Un ensemble de questions concernant notre rapport à la planète sont abordées dans ce texte. Pour vous faire une idée de la richesse des questions traitées, permettez-moi de vous citer un certain nombre de titres de chapitre : Pollution et changement climatique, ordures et culture du déchet, climat comme bien commun, l’eau, la perte de biodiversité, détérioration de la qualité de la vie humaine et dégradation sociale, inégalité planétaire, écologie environnementale, économique et sociale, écologie culturelle, écologie de la vie quotidienne, le principe du bien commun, la justice entre générations, etc. Très rapidement, des réactions très clivées sont apparues. Si j’en crois le Monde : « La publication officielle de l’encyclique du pape François sur le climat .../... a engagé l’Église catholique dans une controverse morale, économique, mais aussi politique, sur un terrain dont elle n’est pas familière. L’affluence des journalistes à la conférence de presse organisée par le Vatican, à la mi-journée, était à la mesure des attentes suscitées par ce texte annoncé depuis plus d’un an. »

Il faut reconnaître que dès les premières lignes le Saint-Père attaque très fort. Parlant de la Terre il nous explique qu’elle « crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle. Nous avons grandi en pensant que nous étions ses propriétaires et ses dominateurs, autorisés à l’exploiter. » Très rapidement, il met en exergue le changement climatique qui est : « un problème global aux graves répercussions environnementales, sociales, économiques, distributives ainsi que politiques, et constitue l’un des principaux défis actuels pour l’humanité. Les pires conséquences retomberont probablement au cours des prochaines décennies sur les pays en développement ». Il ne doute pas un instant de notre responsabilité et nous dit que « les jeunes nous réclament un changement. Ils se demandent comment il est possible de prétendre construire un avenir meilleur sans penser à la crise de l’environnement et aux souffrances des exclus. »

À ma grande surprise, notre Pape met clairement en cause le capitalisme et le libéralisme : « La technologie, liée aux secteurs financiers, qui prétend être l’unique solution aux problèmes, de fait, est ordinairement incapable de voir le mystère des multiples relations qui existent entre les choses, et par conséquent, résout parfois un problème en en créant un autre. » La notion de profit immédiat est clairement pointée : « La sauvegarde des écosystèmes suppose un regard qui aille au-delà de l’immédiat, car lorsqu’on cherche seulement un rendement économique rapide et facile, leur préservation n’intéresse réellement personne. Mais le coût des dommages occasionnés par la négligence égoïste est beaucoup plus élevé que le bénéfice économique qui peut en être obtenu. Dans le cas de la disparition ou de graves dommages à certaines espèces, nous parlons de valeurs qui excèdent tout calcul. »

La question du changement climatique n’est, d’après lui, pas placée dans le débat public au bon niveau et les solutions proposées semblent insuffisantes : « Beaucoup de ceux qui détiennent plus de ressources et de pouvoir économique ou politique semblent surtout s’évertuer à masquer les problèmes ou à occulter les symptômes, en essayant seulement de réduire certains impacts négatifs du changement climatique. Mais beaucoup de symptômes indiquent que ces effets ne cesseront pas d’empirer si nous maintenons les modèles actuels de production et de consommation. Voilà pourquoi il devient urgent et impérieux de développer des politiques pour que, les prochaines années, l’émission du dioxyde de carbone et d’autres gaz hautement polluants soit réduite de façon drastique, par exemple en remplaçant l’utilisation de combustibles fossiles et en accroissant des sources d’énergie renouvelable. »

Pour ce qui est de l’eau, la privatisation de ce bien commun est dénoncée : « Les impacts sur l’environnement pourraient affecter des milliers de millions de personnes, et il est prévisible que le contrôle de l’eau par de grandes entreprises mondiales deviendra l’une des principales sources de conflits de ce siècle. » Plus loin, il aborde clairement la question du droit à l’accès à l’eau : « Tandis que la qualité de l’eau disponible se détériore constamment, il y a une tendance croissante, à certains endroits, à privatiser cette ressource limitée, transformée en marchandise sujette aux lois du marché. En réalité, l’accès à l’eau potable et sûre est un droit humain primordial, fondamental et universel, parce qu’il détermine la survie des personnes, et par conséquent il est une condition pour l’exercice des autres droits humains. Ce monde a une grave dette sociale envers les pauvres qui n’ont pas accès à l’eau potable, parce que c’est leur nier le droit à la vie, enraciné dans leur dignité inaliénable. Cette dette se règle en partie par des apports économiques conséquents pour fournir l’eau potable et l’hygiène aux plus pauvres. Mais on observe le gaspillage d’eau, non seulement dans les pays développés, mais aussi dans les pays les moins développés qui possèdent de grandes réserves. Cela montre que le problème de l’eau est en partie une question éducative et culturelle, parce que la conscience de la gravité de ces conduites, dans un contexte de grande injustice, manque. »

Pour terminer, permettez-moi cette ultime citation qui met en cause la vision technoéconomiste de notre société : « La politique ne doit pas se soumettre à l’économie et celle-ci ne doit pas se soumettre aux diktats ni au paradigme d’efficacité de la technocratie. Aujourd’hui, en pensant au bien commun, nous avons impérieusement besoin que la politique et l’économie, en dialogue, se mettent résolument au service de la vie, spécialement de la vie humaine. »

Nos politiciens de tous poils devraient apprendre par cœur l’encyclique du pape François sur « la sauvegarde de la maison commune » ! Non j'exagère bien sûr, mais en y réfléchissant bien, peut-être pas ?

Le lien :

  • La lettre encyclique « Laudato si’ » du Saint-Père François « Sur la sauvegarde de la maison commune » (format PDF).