Alors l’électricité nucléaire serait LA solution, exemplaire pour le reste du monde ? Certainement pas ! Avec ses 58 réacteurs exploités, EDF produit 79 % de l’électricité du pays. Depuis de nombreuses années, le lobby nucléaire français (EDF, AREVA) entretient l’idée que cette énergie serait « renouvelable », « propre » et « pas chère » et ainsi, serait la seule susceptible de répondre aux besoins énergétiques mondiaux en forte croissance. Plus récemment, s’appuyant sur son « expérience » et son « savoir-faire » il a théorisé sur la « renaissance » du nucléaire, revendiquant d’en occuper la première place !

L’électricité nucléaire serait renouvelable et participerait à notre indépendance énergétique ? Pas du tout !
100 % de l’uranium utilisé dans les centrales françaises est importé ! Au rythme actuel de consommation du parc nucléaire mondial, les réserves d’uranium exploitables seront épuisées dans 60 ans. En France, AREVA (3e producteur mondial) peine à exploiter les mines du NIGER dans un contexte de corruption des autorités locales et de présence pesante et appuyée de l’armée française sur ce territoire et à ses abords (Mali).

En plus, un des défauts majeurs de cette technologie reste la production de déchets qui ne sont pas recyclables : 1 200 tonnes chaque année pour les réacteurs français, dont certains resteront dangereux très très longtemps (le plutonium reste radioactif 234 900 ans et en respirer un millionième de gramme suffit à déclencher un cancer du poumon). En tout cas, la mobilisation continue d’être forte contre l’enfouissement des déchets, en particulier cet été du côté de Bure où 1 500 personnes se sont rassemblées ! En 2005, la Cour des comptes estimait à 60 milliards d'euros la gestion des déchets radioactifs et le démantèlement des installations nucléaires.

L’électricité nucléaire serait une énergie pas chère ? Pas certain, même si la ministre vient d’annoncer une hausse de seulement 2,5 % des prix de l’électricité,
alors que la veille, la Commission de régulation de l’énergie publiait un rapport expliquant la nécessité d’une augmentation des tarifs comprise entre 3,5 % et 8 %. Plusieurs raisons à la prise en charge par le « contribuable » d’une partie de la facture, la fixation du prix unitaire du kilowatt-heure à un niveau bas n’étant qu’une décision éminemment « politique ». Cette hausse limitée s’explique par le poids très important de la note d’électricité dans les dépenses des ménages, résultat d’une surconsommation particulièrement importante, elle-même conséquence d’une politique commerciale agressive. Ainsi, en moyenne, un ménage français utilise 34 % de plus d’électricité qu’un ménage allemand. Bonjour la sobriété ! Malgré un prix unitaire du kWh artificiellement bas, sa facture reste donc plus élevée que celle de la plupart des ménages européens. Ce choix d’un prix unitaire bas découle aussi de la sous-évaluation des coûts réels de production et de transport de cette politique du « tout nucléaire ». En effet, il semblerait bien que les dépenses à venir de remise à niveau du parc de réacteurs n’ont pas été prises en compte que l’on n’aurait pas anticipé le coût plus important de l’électricité produite par les EPR, que les provisions pour le démantèlement des centrales qui seront abandonnées sont insuffisantes etc. Quant au réseau de transport, adapté au système actuel (peu de points de livraison), il devra être restructuré pour tenir compte d’une production à venir plus diffuse. Pour clore provisoirement ce chapitre, je n’insisterais pas sur la non évaluation à son véritable niveau du traitement des déchets (nucléaires) produits et sur l’insuffisance de la couverture d’EDF par les assurances souscrites en cas de catastrophes comme à Fukushima ou à Tchernobyl.

La situation des entreprises du secteur (EDF et AREVA) est extrêmement préoccupante !
AREVA a essuyé d’importants échecs dans son développement international : fiasco du chantier d’Olkiluoto-3 (la première commande d’un réacteur de 3e génération censé être sa vitrine à l’international), retard sur les chantiers des EPR, etc. En mars, AREVA annonçait, pour 2014, une perte de 4,8 milliards d’euros, sur 8 milliards de chiffre d’affaires et une dette de 5,8 milliards ! En situation de faillite, l’entreprise ne pouvait éviter une restructuration drastique. Début juin, l’Élysée mettait en demeure EDF de se rapprocher d’AREVA pour l’aider à sortir de ses difficultés financières. Au bout de deux mois de négociation, les deux groupes ont conclu un accord, qui prévoit un contrôle majoritaire par EDF d’AREVA NP filiale en charge des activités de construction et de services aux réacteurs. AREVA qui emploie 44 000 personnes (dont 28 520 en France) envisage une saignée d’ici à fin 2017  : 5 000 à 6 000 suppressions de postes dans le monde (3 000 à 4 000 en France). Rappelons que l’entreprise avait chiffré ses besoins de financement d’ici à 2017 à environ 7 milliards !

Le renflouement de ce navire en perdition va pénaliser la transition énergétique. En effet le sauvetage de la filière nucléaire va nécessiter une forte intervention financière d’EDF et du contribuable au détriment de la transition énergétique de la France. De gros moyens seront encore une fois investis dans ce secteur au lieu d’un engagement résolu dans les énergies renouvelables.

Et pourtant nous pourrions faire autrement ! Si l’on en croit le réseau « Sortir du nucléaire » : « En retenant des hypothèses pourtant prudentes, la sortie du nucléaire ne coûte pas plus cher que renouveler le parc des réacteurs nucléaires vieillissants. Mais les coûts du nucléaire montent constamment, tandis que ceux des renouvelables ne cessent de baisser : au final, on peut s'attendre à ce que la sortie du nucléaire revienne bien moins cher ! »

« Bon on arrête les bêtises et on passe aux choses sérieuses ? »

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