Tout commence au début de 1896, lorsque Madame Veuve Brunet, née Antoinette Delphine Célébrand, sollicite la mairie d’Anglars afin d’obtenir l’autorisation d’effectuer des fouilles dans les biens « communaux » afin de rechercher la présence de minerai d’or et d’autres métaux sous réserve de remettre en état les lieux une fois ce travail fait. Le conseil municipal du 5 juillet donne cette autorisation en précisant que « si ses recherches donnaient de bons résultats, elle ne pourrait exploiter sa découverte sans un nouvel accord avec les mandataires de la commune. »

Par courrier du 24 septembre 1896, notre veuve Brunet informe le Préfet du Lot que sa recherche de minerai a fait l’objet « d’une déclaration d’inventeur ». Elle précise que ses recherches ont été « méthodiquement effectuées sous la direction de Monsieur Alfred Evrard, ancien directeur général de la Compagnie des Forges de Châtillon et Commentry, pour le compte de capitalistes qui m’ont accordé leur appui et, après études préalables, ont lié leurs intérêts aux miens. Ces nouveaux travaux ont confirmé les résultats des premières recherches et amené la découverte d’une série de gisements de plomb argentifère et aurifère et de sables et schistes aurifères à teneur payante facilement exploitable. » Elle revendique par la présente lettre le droit d’inventeur sur toutes les communes où elle a conduit ses recherches pour les minerais de plomb, argent et or. Tout naturellement, elle conclut qu’elle va bientôt déposer un dossier pour une « demande de concession » ! Bien entendu, elle termine sa missive en faisant miroiter les emplois futurs (décidément, c’est un classique) et prétend être porteuse « de l’intérêt des nombreux ouvriers que cette exploitation emploiera. »

L’autorité administrative avant de donner une quelconque autorisation d’exploiter demande l’avis d’experts de l'État. Les rapports successifs sont moins enthousiastes que ceux de notre Veuve Brunet. Ainsi le 20 juillet 1896, l’ingénieur des mines affirme que les travaux de recherche engagés sont insignifiants et qu’on ne peut en « aucune façon prévoir si ces recherches sont ou non susceptibles d’avenir ». En conclusion, l’ingénieur en chef des Mines « estime que les recherches effectuées sont encore trop peu importantes ». Au vu de sa demande du 24 septembre, les ingénieurs des mines demandent à la veuve Brunet des éléments techniques. Elle répond qu’un rapport est toujours en cours de rédaction par son ingénieur-conseil Alfred Evrard et qu’il leur sera prochainement communiqué. Elle leur affirme que les analyses « ont donné de 2 à 80 grammes d’or et de 20 à 466 grammes d’argent » sans préciser d’ailleurs à quel poids de minerai correspondaient ces chiffres.

Le 18 février 1897, Lucien Dauchez, préfet du Lot, publie l’avis de demande de concession de mine d’or, argent et plomb, faite par la Veuve Brunet sur un territoire englobant tout ou partie des communes d’Anglars, Lacapelle-Marival, Saint-Maurice, Espeyroux, Leyme, Aynac, Rueyres et Rudelle. Au final, le 29 mai 1902, la concession sera donnée. Pour autant, tout ne se passe pas aussi bien que cela. Par délibération du 5 mars 1899, le conseil municipal s’inquiète que la Veuve Brunet ait cédé ses droits à une « compagnie dont elle n’est plus que le prête-nom et qui a pour Président un Monsieur Dufaire de la Prade.../... et dont le siège est 7 rue de Saint-Petersbourg à Paris. » Enfin « que d’après les bruits qui circulent la compagnie est autorisée à vendre les produits ». La commune souhaite que la Veuve Brunet dépose devant Notaire une somme au titre de garantie en raison des dégradations à craindre sur les biens communaux dans lesquels se trouve l'entrée de la mine.

Ces « communaux » se trouvent au lieudit « Javadot » sur le territoire d’Anglars. L'exploitation semble s’être interrompue pendant la Première Guerre mondiale. Par la suite, les droits changeront régulièrement de main. La mine de « Javadot » sera définitivement fermée dans les années cinquante. Les sachants semblent d’accord sur un point : on n’a jamais été bien certain de la productivité de cette mine. Seules traces encore présentes de ce passé minier, les épaves dans le sous-bois des deux broyeurs qui concassaient la roche dans le processus d'extraction du minerai.

En tout cas, j’ai eu le sentiment (infondé toutefois) que cette affaire sentait « l’embrouille » ! Il se disait dans le village que la veuve Brunet « était manipulée parce qu’elle était riche et que les ingénieurs avaient enrichi le minerai pour faire croire qu’il était exploitable. » Tiens donc !

Maintenant vous voilà au moins sûrs d’une chose : je n’irai pas à Anglars pour « descendre à la mine » !

Sources :

  • Les notes manuscrites, les articles et documents d’archives si gentiment fournis par Marie-Thérèse Théron.