sentiraient concernés qu’il sera du 8 au 28 janvier 2016 au « Théâtre national populaire » de Villeurbanne et du 16 au 27 mai à la MC2 de Grenoble.

Joël Pommerat :

Joël Pommerat (52 ans) est un auteur et metteur en scène qui aime se définir comme « auteur de spectacle » et monte généralement ses propres textes. Il fonde la compagnie Louis Brouillard en 1990. À partir de 1997, il est accompagné et soutenu par le Théâtre Brétigny et le Théâtre Paris-Villette. De 2005 à 2008, Joël Pommerat est en résidence à l’Espace Malraux de Chambéry, puis , de 2007 à 2010 à l’invitation de Peter Brook. Depuis septembre 2010, il est artiste associé à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, et depuis 2014, il fait partie de l’association d’artistes de Nanterre-Amandiers sur l’invitation de Philippe Quesne et Nathalie Vimeux, .

Distribution :

  • Mise en scène : Joël Pommerat.
  • Comédiens : Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Yannick Choirat, Eric Feldman, Philippe Frécon, Yvain Juillard, Anthony Moreau, Ruth Olaizola, Gérard Potier, Anne Rotger, David Sighicelli, Maxime Tshibangu, Simon Verjans, Bogdan Zamfir, (en cours) scénographie et lumière Eric Soyer.
  • Costumes : Isabelle Deffin.
  • Son : François Leymarie, Grégoire Leymarie.
  • Création musicale : Antonin Leymarie.
  • Construction décors : Thomas Ramon – Artom.
  • Direction technique : Emmanuel Abate.
  • Dramaturgie : Marion Boudier.
  • Collaboration artistique : Marie Piemontese, Philippe Carbonneaux.
  • Assistante : Lucia Trotta.
  • Conseiller historique : Guillaume Mazeau.
  • Assistants dramaturgie et documentation : Guillaume Lambert, Marie Maucorps.
  • Production : Compagnie Louis Brouillard — Coproduction Théâtre Nanterre-Amandiers, LE MANÈGE MONS, Théâtre National Communauté Française Bruxelles, Théâtres de la Ville de Luxembourg, MC2 : Grenoble, La Filature Mulhouse, Espace Malraux Chambéry, FACM — Festival théâtral du Val d’Oise, L’apostrophe Cergy-Pontoise & Val-d’Oise, Centre National des Arts Le Canada en scène, Le Volcan Le Havre, etc.


Les liens :

— Joël Pommerat sur Wikipedia.
Louis XVI sur Wikipédia.
— L’assemblée constituante de 1789 sur Wikipédia.