Alors que la loi sur la transition énergétique prévoit qu'en 2030, seulement 40 % de la production électrique soit d'origine renouvelable, l'étude de l'ADEME envisage des hypothèses plus radicales et manifestement crédibles. La totalité de l'électricité pourrait avoir pour origine une énergie renouvelable. Pour ma part, j'y vois une explication dans le retard mis dans sa publication. S'il avait été publié avant le débat parlementaire l'aurait-il bouleversé ?

Dans ce cadre politique biaisé par l'importance du lobby nucléaire, le président de l’ADEME, Bruno Léchevin, dans sa présentation, déploie mille et une précautions oratoires : « il s’agit ici d’une étude scientifique à caractère prospectif et exploratoire et non pas d’un scénario politique. » Il a raison, maintenant un débat politique s’impose donc dans les meilleurs délais.


Le travail publié par l'Agence et ses bureaux d'études est manifestement de qualité. Tout commence par la construction de scénarii prenant en compte : un approvisionnement électrique suffisant (quantité régulée heure par heure, sur un an et sur plusieurs hypothèses climatiques), un pilotage efficace des différents moyens de production et de consommation, une répartition entre les territoires adaptée (ventés, ensoleillés, etc.) et une mise en place du réseau de distribution et des installations de stockage qui conviennent. Le rapport se termine par l'évaluation à l'horizon 2050, du prix du MWh pour plusieurs taux d'énergie renouvelable (40 %, 80 %, 95 % ou 100 %), en fonction des évolutions technologiques futures et de la flexibilité de la demande et en prenant en compte les coûts annualisés de production, de transport et distribution, de stockage.

Suivant les hypothèses, le coût de l’électricité varie dans une fourchette de 103 € à 138 € le MWh. Les paramètres qui semblent les plus déterminants dans le calcul de ce prix sont manifestement l’acceptabilité sociale des solutions et l’évolution technologique. Par contre, en l’absence de contraintes spécifiques, on constate que la différence entre la solution retenue par la loi de transition énergétique (40 % d’énergie renouvelable) et la solution où la totalité proviendrait d’énergie renouvelable reste faible, en tout cas du niveau de l’imprécision du modèle, puisque l’on passerait de 117 à 119 €/MWh.

Il ne s’agit certainement pas de confondre cette étude prospective avec une étude détaillée de faisabilité. Toutefois, ce premier travail ouvre résolument la voie à la prise de décision et à la fixation d’orientations politiques ambitieuses en matière de fourniture électrique. C'est bien un acte politique qu'il faudra faire pour choisir entre ces diverses solutions celles qui devront être approfondies. En tout cas, maintenant nous ne pouvons plus dire qu'il n'y a pas de propositions pour assurer (dans un équilibre offre/demande, heure par heure, y compris dans conditions météorologiques défavorables) une fourniture électrique allant jusqu'à 100 % de ressources renouvelables ! Le lobby nucléaire doit donc cesser toute pression politique et des études de faisabilité approfondies doivent être immédiatement lancées.

Que conclure ? Ce premier exercice doit très rapidement se prolonger par un débat démocratique suivi d'une décision politique courageuse et le lancement d'une série d’études complémentaires de nature à construire et conforter les hypothèses retenues.


Manifestement la production d’un mix électrique issu en totalité d’énergie renouvelable est crédible, mais nos gouvernants auront-ils le courage politique de continuer ? La sortie d’une logique nucléaire est plus que jamais d’actualité.


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