Comme c'est maintenant traditionnel, certains hommes politiques n'ont pas manqué de mettre en cause celui qui annonce la catastrophe, plutôt que les causes. Ainsi, Météo-France a immédiatement été désigné comme bouc émissaire, dès le dimanche matin, par Éric Ciotti, député LR, président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, en s'interrogeant sur la pertinence du dispositif d’alerte. Pascal Brovelli (adjoint au directeur de Météo-France) admet : « En l’état de nos systèmes, nous ne sommes pas en mesure d’annoncer une telle ampleur et de la localiser de manière aussi précise. […] Le phénomène a été d’une rare violence. À la vitesse où cela s’est développé, déclencher la vigilance rouge à 20 heures, au moment où nous avons pris conscience de la réelle intensité et violence du phénomène, n’aurait pas permis d’alerter les services et les populations dans des délais suffisants. »

Mais disons-le clairement, les raisons d'une telle catastrophe sont à rechercher ailleurs
 !

D'une manière unanime, le dérèglement climatique lié au réchauffement n'est pas directement pointé comme cause première, les experts s'accordent à penser que le réchauffement de la planète ne peut qu'augmenter la fréquence des futurs « épisodes cévenols ». Philippe Drobinski, directeur au CNRS, explique dans le Monde : « Ce terme générique regroupe les épisodes de pluies brèves et intenses, et de crues rapides, qui surviennent sur tout l’arc méditerranéen, depuis l’Espagne jusqu’à l’Italie et la Croatie, particulièrement à la fin de l’été et au début de l’automne » et de rajouter : « Les lois de la physique nous disent que ce type d’événements risque de devenir plus fréquent et plus intense dans un contexte de réchauffement climatique. De manière générale, sous l’effet de la hausse de la température, l’atmosphère retient davantage de quantité de vapeur d’eau, ce qui entraîne plus de précipitations par la suite. »

Par contre, est unanimement pointée du doigt la gestion urbaine des édiles locaux ! Déjà en janvier 2014, Hervé Kemps expliquait dans Reporterre que les inondations dans le Var étaient tout, sauf des catastrophes naturelles. Elles s’expliquent, nous disait-il, par l'imperméabilisation incontrôlée des sols. « Il faut vite arrêter le gaspillage des terres et l’étalement urbain »

La population des Alpes-Maritimes a augmenté de 43 % en 30 ans (708 000 habitants en 1982 et 1 013 000 en 2011), ce qui n'a pu se faire sans une urbanisation importante. Le Monde nous apprend que la région PACA est la région côtière la plus dense de France avec plus de 700 habitants au kilomètre carré. Quatre-vingt-quinze pour cent de cette population est massée le long des côtes. La demande immobilière est forte, les prix au m2 très importants et les profits à la hauteur. Le sénateur Pierre-Yves Collombat, dans un rapport publié en 2012, expliquait déjà que cette urbanisation s’est réalisée sans économie de l’espace et « sans aucune prise en compte du risque inondation : des terrains inondables sont lotis, de vastes surfaces sont imperméabilisées de manière artificielle, les cours d’eau traversant les villages sont couverts, parfois a minima ». Il enfonce le clou : « Le manque de moyens des services de l’État et des services municipaux, s’agissant des petites collectivités territoriales, face à la ténacité et à l’ingéniosité des promoteurs et à la pression des propriétaires fonciers est un élément d’explication. » Même dans les villes comportant un plan de prévention des risques inondation, dans les zones dites inondables [rouge] s'il est interdit de construire de nouvelles habitations il est toujours possible d'aménager, de rénover, de modifier la destination des habitations existantes.

Mais la densification des zones urbaines n'est pas la seule responsable, l’étanchéification des sols (conséquence de ce qui précède) en rajoute. Dans les pentes qui surplombent le littoral, où il y avait autrefois une activité agricole, des vignes, des oliveraies, on a « tartiné » des maisons individuelles. Pour Magali Reghezza-Zitt (Maîtresse de conférence en géographie à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm) dans des propos rapportés par le Monde : « L’eau ne s’infiltre plus en amont du bassin versant et, du coup, se déverse dans les cours d’eau. Or, dans ces régions, il s’agit de petits cours d’eau, de ravins, à très faible débit en temps normal, qui permettent l’évacuation des eaux pluviales. Mais ces petits cours d’eau, dans lesquels l’eau monte très brutalement et redescend tout aussi brutalement, débordent lorsque les pluies sont vraiment très importantes. Et s’ils ont été couverts, bétonnés, équipés de buses d’évacuation artificielle, et ainsi imperméabilisés, ce phénomène de débordement est accentué. » Cécile Duflot, ancienne ministre EELV, affirme d'une manière plus générale « qu’il faut remettre de la nature en ville ».

Les solutions ne sont pas que techniques.
S'il faut certainement repenser l’aménagement de ces territoires, il faut aussi conduire avec les populations une réflexion spécifique et développer une « culture du risque ». Cela nécessite, dans le cadre d'une démarche démocratique et partagée, d'apprendre (de réapprendre bien souvent) avec les habitants, tous ensemble, les bons gestes, les bonnes attitudes, les bons réflexes, etc.

Enfin, il me semble indispensable de positionner cette question dans un cadre politique plus large. Marc Laimé nous le propose dans son Blog : derrière cela est aussi posée la question de la politique de l'eau en France. Celle-ci s'inscrit « dans le contexte plus large de l’affaissement général des politiques publiques, et des services qui les portent. » Après les ravages de la RGPP (Révision générale des politiques publiques), initiée en 2007 par François Fillon sous la présidence Sarkozy, Jean-Marc Ayrault a poursuivi dès 2012 dans la même logique avec la MAP (Modernisation de l’action publique). Comment, avec des services publics affaiblis et déconsidérés, résister à l'appétit des promoteurs, la pression des responsables politiques locaux à la recherche de petits arrangements électoraux ?

Pour terminer j'aimerais, comme se plaît à le faire le « Canard enchaîné », inscrire dans une rubrique le « Mur du çon » les propos de Michèle Tabarot, députée-maire LR du Cannet [commune impactée par les inondations] qui nous annonce qu’elle va déposer une proposition de loi pour suspendre l’obligation de construire des logements sociaux dans les communes en zone inondable déjà très urbanisées. Au Cannet, dont 95 % du territoire est construit, cette obligation reviendrait selon elle à créer plus de 4 000 nouveaux logements, ce qui « aggraverait le bétonnage et le ruissellement des eaux ».

Dramatique vous dis-je !

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