À Athènes les policiers vont donc trouver, dans un logement, le corps de quatre vieilles femmes qui se sont suicidées en laissant un message manuscrit avec soin. Sur une table leurs cartes d’identité à côté d’une bouteille de vodka, de 4 verres et du flacon de somnifère. Il s’agit d’Ekaterini Sektaridi née le 23/04/1941, d’Angeliki Stathopoulou née le 5/02/1945, de Loukia Haritonidou née le 12/06/1943 et de Vassiliki Patsi née le 18/12/1948. Le logement lui, a été nettoyé, les meubles « briqués », pas de poussière. Il faut causer le moins de gêne possible pour les autres.

Le message qu’elles laissent est ainsi rédigé : « Nous sommes quatre retraitées, sans famille. Nous n’avons ni enfants ni chiens. D’abord, on nous a réduit nos retraites, notre unique revenu. Puis nous avons cherché un médecin qui nous prescrive nos médicaments, mais les médecins étaient en grève. Quand ils les ont enfin prescrits, on nous a dit à la pharmacie que nos mutuelles n’ont plus d’argent et que nous devons payer de notre poche. Nous avons compris que nous étions un poids pour l’État, les médecins, les pharmacies et toute la société. Nous partons pour vous éviter cette charge. Quatre retraitées en moins, cela vous aidera à mieux vivre. »

Tout est dit, la crise du système est là, cassé par la financiarisation de l’économie et la déconnexion complète entre finance et production. Les politiques de droite et social-libérales ont partout professé la limitation des services et des dépenses publics. La dérégulation généralisée est en place, il s’agit de privatiser, de démolir les systèmes de protection sociale existants. On sait les effets catastrophiques de ces politiques en Grèce, mais aussi en France.

Katerina Valavanidi, psychologue-psychothérapeute à Athènes, nous apprend ainsi lors d’une interview sur le site Rue89 : « La Grèce avait l’un des taux de suicide les plus bas d’Europe avant 2009, il a grimpé en flèche depuis, des milliers de Grecs ont préféré se donner la mort plutôt que de subir cette crise ». Un article du Monde complète le tableau : « Le taux de mortalité résultant de suicides et d'homicides a augmenté respectivement de 22,7 % et de 27,6 % de 2007 à 2009 surtout parmi les hommes, précisent les auteurs de ce rapport publié dans l'American Journal of Public Health, en se basant sur les statistiques du gouvernement. »

Sur une scène vide, et au bout d’une attente assez longue, une des comédiennes entre enfin nous expliquer que le spectacle ne peut être joué, il n’est pas prêt, la troupe butant sur l’essentiel, comment dire NON à cette situation. Comment s’opposer à cette crise capable de conduire au suicide des personnes qui ne sont plus en capacité de subvenir à leurs besoins et concluent à la nécessité de disparaître pour alléger la situation de leurs semblables.

Plutôt que de s’engager dans un propos politique, les acteurs nous expliquent leurs difficultés. « Ils se présentent au public avec toute leur impuissance à représenter ces vies, à en restituer le trajet et surtout à trouver par le théâtre une réponse constructive à la débâcle qu’elles incarnent », à la crise du système.

Si vous êtes comme moi, parfois déprimés, courez voir ce spectacle, il vous donnera le moral, convaincus de la nécessité de dire NON !

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