Comment empêcher, décourager ces militants, ces citoyens, conscients que rien d'important ne se dira lors de cette grande messe onusienne, mais convaincus qu’il faut faire quelque chose. Comment faire en sorte qu'ils ne puissent trop bruyamment « reprendre la main », montrer les alternatives et même manifester et dénoncer ce système à la recherche du profit immédiat ? Pour ce faire, le gouvernement et ses alliés sociaux-démocrates mettent manifestement en place plusieurs niveaux de réponse.

Menacer et stigmatiser les militants...


Lorsque le 20 juillet dernier, le tour Alternatiba était passé de France en Allemagne, la police allemande, à la demande expresse du gouvernement français, avait contrôlé l’identité de tous les cyclistes présents, avec menaces en cas de refus de leur part ! Ces militants avaient finalement accepté de décliner leur identité pour ne pas retarder le périple ! Ironie ou stupidité, dix jours avant cette menace la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, avait attribué le label « COP21 » au Tour Alternatiba ! Belle incohérence !

Interdire l’entrée sur le territoire national des militants étrangers...

Plus on se rapproche de l’événement, plus ce gouvernement, aux aguets, à la crédibilité fragile, renforce les mesures de sécurité. Il vient de rétablir les contrôles aux frontières pendant la durée de la COP21, pour se prémunir « en cas de menace grave pour l’ordre public ou la sécurité intérieure ». La menace terroriste serait-elle visée ? Pas du tout : sont visés d'éminents membres de la société civile, mobilisés sur les questions climatiques, qui eux, ont des choses à dire. Juliette Rousseau, porte-parole de « La Coalition climat 21 », pointe par exemple la difficulté d’obtention des visas pour plusieurs militants venant de pays du Sud. Le journal BASTA cite le cas du président d’ATTAC Togo qui vient d’essuyer un refus : « Son déplacement ne serait pas motivé ! » alors qu’il avait une invitation à la fois de la Coalition et d’ATTAC France. Autre exemple, celui de Mouhad Gasmi, à la pointe du combat contre les gaz de schiste en Algérie. « Le 21 octobre, ce militant se rend au consulat de France à Alger, muni de l’invitation de la Coalition Climat 21, pour faire sa demande de visa. Le consulat lui accorde bien un rendez-vous, le 5 janvier 2016, soit un mois après la fin de la COP 21 ! » Là encore, prenant conscience de la stupidité de tels agissements, le gouvernement recule et finalement ils pourront venir !

Rendre difficile (voire impossible) leur hébergement !


La question de l’hébergement est d’importance. Près de 40 000 personnes sont attendues dans la capitale. Là encore, la Coalition Climat 21 demande depuis des mois plus de 20 000 places (gymnases, auberges de jeunesse, etc.). « Pour le moment, on nous assure à peine 1 000 places, et la Ville de Paris traîne des pieds », explique Juliette Rousseau alors que « les logements vides ne manquent pas. » En mars dernier, les élus des grandes villes et des départements avaient assuré mettre en œuvre des solutions. Anne Hidalgo par exemple s’était engagée à être « exemplaire en termes d’hébergement. » Mais les promesses ne sont pas tenues. Du coup, certaines ONG envisagent de remettre en cause leur venue. Si l’on sait mobiliser plusieurs dizaines de millions pour organiser les Jeux olympiques, on ne sait pas en rassembler quelques milliers pour héberger les militants de province ou de l’étranger. Pour l’instant, en région parisienne, une seule ville, l’Île-Saint-Denis, va prêter un gymnase. Même Tremblay-en-France, qui se dit engagée dans les questions climatiques, sollicitée par mes soins, ne prêtera pas de gymnase.

Le moment venu, rendre la vie quotidienne de ces militants compliquée...

Si le territoire de la région Île-de-France est relativement bien irrigué par les réseaux de transport en commun, les déplacements en son sein sont complexes et coûteux, surtout pendant la COP21. Lors d’une première rencontre avec le STIF (syndicat des transports Île-de-France), la Coalition Climat 21 avait posé la question de la mise en œuvre d’une sorte de carte au prix adapté pour ce public militant. Là encore, échec : l’autorité de transport de l’Île-de-France ne bougera pas le petit doigt « ils n'ont qu'à acheter des cartes Navigo ! ».

Pris un à un, ces événements ne font pas sens et peuvent apparaître comme des actes individuels souvent risibles, mais rapprochés les uns des autres, cela devient politiquement cohérent. On peut en deviner la raison ! L'ensemble des associations, des syndicats et autres organisations, regroupés au sein de de la « Coalition climat 21 » sont convaincus que les gouvernements ne feront rien et que c'est maintenant aux citoyens de prendre en charge les questions du changement climatique.

Et cela, quelque part, doit inquiéter les tenants du système ! Vous ne le pensez pas, vous aussi ?

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