Rappelons les faits. Dans chaque moteur de voiture, se trouve implanté un calculateur avec un logiciel qui mesure et analyse en temps réel un ensemble de paramètres (température du moteur, des gaz d’échappement, poids en charge, etc.) afin d’adapter au mieux le comportement de ce moteur. Pour pouvoir commercialiser un véhicule, le constructeur doit le soumettre à une batterie de tests, destinés à mesurer le niveau d’émission de composants polluants. Dans le cas qui nous intéresse, Volkswagen avait introduit dans ce logiciel des lignes de codes en capacité de détecter (par son comportement) que le moteur était en phase de test. Quand ce mode était détecté, le moteur adaptait son comportement de manière à ce que les mesures des rejets soient les plus favorables possible. Par contre, lors d’une véritable conduite sur route, la réalité mesurée donnait des valeurs bien supérieures. Il est aujourd’hui admis que 11 millions de véhicules étaient équipés de ce système frauduleux. Le PDG du groupe (qui comprend douze marques dont Volkswagen, Audi, Porsche, Seat, Skoda, Lamborghini, etc.), Martin Winterkorn a reconnu les faits le 20 septembre. Pour l’instant, le constructeur est sous la menace d’une amende de 16 milliards d’euros (18 mds $) pour une violation de la loi américaine sur l’air. Conséquence du scandale : la capitalisation boursière du groupe a chuté de 25 milliards d’euros entre le lundi 21 et le mardi 22 septembre.

Ne pensons pas que seul Volkswagen aurait triché ! Depuis la mise à jour du scandale, les constructeurs français en particulier, grands promoteurs du diesel, font profil bas et pour cause. La ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, annonçait le 25 septembre, que des contrôles aléatoires avaient commencé sur un panel de véhicules. Le journal Reporterre nous apprend que « L’enquête, menée par l’association ICCT, qui est à l’origine de l’affaire Volkswagen, portait sur trente-deux véhicules de dix constructeurs différents, commercialisés en Allemagne. Dont une Renault compacte de type Mégane. Toutes homologuées officiellement, ces voitures ont fait l’objet d’une contre-expertise, en subissant chacune deux tests antipollution …/... Soumis au test NEDC (le premier), le véhicule Renault est le seul à dépasser la barre fatidique de 80 mg de dioxyde d’azote par kilomètre …/... C’est encore plus frappant avec le test WLTC, où la Renault échoue cette fois très largement …/... Elle affiche un taux d’oxyde d’azote rejeté neuf fois supérieur à la norme Euro 6 qu’elle doit respecter. Dans ce deuxième volet d’analyses, Volvo et Hyundai sont également épinglés, pour des taux quatorze fois et sept fois plus élevés que le seuil légal. »

On le savait tous, le diesel est néfaste pour notre santé. Chaque année, en France des milliers de morts peuvent être directement lui être imputées, notamment en raison des particules fines (de 2,5 µm ou 10 µm de diamètre). Sont concernées les personnes les plus vulnérables, plus jeunes, plus vieilles et plus pauvres. Un ensemble d’organisations et d’experts de la santé publique insistent régulièrement sur la dangerosité du diesel. L'OMS, par exemple, nous dit que les gaz d'échappement de ces moteurs sont cancérigènes. En France, le Dr Patrice Halimi dénonce : « On sait depuis très longtemps que le diesel est un mauvais choix sanitaire, et que cette politique publique (visant à promouvoir un parc diesel en France) est une erreur. » À ce jour, en France, les véhicules équipés de moteurs diesel représentent près de 60 % des véhicules (environ + 1,5 % chaque année) et 73 % dans les nouvelles immatriculations. En termes de santé publique, il me semble indispensable de rapidement mettre fin au développement du diesel et dans un premier temps de taxer à son juste niveau ce carburant.

Si Martin Winterkorn, le patron tricheur, démissionne, il le fait (au moment où j’écris ces lignes) dans de relatives bonnes conditions. Si l’on en croit la presse, il aurait accumulé des droits pour une pension de 28,6 millions d'euros au cours de ses 8 années passées à la tête du groupe. Plus encore, il pourrait prétendre à une indemnité supplémentaire de deux années de salaire. Comme c’est le deuxième patron le mieux payé d'Allemagne, cela représente 33,2 millions d'euros. Si tout se passe bien, et qu’il n’est pas reconnu coupable, il pourrait toucher, au total, 61,8 millions d’euros ! Cela dit, le procureur de Brunswick, en Basse-Saxe, a ouvert une information judiciaire pour fraude à son encontre.

Mais ce scandale Volkswagen pose aussi la question des logiciels libres et des droits d'auteur. Guillaume Champeau nous apprend, dans sa revue Numérama que : « Les manipulations technologiques opérées par Volkswagen pour tricher sur la qualité réelle de ses moteurs diesel pourraient-elle avoir comme conséquence inattendue de provoquer une révision de la loi américaine sur le droit d'auteur ? C'est le souhait de l'Electronic Frontier Foundation (EFF), qui estime que le constructeur allemand n'aurait pas pu truquer le logiciel qui contrôle le moteur pour détecter les tests de mesure antipollution, si la loi avait autorisé les chercheurs à réaliser une rétro-ingénierie sur le firmware des véhicules, comme ils le demandent. Or aux États-Unis, la loi sur le droit d'auteur fait obstacle à ce que les chercheurs examinent le fonctionnement des firmwares et découvrent de telles manipulations. Ils sont réputés être protégés par le Digital Millenium Copyright Act (DMCA), et ne peuvent pas faire l'objet de décompilations et de diffusion. Ironie de l'histoire, les constructeurs automobiles avaient expliqué que le fait d'autoriser des manipulations du firmware permettrait aux automobilistes de débrider les moteurs et donc d'émettre des polluants au-delà des limites autorisées. » April, principale association française de promotion et de défense du logiciel libre, explique dans son communiqué de presse : « L'enjeu de la fraude de Volkswagen est considérable. Il s'agit d'une question de santé publique. Ce cas démontre les conséquences considérables que peut avoir le verrouillage du code, code qui désormais pilote de nombreux objets de notre quotidien. La formule [maîtriser son informatique ou être maîtrisé par elle] est plus que jamais pertinente. »

Ce qu’il y a d’intéressant dans ce scandale Volkswagen, c’est que parfois le système se prend « les pieds dans le tapis » et dévoile ainsi ses failles et ses mensonges. Cela ne dure qu’un temps, puis le cours des choses reprend comme si rien ne s’était passé. Dès lors, se pose la question : pourquoi les citoyens ne s’en indignent pas plus et n’en tirent pas les choix politiques qui s’imposent !

Les liens :
Le communiqué de presse de Volkswagen France.
Le communiqué de presse de Ségolène Royal, ministre de l’Écologie.