Si j'en crois la presse, l'organisation de notre COP21 (du 30 novembre au 11 décembre 2015 au Bourget) représente une dépense estimée à 187 millions d'euros pour le budget de l'État ! Normal nous expliquait Laurent Fabius lors d'une conférence de presse le 27 mai dernier, c'est « le plus grand événement international jamais organisé sur le sol français ». Après discussion avec les Nations unies, il a été décidé d’appeler les grandes entreprises en renfort. Fabius le justifie ainsi « nous devons accueillir 196 délégations, plus de 40 000 participants. La moitié d’entre eux représentent la société civile : syndicats, ONG, mouvements de jeunesse, populations autochtones... sans compter les 3 000 journalistes. Et nous devons évidemment réussir à donner à ces deux semaines de rencontre une haute qualité environnementale. »

Une première liste de 20 sponsors, qui ont répondu présents, a rapidement été rendue publique. On y retrouve : Axa, Caisse centrale de réassurance (CCR), Generali, BNP Paribas, la Caisse des Dépôts et consignations, Suez Environnement, le SEDIF, Derichebourg, EDF, ERDF et Engie (ex-GDF Suez), Air France, Galeries Lafayette, Ikea, JCDecaux, LVMH, Michelin, La Poste, Renault Nissan, etc. Ensemble, ils devraient pouvoir couvrir de l’ordre de 10 % des dépenses. Mais rassurez-vous, le processus enclenché et la « soupe » ayant été servie, d'autres « acteurs économiques » devraient rapidement accourir. Il semblerait que Saint-Gobain, Publicis et Google aient déjà fait savoir qu’ils étaient prêts à être sur la liste.

La brochure « Devenir partenaire de la COP21 » sur le site officiel nous donne quelques éléments sur les avantages de devenir mécène de cette conférence :
« Votre Contribution vous permettra de bénéficier des avantages suivants :
— Une utilisation du visuel « partenaire officiel de la COP21 » pour vos supports de communication.
— Une visibilité forte sur le site internet (disponible en version française, anglaise et espagnole) et sur le site de la conférence au Bourget.
— Un accès privilégié aux espaces de rencontre et d’expression au sein de l’espace réservé à la société civile et la possibilité d’y organiser des événements parallèles sur la thématique du dérèglement climatique.
— Une participation à la cérémonie d’ouverture de la COP21 et aux réceptions offertes aux délégués par le pays hôte.
— Une participation à un dialogue privilégié sur les enjeux de la négociation, dans le cadre du « Cercle des amis » de la COP21, co-présidé par Laurent Fabius et Ségolène Royal.
 »
On comprend vite l'intérêt d'être dans le cercle restreint des entreprises qui vont sauver la planète et par là même auront l'occasion de voir leur participation défiscalisée à 60 % ! Silence vous dis-je, le client paie (vous ne pensiez tout de même pas que les actionnaires feraient des sacrifices ?) et le contribuable compense !

Je voudrais profiter de cet éclairage (le mot est bien choisi) pour maintenant zoomer sur le choix cornélien devant lequel se sont trouvés les services de l’État quand il a fallu choisir dans le cadre d'un partenariat public-privé (PPP) le « fournisseur officiel d'électricité de la COP21 ». En fait, deux candidats étaient en lice :

1. D'un côté Électricité de France (EDF), opérateur historique et aussi l’un des plus importants producteurs et fournisseurs d'électricité du monde (essentiellement présent en France, en Italie et au Royaume-Uni). Son chiffre d'affaires est de l’ordre de 73 milliards d'euros pour un résultat net de 3,7 milliards. Il compte 39,3 millions de clients. Longtemps monopole public nationalisé, EDF devient une société anonyme en novembre 2004. Pour l'ensemble du groupe, 54 % de la production provient de l’énergie nucléaire grâce à un parc composé de 58 réacteurs nucléaires en France et de 15 réacteurs au Royaume-Uni, 25 % est issue d’énergies fossiles (gaz, charbon ou fioul), ce qui laisse seulement 21 % en énergie renouvelable (hydraulique et éolien) !

2. De l’autre côté Enercoop, un petit nouveau (créé en 2005) fournisseur français d'électricité d'origine 100 % renouvelable. C’est une société coopérative d'intérêt collectif (SCIC) à capital variable, nouvelle forme d'entreprise qui s’inscrit dans le courant de l'économie sociale et solidaire. Cette société est financièrement en équilibre et n’a que 21 250 clients à travers le territoire, une dizaine de milliers de sociétaires et 86 producteurs d'électricité renouvelable. Enercoop avait naïvement supposé pouvoir fournir en électricité verte et éthique la COP 21 !

Sans surprise, vous vous en doutiez, c’est le « Mammouth à l’énergie pas propre » qui a été retenu et le « microscopique à l’énergie renouvelable » qui a été écarté ! Philippe Delacroix, ambassadeur en charge des partenariats public-privé au secrétariat général de la COP, a expliqué par courrier à la coopérative les deux raisons du choix d'EDF. Celui-ci « répondra aux besoins très importants de la COP21 en matière d’énergie électrique », mais cela Enercoop pouvait aussi le faire. Le vrai motif du refus vient alors : « la très substantielle contribution d’EDF a été placée sous le signe du mécénat, alors que cette option ne semble pas envisagée par Enercoop ». Quelle horreur, Enercoop n’avait même pas envisagé de mettre la main à la poche, de faire un petit quelque chose ?

Pour ma part, je trouve que cet exemple en dit long de l’esprit dans lequel se prépare notre Conférence climat 2015 ! Comme disent mes ami(e) s de la Coalition Climat 21 : « Si on ne fait rien, personne ne le fera à notre place ! »

Les liens :

  • Le site officiel de la COP21.
  • Le site officiel d’Enercoop.
    Le site officiel d’EDF.