Normal puisque c'est EDF qui a mis fin (le 23 décembre dernier) à l'existence de cette société, une filiale de « Recherche & Développement » d’EDF et de « EDF Énergies Nouvelles ». La présence de notre électricien national dans son capital n'était pas négligeable puisqu'il provenait pour 65 % d’EDF via ces deux filiales. En 2013, EDF avait d’ailleurs augmenté sa participation de 30 % à 65 %. Cette société, située près d'Aix-en-Provence, employait 77 salariés (dont 40 cadres et ingénieurs).

L'aventure avait commencé dans les années 90 dans divers laboratoires (CNRS, grandes écoles, universités) par un travail sur les filières photovoltaïques en couches minces. Au bout d'un long parcours, soutenu par l'Europe, l'ADEME ou l’ANR, ces recherches s'étaient consolidées sur le plan industriel pour se conclure, en 2009, par la création de la start-up Nexcis. Cet important processus de développement avait permis d'étroites relations avec le monde de la recherche et d’être ainsi continuellement à la pointe dans ce domaine. Avec le soutien d'EDF, les travaux de cette jeune entreprise remarquable débouchaient sur des produits innovants : une fenêtre du futur sur le vitrage de laquelle est déposée la couche photovoltaïque semi-transparente. Passionnant parce que cette fenêtre du futur pouvait aussi être intégrée dans un châssis préexistant (neuf ou de l’ancien). A noter son très faible impact en émission de gaz à effet de serre. Ces fenêtres intelligentes permettaient de générer de réelles économies et d’accéder à l’autoconsommation énergétique. En phase industrielle elle revenait à seulement 30 % de plus qu’une fenêtre classique double vitrage, mais en échange elle produisait de l'électricité.

Comment, malgré l'existence de ce procédé prometteur en est-on arrivé là ? Certainement, là aussi, la conséquence de la recherche de profits à court termes !
Dans un article publié dans Médiapart le 13 avril 2015, un certain nombre de chercheurs du CNRS (soutenant Nexcis), nous donnent de premières explications : « Les raisons qui ont conduit à cette situation sont connues et objectives. Il ne s’agit pas pour nous de les balayer d’un revers de main ; elles sont économiques, et nous les comprenons. À la base, il y a la réalité d’un phénomène de consolidation de l’industrie photovoltaïque en cours au niveau mondial. Celui-ci a entraîné une crise industrielle sans précédent partout dans le monde, en particulier en Europe et en France, qui a touché de nombreux acteurs ne pouvant faire face à la concurrence du marché. » Pour autant, dans le contexte actuel de retournement du marché du photovoltaïque, devant l'impérieuse nécessité de mettre en place la transition énergétique, la fermeture de cette start-up innovante est d'une formidable stupidité. En raison de sa « pertinence technologique, de son caractère fortement innovant, et de la qualité de ses équipes », il faut donner à cette entreprise les moyens d'exister.

Les organisations syndicales (la CGT) ont travaillé sur les conditions d'une reprise d'activité. Dans une lettre ouverte, qu'ils adressent à Jean-Bernard Lévy le PDG d'EDF en août 2015, ils lui en font part de leur déception devant l'attitude d'EDF et affirment : « Nexcis est donc une opportunité industrielle pour la France [...] sur ce marché dont les prévisions de croissance sont vertigineuses et dont le secteur d’activité est en ligne avec la loi de transition énergétique votée en juillet 2015. » Ils ont mis au point un projet de revitalisation dans le cadre d'un rapprochement entre Nexcis et Crosslux autre petite start-up (7 cadres chercheurs) voisine de la première et disposant pour sa part de partenariats forts avec l’industrie du bâtiment et du verre.

Les salariés ont estimé à 25 millions d’euros leurs besoins pour redémarrer. La BPI et une banque privée se disent prêtes à s’engager chacune pour 5 millions (10 au total), mais ne le feront que si les salariés trouvent les 15 millions restants. « Il faut donc que l’Europe, les collectivités locales et/ou l’État mettent la main à la poche ». Ils demandent enfin « à Nexcis de leur céder à l’euro symbolique, pendant 3 ans, l’exploitation des ASSETS (bâtiments, équipements, exploitation des brevets)... »

En tout cas, de nombreuses voix se mobilisent. Par exemple, la ville de Paris a émis un vœu ayant pour objectif de démarrer une expérience à grande échelle de tels panneaux dans les écoles de plusieurs capitales européennes. Un groupe politique de la région Île-de-France vient d’avoir une démarche analogue pour les fenêtres des lycées. D'une manière plus traditionnelle, l'action politique et syndicale s'organise (pétition en ligne, etc.).

Au-delà de ces soutiens, l’attitude d’EDF (maison-mère de Nexcis) et de l’État (qui détient 85 % du capital d’EDF) reste incompréhensible. Le gouvernement ne peut-il rien faire, lui qui a demandé à EDF de trouver deux milliards d’euros pour sauver Areva et la filière nucléaire ?

Comment rester impassible à quelques semaines de la Conférence sur le climat ?


Les liens :
– Le site de Nexcis.
– Le site de « Nexcis Vivra ».