Richard III (The Life and Death of Richard the Third) est la dernière pièce de la première tétralogie de William Shakespeare écrite au début de sa carrière. Les historiens datent la rédaction de Richard III autour de 1591 ou 1592. La pièce raconte très librement l’ascension et la chute du tyran Richard III, battu par le futur Henri VII d’Angleterre. L’ensemble de ces événements précède la fin de la guerre des Deux-Roses, en 1485, lorsque la dynastie des Plantagenêts fait place à celle des Tudors.

En tout cas, dans ce monde-là (on est censé être à la fin du moyen âge !), « on ne faisait pas dans la dentelle ». On assassinait, on faisait assassiner, on manipulait, on détrônait, on était immoral, brutal, sans foi ni loi, on était assoiffé de pouvoir, etc. Dans ce monde-là, tout semblait permis. Pour parfaire la description du contexte, rappelons que notre Richard était difforme, bossu, tordu : « Moi, floué d’attraits par la nature trompeuse, handicapé, inachevé, tout au plus assemblé à moitié, je n’ai d’autre plaisir que de tuer le temps en épiant mon ombre. (...) Et alors, puisque je ne saurais faire l’amant pour me divertir parmi ce beau monde éloquent, me voici résolu à être un scélérat. » En tout cas, ce Richard semble bien pire que les autres et va allègrement transgresser toutes les lois humaines. Il va s’attribuer le titre de Roi, après avoir éliminé toutes les personnes ayant pu prétendre, elles aussi à ce poste.

La question de la violence dans l’ascension au pouvoir me semble être au centre de cette pièce. Alors me direz-vous, Richard III nous raconte une histoire ancienne, alors que nous sommes en 2015 ! En ce temps-là, ils n’étaient pas très civilisés, alors que maintenant nous le sommes ! On ne fait plus des choses comme cela ! La recherche du pouvoir se fait démocratiquement ! On ne tue plus pour être roi, chef, ou président !

Mais êtes-vous bien certain que la conquête du pouvoir se fait sans violence aujourd’hui ? Évidemment, on ne passe plus par le fil de l’épée son rival, mais reconnaissons qu’il y a bien d’autres moyens pour « politiquement tuer » son adversaire et devenir calife à la place du calife ! Pour vous en convaincre regardez autour de vous ce qui se passe chez les Le Pen ou à l’UMP (les républicains) et en particulier dans le département des Hauts-de-Seine ! D’accord, le sang ne dégouline plus sur les murs des palais de nos Etats : on est en mesure de faire autrement !

Mais pire que la violence entre les hommes, où le prétendant utilise toutes les armes les plus tordues (et les moins avouables) pour écraser son rival, ce qui émerge et passe aujourd’hui sur le devant de la scène, c’est la violence faite à un pays pour l’écarter du jeu, l’empêcher de devenir un exemple. Je pense bien sûr à celle faite au pouvoir démocratique légalement installé en Grèce. Cet exemple est révélateur de ce qu’un système politique illégitime, celui de la finance, des banques, de la Troïka, peut « politiquement tuer » l’idée même d’une alternative au système en place ! Là encore pas de sang, mais plus de misère pour ces « fainéants de Grecs qui en ont bien profité avant ? ». Plus brutalement dit, combien de pauvres gens la politique imposée à l’État Grec par Christine Lagarde, Jean-Claude Junker ou Mario Dragui, va-t-elle tuer dans les prochains mois !

Je m’éloigne. Revenons-en à notre Richard III. Oui la mise en scène de Thomas Ostermeier est géniale, oui le jeu de Lars Eidinger (qui interprète le rôle de Richard III) est exceptionnel. Un sublime spectacle qui, dans le cadre de l’actualité politique du moment, ne manque pas de saveur et d’à-propos. Si ce spectacle passe à côté de chez vous, faites un détour !

La démocratie, la vraie (pas seulement la démocratie représentative), est la seule solution aux dérives de nos puissants que ce soit au 15e ou au 21e siècle !

Distribution :

  • Thomas Bading, Robert Beyer, Lars Eidinger, Christoph Gawenda, Moritz Gottwald, Jenny König, Laurenz Laufenberg, Eva Meckbach, Sebastian Schwarz et le musicien Thomas Witte.
  • Mise en scène : Thomas Ostermeier.
  • Traduction : Marius von Mayenburg.
  • Scénographie : Jan Pappelbaum.
  • Dramaturgie : Florian Borchmeyer.
  • Musique : Nils Ostendorf
  • Lumière : Erich Schneider.
  • Vidéo : Sébastien Dupouey.
  • Costumes : Florence von Gerkan, Ralf Tristan Scezsny.
  • Marionnettes : Susanne Claus, Dorothee Metz.
  • Chorégraphie du combat : René Lay.