Je dois vous avouer que je n’ai pas trop compris comment le collectif Alternatiba a pu laisser organiser un débat centré autour de Jean Launay, potentat local, député PS du Lot, président du Comité National de l'Eau et au niveau local : membre du Comité de Bassin Adour-Garonne, membre du Conseil d'Administration de l'agence de l'eau Adour-Garonne, etc. Deux faire-valoir sont à ses côtés, dont un fonctionnaire. La preuve que la gestion de l'eau est entre les mains d'une minorité ! En face de lui, comme contradicteur un unique militant de FNE. Pour diriger les débats le rédacteur en chef de la revue « Le Lot en Action » qui essaiera d’aborder les problèmes de fond. Lors de ses interventions, notre député se prétendra « homme de consensus » et niera le poids des grands groupes (Veolia, Saur et Lyonnaise) dans le système ! « Peut-être faudrait-il » sera l’expression la plus « révolutionnaire » de son propos.

Pour sa part, il faut bien admettre que votre serviteur fut assez médiocre lors de sa prise de parole. Vous trouverez ci-dessous le détail de ce qui devait être mon intervention. Désolé de ne pas avoir pu porter, aux côtés de quelques militants présents dans le public une parole différente dans une ambiance bien trop « bisounours ».

La politique de l'eau conduite par Ségolène Royal c'est bien. Point à la ligne !

Bonjour,

Je m’appelle René Durand. Je suis actuellement encore parisien et banlieusard et je devrais devenir définitivement lotois dans les prochains mois. Je suis membre de la Coordination eau Île-de-France et militant à la Coalition Climat 21.

Il est clair qu’aujourd’hui le grand cycle de l’eau est particulièrement impacté par le changement climatique. Si l’importance de nos émissions de gaz à effet de serre est l’angle choisi par nos gouvernants pour traiter de la lutte contre le changement climatique, le grand cycle de l’eau est pour nous la porte d’entrée pertinente pour comprendre les signaux inquiétants du dérèglement en cours, mais aussi pour imaginer les solutions. Il est clairement reconnu par le GIEC que le grand cycle de l’eau est affecté par les activités humaines, mais qu’il est aussi un facteur prépondérant du changement climatique.

L’équilibre du cycle de l’eau est fragile. En le modifiant au niveau local, c’est le microclimat que l’on perturbe, ce qui participe au renforcement du changement climatique. Sur des sols nus, secs, « encroûtés » ou, en ville, imperméabilisés, l’eau de pluie ne s’infiltre plus, mais ruisselle. L’accélération de ce ruissellement, la diminution de l’évaporation et de l’infiltration qui en découle affectent négativement la recharge des nappes phréatiques et des cours d’eau. L'approvisionnement du cycle local de l'eau est ainsi affecté.

Lorsque l’eau vient à manquer dans les sols et dans l’atmosphère, des conditions thermiques extrêmes prédominent. Les températures locales augmentent et de véritables bulles de chaleur, connues sous le nom d’îlots de chaleur urbains, se créent au-dessus des villes. Les vents, dont la direction et l’intensité sont influencées par les variations de température, se déplacent différemment, tout comme les nuages. La fréquence et l’intensité des précipitations sont ainsi bouleversées, et c’est tout le microclimat qui se trouve modifié. Ces changements climatiques à petite échelle s’additionnant les uns aux autres, c’est en fait un dérèglement global du cycle de l’eau et du climat qui est provoqué et/ou accentué !

Comment agir ?

Au niveau local, les élus territoriaux ont en main une partie des clés pour la préservation des cycles locaux de l’eau et les microclimats. Pour cela il faut certainement mobiliser ces élus et leurs services sur la gestion de l’eau pluviale, intégrer les enjeux liés au climat et à l’eau dans les projets locaux, assurer le respect de la législation relative au cycle de l’eau et à la protection des ressources, favoriser le retour de la nature en ville, favoriser la réutilisation des eaux pluviales, limiter l’étalement urbain et les zones imperméables afin de favoriser l’infiltration de l’eau dans le sol, sensibiliser la population au fonctionnement du cycle de l’eau et à son lien fondamental avec le climat, mais aussi à l’eau comme un bien commun à préserver.

Les citoyens peuvent aussi agir et porter un message à une plus grande échelle en se rassemblant et en rejoignant une association pour peser dans les décisions. Il y a le choix et le site internet de la Coalition Climat 21 regroupe plus de 130 organisations engagées dans la lutte contre le changement climatique. Enfin, il convient certainement de porter le débat au niveau politique.

Sur ce point, j’aimerais aborder la question de l’absence du citoyen dans la gestion de l’eau. Au final, il paye 100 % du budget de l’eau et pourtant c’est le grand absent de la gouvernance du système en place. Faux, me direz-vous, puisque l’usager comme électeur a désigné quelqu’un pour le représenter. Le système de démocratie représentative ne fonctionnerait-il pas correctement ? En tout cas on connaît l’état de dépendance de nos élus aux grands groupes de l’eau (Veolia, Saur et Lyonnaise) ayant un poids prédominant dans ce domaine. On pourrait presque conclure que la réalité de la gouvernance de l’eau est entre leurs mains ! Il faut absolument retrouver plus de démocratie, de transparence dans la gouvernance et dans la politique de l’eau conduite.

En matière de climat, en matière de gestion de l’eau, il faut redonner la main à l’usager, au citoyen et arrêter de croire que nos élus peuvent et doivent tout faire à notre place.

Comme le dit Juliette Rousseau, la coordinatrice de la Coalition Climat 21, la COP21 est l'occasion de déclencher une grande prise de conscience citoyenne et d’ajouter avec beaucoup d’humour : « Si on ne fait rien, personne ne le fera à notre place ».


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