Giovanni Pastore vient de son Frioul natal (partie des Alpes au nord de Venise) où il garde les moutons. Il faut vous dire que ce territoire italien est particulièrement pauvre. Arrivé à l’âge de vingt ans il va donc immigrer, chercher du travail pour pouvoir survivre. Histoire assez banale en somme. Nous sommes au début du vingtième siècle et notre jeune homme, à la recherche de ce Nouveau Monde où il place tout ses espoirs, va se retrouver à errer dans la vieille Europe. De petits boulots en emplois précaires, il fait partie de ceux qui sont accusés de « manger le pain des autres ». Un jour, il décide de faire le grand pas, et de rejoindre l’Amérique, pays de tous les rêves et de toutes les aventures.

Notre Giovanni Pastore va donc embarquer sur le Titanic lors de son voyage inaugural. Attention, il ne sera pas un passager officiel, même pas un passager de troisième classe ! Il fera son voyage comme passager clandestin, puisqu’embauché « au noir » pour faire la plonge de l’immense restaurant à la carte du bateau, où il est chargé précisément des petites cuillères : ll lave chaque jour, et dans l’indifférence générale, les 3 177 petites cuillères présentes sur le bateau.

Le 11 avril 1912, quand le Titanic quitte définitivement l’Europe pour New York, il a à son bord 1 324 passagers et 889 membres d’équipage. À noter que le nombre de personnes à bord va varier au gré des enquêtes officielles conduites et pourrait se situer entre 2204 et 2228 ! Après l’impact avec l’iceberg qui provoquera son naufrage, force est de constater que les canots de sauvetage sont plus près des première et deuxième classes et que de toute façon la capacité des canots (bien que respectant les normes en vigueur) n’est que de 1 178 personnes au total ! J’ai trouvé sur ce site le pourcentage de survivants par type de passager. Si j’en crois cet internaute, il y aurait 62,5 % de survivants pour la première classe, 41,4 % pour la deuxième classe et seulement 25,2 % pour la troisième classe.

Olivier Dutilloy, qui interprète de rôle de Giovanni Pastore, raconte donc sa version du naufrage et, ce faisant, son parcours pour en arriver là. Pas un instant les pieds du comédien ne bougeront sur le sol, ni son corps très droit ne vacillera. Giovanni Pastore est mort et ne bouge plus. Il ne lui reste que son visage et sa voix pour exprimer ce qu’il veut nous dire.

Car Giovanni Pastore est « un être digne, intimement lié à la recherche d’un devoir intérieur symbolique, pour s’affirmer, et obtenir la reconnaissance sociale en assumant une tâche professionnelle, quelle qu’elle soit, et gagner son pain quotidien. »

Très beau spectacle, sobre et pudique. Une belle histoire humaine dans cette société où le capitalisme fait déjà ses ravages.


Distribution :

  • Le Festin - Cie Anne-Laure Liégeois
  • Coproduction : Le Volcan – Scène nationale du Havre
  • Interprète : Olivier Dutilloy
  • Mise en scène : Anne-Laure Liégeois
  • Administration : Dominique Terramorsi
  • Production : Le Festin / Le Volcan – SN du Havre
  • Le texte de la pièce est édité aux éditions Lansman.